Gaspard Kühn : «À l’assaut du Capitole, on est passés pour des Trumpistes»

C’est à La Sallaz, où il officie désormais comme journaliste au bureau vaudois de la RTS, que nous avons retrouvé Gaspard Kühn.  | R. Brousoz

De Washington à Lausanne
Natif de la Riviera vaudoise, le journaliste de la RTS aura passé plus de cinq ans outre-Atlantique pour couvrir l’actualité des États-Unis. Les valises à peine ouvertes, il raconte.

Il aura longtemps incarné la fenêtre des téléspectateurs romands donnant sur la Maison Blanche et les États-Unis. Après cinq ans et demi passés outre-Atlantique, le journaliste de la RTS Gaspard Kühn a quitté les rives du fleuve Potomac pour retrouver les paysages de Lavaux. C’est en effet à La Conversion que le quadragénaire, qui a grandi à Chexbres et Montreux, vient de s’installer avec sa compagne et ses deux filles. Ses impressions recueillies au détour d’un café et d’un croissant à la tranquille saveur helvétique.  

Gaspard Kühn, vous êtes de retour en terres vaudoises depuis décembre dernier. Quelle est la première chose que vous rêviez de faire en rentrant?

– C’était de voir ma famille. Et mes amis, que je n’ai d’ailleurs pas encore tous vus. C’est le plus important, finalement. Quand on a passé autant de temps à l’étranger, les liens se distendent, il faut les resserrer. 

À quel instant vous êtes-vous dit: «Ça y est, je suis à la maison»?

– Ah, mais immédiatement! En sortant de l’avion, on est allés aux toilettes de l’aéroport et je me suis dit: «Tiens, c’est vraiment très propre.» Il y a quelque chose de chouette – et de parfois un peu sclérosé – en Suisse, c’est cette impression d’immuabilité. Quand on voyage beaucoup, c’est agréable de se dire qu’il y a toujours cette espèce de port d’attache où l’on connaît les codes et les gens. 

Quels sont les moments qui vous ont marqué durant ces cinq ans et demi?

– Sur le plan personnel, je retiendrai la naissance de nos deux filles. Et professionnellement, il y a eu l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. Je pense aussi à tout ce qui s’est passé à Minneapolis, avec la mort de George Floyd. C’était très chaud, on s’est fait tirer dessus par la police avec des balles en caoutchouc. Et puis je citerai aussi la fusillade survenue à l’école d’Uvalde, au Texas, et qui a fait 21 morts, dont 19 enfants. J’ai tendu mon micro à quelqu’un sans savoir que c’était le père d’une des victimes. Je me suis pris toute la décharge émotionnelle. Ce sont toujours les choses extrêmes qui marquent le plus, quand on sent qu’on est dans le souffle de l’histoire. Mais à côté de ça, il y a eu tellement de reportages fantastiques, de lieux visités, de rencontres. 

Vue d’ici, la société américaine paraît extrêmement clivée. Est-ce que vous avez eu parfois peur pour votre sécurité?

– Oui, il y a eu des moments assez tendus. Lors de l’assaut du Capitole, on avait décidé de tourner avec des téléphones. On a eu raison, parce que beaucoup de nos collègues se sont fait casser leur matériel par les manifestants. On est arrivés avec nos barbes de trois jours. J’avais ma veste kaki, mon cameraman sa veste rouge, on passait pour des Trumpistes. Ces derniers nous ont d’ailleurs aidés à passer. Pour nous, ça n’était pas dangereux ce jour-là. Mais il y a eu beaucoup de fois où on ne savait pas trop comment ça allait basculer. Dans certains quartiers, vous n’êtes pas toujours le bienvenu avec une caméra.

Racontez-nous, à quoi ressemblait votre quotidien aux États-Unis? 

– Les journées commençaient généralement tôt. Avec le décalage horaire, le 19h30 tombait à 13h30 pour nous. Le matin, on travaillait souvent dans l’urgence. Quand il y avait de fortes actualités, il fallait se lever à 4h du matin pour le duplex du 12h45. L’après-midi, c’était un peu plus tranquille, on préparait les sujets au long cours. On partait en reportage, ce qui impliquait de passer beaucoup de temps à voyager. D’ailleurs, j’ai été choqué par le crash survenu la semaine dernière à Washington. L’avion qui s’est écrasé allait atterrir à l’aéroport où je revenais de mes reportages.  

Qu’est-ce qui vous a manqué de la Suisse? 

– Ma famille, mes amis… (il réfléchit)… le Chasselas, la fondue. Une certaine douceur de vie aussi. Aux États-Unis, on est très axé sur le travail. C’est assez rare qu’on prenne le temps de s’arrêter à midi. D’ailleurs, je me réjouis aussi de retrouver la culture méditerranéenne et sa tranquillité. 

