Granny Bonbon, diva au verbe piquant et au cœur tendre

Le comédien Alexandre Bonstein prête vie à la charmante et décalée Granny Bonbon. | Rainn Teo Crapaudière

Vevey
Avec humour et tendresse, le Lausannois Alexandre Bonstein incarne une vedette vieillissante et névrosée derrière ses paillettes. À voir le 9 octobre à LAFABRIK Cucheturelle.

Robe sirène en velours blanc, longs gants assortis et collier de perles, Granny Bonbon entre en scène avec un mélange de classe et de désinvolture. Chanteuse glamour américaine d’un certain âge, elle réalise rapidement que son agent l’a trompée en lui promettant les salles les plus prestigieuses. Qu’importe, le spectacle doit continuer.
Dans un français teinté d’un charmant accent anglais, elle entame sa première chanson accompagnée par Ariel Garcia, un dévoué pianiste immigré mexicain.

Entre Hollywood et héritage familial
«Je suis fascinée par la figure pathétique de la diva vieillissante et par le contraste entre son désir de briller et une réalité beaucoup plus dure, confie l’auteur et comédien lausannois Alexandre Bonstein. Le vieillissement, la solitude, la perte de son attrait… Ce sont des thèmes qui m’ont toujours touché, dès l’enfance, en découvrant les films hollywoodiens et les histoires tragiques de certaines actrices.»
Granny Bonbon s’inspire également des deux grands-mères de l’artiste. La première, américaine, se reflète dans le maquillage et la coiffure de la diva. «Elle avait une certaine ressemblance avec Bette Davis dans «L’Argent de la vieille»: maquillage bleu, lèvres très rouges et cheveux presque bleus», décrit Alexandre Bonstein. La seconde grand-mère, très chic et toujours bien habillée, transparaît dans l’importance que la vedette accorde aux apparences. «Je voulais interroger le décalage avec la réalité d’une bourgeoisie qui refuse de voir ce qui la dérange à travers un rôle qui reflète ce déni et cette ignorance assumée.»

Derrière le rire, la fragilité
Le spectacle aborde ces thématiques à travers une série de chansons humoristiques. «Je suis sensible à l’humour, car je trouve que c’est souvent un bon moyen de rendre digeste des sujets sérieux», développe le comédien. Derrière la légèreté apparente des textes se cachent les névroses de Granny Bonbon et celles de son interprète. La diva y évoque ses démons et ses échecs. Lorsqu’elle constate, de façon absurde, qu’elle n’atteint jamais ses objectifs à cause de sa paresse en filigrane, il est question de dépression.
Sous ses airs de grande dame conservatrice, Granny Bonbon cache avant tout un besoin d’être aimée. Ce désir tranche avec son ignorance et les préjugés hérités de son milieu, teintés de racisme. Alexandre Bonstein explique avoir cherché un équilibre entre cette part sombre et une dimension plus fragile, presque enfantine, celle d’une femme qui veut avant tout partager de l’affection. «Je tenais à ce qu’elle ne soit pas bitchy. Elle peut l’être avec ses partenaires de scène, mais elle finit toujours par en payer le prix. En revanche, jamais avec le public, avec qui elle est dans le jeu et l’échange.»


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«Granny Bonbon – Ma toute première tournée d’adieu», LAFABRIK Cucheturelle, je 9 oct. 20h.

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