Francis Bacon, le portrait déchiré et déchirant

Léonard Gianadda et Francis Bacon. Fondation Pierre Gianadda.  | M. Nguyen / The Estate of Francis Bacon. All rights reserved (2025, ProLitteris, Zurich)

Peinture
Inscrit au Panthéon des plus grands peintres du XXe siècle, l’artiste britannique est accroché aux cimaises de la Fondation Gianadda à Martigny. Questionnement et émotions garantis.

Après la douceur impressionniste des Renoir, Cézanne ou Caillebotte, la luminosité flamboyante des Fauves, la Fondation Gianadda prend un pari osé et passionnant. Du 14 février au 8 juin, le musée de Martigny propose de (re)découvrir la violence et la tragédie, de celles qu’a vécu Francis Bacon dans ses années de jeunesse et qui l’auront marqué au fer rouge pour le restant de sa vie. Une de ses maximes préférées était: «L’odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux.» Tout un programme!
Le public se voit offrir avec «Présence humaine» une plongée dans le conscient et l’inconscient exprimés dans des portraits d’amis, d’amants, le sien, d’un des plus importants peintres du XXe; le plus emblématique des îles britanniques au siècle dernier. La trentaine d’œuvres montrées – principalement des portraits donc, un domaine que Bacon a profondément révolutionné – provient de grands musées et collections privées. Cette plongée dans l’œuvre de l’artiste a été imaginée et conçue en collaboration avec la National Portrait Gallery de Londres.

La profondeur de son âme
Pour Rosie Broadley, curatrice adjointe et commissaire des collections du XXe siècle de l’institution londonienne, «le portrait domine l’œuvre de Francis Bacon, il s’y engage totalement pour démontrer où une telle exploration si intense, voire extrême, peut conduire. Pour lui, il s’agit d’un genre fondamental, capable d’exprimer la profondeur de l’âme. Cette exposition dédiée à de nombreux portraits montre un événement unique dans sa conception».
Francis Bacon, artiste unique dans l’Histoire de la peinture, est né à Dublin de parents anglais en 1909. Il s’est éteint en 1992 à Madrid. C’est un autodidacte qui s’est nourri de surréalisme, du cinéma expressionniste allemand, mais avant tout de grands peintres. Ses influences principales sont Rembrandt, Vélasquez, Van Gogh, encore Picasso.
Bacon a tout exploré: gouache, aquarelle, pastel, huile et différentes techniques comme la gravure et la lithographie. Comme Rembrandt, Bacon s’est consacré tout au long de sa vie de peintre à l’autoportrait, au moins 50 fois. Il est très célèbre et célébré pour ses triptyques (voir encadré), dont certains ont provoqué des scandales.
L’exposition retrace l’évolution de Bacon dans sa façon d’envisager le portrait traditionnel en le contestant. «Comme ses œuvres de jeunesse où l’on voit des hommes qui expriment leur souffrance en hurlant. Exemples: dans «Head VI», le modèle est emprisonné dans une cage transparente et dans «l’Étude d’une tête d’homme», le portraituré nous observe à travers des stries, évoquant des rayons X qui révèlent d’une manière déconcertante le crâne et les dents du modèle», apprend-on dans la présentation de l’exposition.
Bacon a été dessiné par d’autres artistes. Il a aussi été beaucoup photographié tout au long de sa carrière. Le Musée Gianadda expose des clichés du peintre britannique réalisés par des photographes célèbres comme Cecil Beaton, Arnold Newman, Bill Brandt et Mayotte Magnus.


gianadda.ch

Un triptyque à plus de 140 millions

Adjugé à 142 millions de dollars à New York, le triptyque «Trois études de Lucian Freud» du peintre Francis Bacon est devenu en 2013 l’œuvre d’art la plus chère jamais vendue aux enchères. L’œuvre de l’artiste britannique se déploie autant dans les portraits que dans de grands triptyques comme celui du record. Ils mettent sa vie en scène; comme celle des ses amis, souvent après leur mort. L’identité de l’acquéreur de «Trois études de Lucian Freud» est inconnue. Mais le marché de l’art étant sans limites, le prix enregistré par l’œuvre de Bacon a depuis été dépassé. Et dans des proportions hallucinantes. Le tableau le plus «cher» du monde aujourd’hui est le «Salvator Mundi» de Léonard de Vinci, acquis par le prince héritier de l’Arabie Saoudite pour… 450 millions de dollars. Suit «Quand te maries-tu?» de Gauguin qui n’a coûté au Qatar «que» 300 millions de dollars.

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