
Chadrac Akolo a rejoint le Thep Xanh Nam Dinh FC début octobre. En attente de sa licence, il pourrait jouer en compétition à partir de janvier. | DR
Entre exil et succès internationaux, douleur et euphorie, la vie de Chadrac Akolo, buteur hors pair, ressemble à un roman. Il n’avait pas 15 ans quand, de son Congo natal, il a débarqué au centre de requérants à Bex. Révélé au FC Sion lors de la saison 2016-2017 (18 buts), il a ensuite joué deux saisons dans la prestigieuse Bundesliga avec Stuttgart, et en point d’orgue un but lors de la victoire historique 4-1 infligée au grand Bayern Munich de Ribéry et Lewandowski.
À la fin de la saison dernière, son contrat avec Saint-Gall n’ayant pas été renouvelé, il s’est retrouvé sans club. Après quatre mois de vaines négociations, il a fini par s’engager début octobre à l’autre bout du monde – ou presque – avec le Thep Xanh Nam Dinh FC, deux fois champion du Vietnam consécutivement. Un choix un peu par défaut, reconnaît-il. «J’avais pourtant été sacré meilleur buteur du championnat suisse en 2024. J’ai eu plein de contacts, mais les portes se sont refermées, ça a coincé quelque part, je ne comprends toujours pas pourquoi, mais je suis resté positif. J’avais cette offre du Vietnam depuis plusieurs mois et j’ai fini par l’accepter.»
Du temps pour s’acclimater
Nam Dinh est une ville d’un demi-million d’habitants située sur la route de la mythique baie d’Halong, à une petite centaine de kilomètres d’Hanoï, la capitale où Chadrac Akolo vit depuis un mois. Il ne s’est pas encore totalement familiarisé avec son nouvel environnement.
«C’est une belle ville avec des gens super accueillants, on mange bien, la vie est très bon marché, il fait chaud, mais la culture est totalement différente. Je suis encore en rodage, ça prend du temps», nous a-t-il confié au téléphone samedi dernier. Son épouse l’a accompagné dans cette aventure. «Comme je ne suis pas souvent à la maison, elle se cherche des activités, elle s’est mise au Pilates.»
Celui qui fut son premier entraîneur chez les juniors à Bex, Anthony Tagan, resté un ami proche, l’a accompagné à Hanoï. Il y est resté une semaine. «Chadrac avait besoin de quelqu’un de confiance avec lui. Ce que lui avait vendu l’agent était un peu trop sexy comparé à la véritable offre du club et il a fallu batailler pendant trois jours… Chadrac s’est un peu énervé, mais 90% des promesses ont finalement été tenues.»
Un chauffeur privé emmène quotidiennement le Chablaisien d’adoption à l’entraînement. «Avec les énormes bouchons, ça prend environ 1h30!», souffle-t-il. Faute d’avoir déjà obtenu sa licence, il ne fera ses débuts en compétition qu’en janvier. «Je me réjouis beaucoup, je me sens de mieux en mieux physiquement!», affirme le joueur offensif. Il sera toutefois privé de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations au Maroc (21.12-18.01) en raison de sa longue inactivité. «C’est une grosse déception, mais j’espère disputer la prochaine», nous glisse-t-il en se remémorant les bons souvenirs de celle jouée en Egypte en 2019.
Affronter un jour CR7
Le Thep Xanh Nam Dinh FC compte plus d’une dizaine de joueurs étrangers, dont sept Brésiliens, un Hollandais, un Norvégien et un Sud-Africain. Le 5 novembre, Chadrac Akolo a assisté sur place à un match de «Ligue des champions 2» asiatique perdu 0-1 par son équipe contre les Japonais du Gamba Osaka: «L’ambiance est plutôt calme dans un stade comparable au Letzigrund de Zurich. Le niveau ce jour-là était assez élevé contrairement au championnat.»
Dans cette compétition, l’équipe vietnamienne affrontera ensuite le Ratchaburi FC, champion de Thaïlande, et l’Eastern SC, champion de Hong Kong. Le but de l’ambitieux président Nguyen Tan Anh est de jouer cette prestigieuse coupe chaque saison. «C’est un entrepreneur qui injecte beaucoup d’argent dans son club, raconte Anthony Tagan. Son rêve est de défier un jour Al-Nassr, l’équipe saoudienne où évolue son idole Cristiano Ronaldo.»
Loin de sa famille
Les parents d’Akolo, ses deux petites sœurs et le cadet de 12 ans vivent toujours à Aigle, d’où un sentiment d’éloignement assez douloureux à vivre. «Lors de toutes mes précédentes étapes, je me trouvais à 4-5h de voiture de la maison. Là, c’est différent. Mais on se téléphone quasi tous les jours», relève-t-il. Chadrac Akolo retourne aussi régulièrement dans son Congo natal pour y faire «un peu de business».
Quand on lui demande quels sont les souvenirs les plus forts de sa belle carrière, il peine à faire le tri. «Je dirais mon but contre le Bayern, mais aussi le décisif marqué dans les dernières secondes lors du derby de la Ruhr face à Cologne. Sans oublier mon premier goal en sélection contre Madagascar!»
Des rues de Kinshasa jusqu’à Hanoï, Chadrac Akolo peut être fier de son destin. «J’ai eu des hauts et des bas dans ma vie, mais je ne suis pas à plaindre, loin de là!» Un état d’esprit positif sur lequel il pourra s’appuyer pour débuter ce nouveau chapitre de sa carrière.
