
Ferdinand Springer au travail dans son atelier à Grasse. | Edlée, restaurée par A. Sabatier
C’est grâce au leg de Mathias Springer, le fils du peintre-graveur allemand né en 1907, que le public peut désormais admirer les compositions en relief de ce sculpteur de cuivre dans l’institution veveysanne. Né à Berlin, Springer étudie l’histoire de l’art et la philosophie à Zurich, avant de se former à la gravure à Paris. En raison des racines juives de sa mère, Ferdinand Springer fuit la France peu avant l’irruption de la Deuxième Guerre mondiale en France, sa patrie de cœur,
pour trouver refuge dans l’Oberland bernois.
Dans une lettre adressée au Musée Jenisch, Mathias explique son souhait d’offrir les œuvres de son père, en reconnaissance au pays qui a accueilli ses parents pendant la guerre de 1939-1945. Ce ne sont pas moins de 230 gravures originales que Nathalie Chaix, la directrice du musée, et Anne Deltour, une des conservatrices du Cabinet cantonal des estampes, sont allées choisir dans l’atelier de l’artiste à Grasse, sur la Côte d’Azur. Des œuvres qu’il a fallu ensuite rapatrier, inventorier, conserver et mettre en lumière.
Une vie d’artiste taillée au burin
Né d’un père allemand et d’une mère suisse, Ferdinand Springer commence sa carrière artistique en tant que peintre. À Milan d’abord dans l’atelier de Carlo Carrà, puis à Paris auprès de Roger Bissière à l’Académie Ranson. Il y rencontre Marcelle-Irène Behrendt qui deviendra son épouse. Dans les années 1930, il découvre l’estampe et l’art du burin à l’Atelier 17, une institution révolutionnaire qui a notamment façonné l’orientation du modernisme et des arts graphiques dans le Paris de l’entre-deux-guerre. Cette passion de la gravure ne le quittera plus et il la perfectionnera au fil des ans en expérimentant les potentialités du cuivre.
Ses œuvres sont d’abord figuratives, avant qu’il ne se tourne peu à peu vers plus d’abstraction et ajoute de la couleur. La nature et la musique imprègnent ses compositions. «Ferdinand Springer est un artiste à la croisée de plusieurs arts qui développe un langage poétique empreint de musicalité, s’émerveille la conservatrice Anne Deltour. À caractère sacré ou encore symbolique, ses estampes reflètent son intérêt pour les civilisations anciennes et la nature qui l’entoure. Une dimension cosmique émane de certaines de ses œuvres, allant jusqu’à interpréter l’invisible dans des sujets illustrant la galaxie.»
Images au musée
En parallèle, le Musée Jenisch accueille dans ses deux salles du rez-de-chaussée 6 des 50 propositions artistiques de la 9e édition de la Biennale Images Vevey, dont son Grand prix, l’œuvre de l’Ukrainien Sasha Kurmaz qui raconte la guerre que mène la Russie dans son pays en égrenant plusieurs dizaines de photos.
«Ferdinand Springer Le geste et l’esprit», jusqu’au 12 janvier 2025. 6 des 50 projets proposés par Images Vevey sur le thème «(dis)connected entre passé et futur» sont exposés au Musée Jenisch, jusqu’au 29 septembre.