Une tranquillité dans le débat également…

– Oui, aussi. En Suisse, on a une culture du dialogue qui est assez exceptionnelle. La démocratie directe et la taille du pays nous permettent de débattre sans être dans un discours anti-élite. On a le sentiment d’être partie prenante. Certes, tout n’est pas rose et il y a beaucoup de monde qui ne vote pas, mais si l’on en a envie de le faire, on peut. Aux États-Unis, il y a vraiment ce sentiment de dépossession par rapport à la politique, et encore plus dès qu’on s’éloigne de Washington. C’est pour ça que des gens sont en colère. 

À l’inverse, qu’est-ce que vous allez regretter des États-Unis?

– Un certain optimisme, peut-être. Si on parle d’un projet, les gens vous disent: «Ah, c’est super, vas-y.» En Suisse, on va plutôt évoquer les risques ou les problèmes qui peuvent survenir. Le fait d’être sur la route aussi, ça m’a beaucoup plu. Les reportages au long cours vont me manquer. Et puis il y a tous les amis qu’on s’est faits là-bas. 

Vous continuez à suivre l’actualité américaine?

– Oui, mais sans être dans le minute par minute comme avant. Les débuts de Donald Trump sont un tourbillon. Si j’étais encore correspondant, je serais complètement immergé. Mais à présent je garde une saine distance, on dira. Et puis, il faut aussi savoir passer la main, surtout que j’ai plein de choses à apprendre ici avec l’actualité suisse.

Pas de frustration, donc…

– Non, quand on signe pour un poste de correspondant, on sait déjà que l’on va rentrer. Ça ne sert à rien d’être dans une espèce de nostalgie. Il vaut mieux couper le cordon et aller de l’avant. Et honnêtement, quand j’ai senti que Trump avait de grandes chances de gagner, je me suis demandé si j’avais encore envie de ce rythme-là. Être correspondant, c’est un peu comme être médecin de campagne: vous êtes tout seul. On doit pouvoir vous joindre le week-end, le jour, la nuit, quand vous êtes en vacances. C’est un travail fantastique, mais on le fait un certain nombre d’années et c’est bien quand ça se termine. 

Qu’est-ce que vous avez pensé de cette investiture, avec des dizaines de décrets signés en rafale? 

– Ce n’est pas surprenant quand on sait que Donald Trump puise sa force de sa base, de ses partisans. Il a ce rapport très particulier à ses électeurs que très peu de politiciens arrivent à créer. On peut penser ce qu’on veut de lui, son retour est assez spectaculaire. Mais il ne faut jamais oublier que les cycles politiques sont très courts aux États-Unis. Les élections de mi-mandat sont déjà dans un an et demi. La fenêtre de tir pour un nouveau président est très courte, et c’est pour ça que dès le début, il doit imprimer sa marque. S’il perd sa majorité au Législatif, il ne pourra plus rien faire. 

À côté de ça, l’actualité vaudoise ne va pas vous paraître trop… calme?

– Non, car le job est toujours le même: essayer de trouver de bons personnages pour raconter une bonne histoire, vérifier les faits, les mettre dans le bon ordre. C’est calme si on a envie que ça soit calme. Pour moi, le journalisme est une passion, et tant que je m’amuse, tout va bien.  

Une carte à jouer pour l’œnotourisme

Vendre une production de 120’000 bouteilles par an n’est pas aisé par les temps qui courent. Cette commercialisation est actuellement assurée depuis l’Institut agricole de Grangeneuve. Mais après les travaux en cours aux Faverges, tout sera rapatrié sur place. Un nouveau bâtiment est en construction pour abriter toute la partie exploitation, ainsi qu’un magasin. Le bâtiment historique sera rénové pour permettre de favoriser l’œnotourisme: dégustations, réceptions, mariages, etc. Une salle de 60 places sera aménagée sous les combles pour attirer des séminaires dans un paysage de carte postale. Les Faverges n’offriront par contre pas de possibilité de logements sur place. Le Grand Conseil fribourgeois a voté un crédit de presque 20 millions pour l’ensemble de ces travaux qui devraient être achevés l’année prochaine. S’il dit regretter le départ de Gérald Vallélian, André Bélard, président de l’Association des vignerons de l’appellation Saint-Saphorin, est par contre convaincu que l’œnotourisme a une carte importante à jouer dans le contexte actuel. Il prend pour preuve une statistique récente: l’année dernière, en neuf mois, 27’000 personnes ont fréquenté le Chemin des Grands Crus entre Rivaz et Epesses.