Guillaume Anex des ténèbres à la lumière

Guillaume Anex a eu tous les rôles au HCV Martigny (ici comme joueur en 2020).  | P. Muller

Hockey sur glace
Promis à un bel avenir, l’ex-défenseur chablaisien a connu commotion sur commotion et une dépression. Il entraîne aujourd’hui avec succès le HCV Martigny.

Enfant d’abord de Gryon, puis dès ses 4 ans de Saint-Triphon, Guillaume Anex (24 ans) a toujours eu la passion du hockey qui lui coulait dans les veines. Il a gravi successivement les échelons: à Monthey jusqu’à ses 12 ans, à Sierre jusqu’à ses 15 ans, puis à Lausanne au sein du CSEL (Centre Sport-Etudes Lausanne). Très solide défenseur de 191 cm, il est promis à un avenir de hockeyeur professionnel. À 18 ans, Guillaume Anex fait partie de l’équipe de Suisse U18 au Championnat du monde en Russie. Et à 20 ans, Lausanne lui offre un contrat professionnel pour deux années.

Mais ensuite, tout s’effondre. Victime d’une sixième commotion cérébrale à 21 ans, il broie du noir, tombe en dépression et décide de renoncer à jouer au hockey. Mais pucks et patins ne l’ont cependant pas abandonné. Depuis trois saisons, Guillaume Anex travaille pour le HCV Martigny (3e division), un club où il a coiffé un peu toutes les casquettes. Jusqu’à occuper aujourd’hui celle d’entraîneur. Il se confie sur sa carrière atypique.

Votre début de carrière a été rythmé. Vous êtes passé par Monthey, Sierre et Lausanne, puis par l’équipe nationale U18 au Championnat du monde en 2018…

– Oui, c’était une très belle expérience ces Mondiaux. Mais sportivement, nous n’avions pas été bons. Nous avions évité la relégation en battant la France sur deux matches. L’arrivée de Thierry Paterlini à la tête de l’équipe m’avait été bénéfique, il aimait ma façon de jouer, le fait que je sois un joueur défensif et dur. On formait une paire de défenseurs avec Mika Henauer (actuellement au SC Rapperswil-Jona) et nous jouions nos matches à Magnitogorsk, un haut lieu du hockey russe, devant 3’000 à 4’000 spectateurs.

Vous devenez ensuite capitaine des U20, puis obtenez un contrat professionnel. Vous êtes alors envoyé en 2e division aux Ticino Rockets. Une déception ?

– Non, au contraire. J’étais content de pouvoir jouer en Swiss League à Biasca. Nous n’étions que des jeunes. Notre objectif principal était de développer notre jeu, sans que les résultats n’aient une grande importance. Je vivais en appartement avec un autre espoir de Lausanne, Lee Roberts (actuellement au HC Franches-Montagnes).

Puis est arrivé ce sombre été 2021 qui a tout changé. Comment l’avez-vous vécu ?

– J’ai été encore une fois victime d’une commotion cérébrale. Lausanne m’avait placé à Sierre et j’ai voulu revenir trop vite au jeu… Ensuite, ça n’allait plus, je n’étais plus la même personne. J’ai connu de longs épisodes de dépression et des troubles de l’anxiété. De sales périodes où j’ai pu compter sur le soutien de ma famille, et tout particulièrement sur Sara, mon épouse. J’ai été diagnostiqué en novembre 2021, et quelques mois après, la question d’arrêter le hockey s’est vite posée. Est-ce que j’étais prêt à prendre encore des risques pour ma santé ou non? Cela a été compliqué à vivre, car le hockey, c’était toute ma vie. S’arrêter, c’est comme se prendre un mur. Dans notre milieu viril, la dépression est encore un sujet tabou, mais on ose en parler de plus en plus. Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux, mais il me reste encore des tocs, que je n’avais pas avant la commotion. Par exemple, je dois vérifier si les bougies sont éteintes, les portes fermées, les clés à leur place, etc. Ce n’est pas toujours facile, mais j’ai appris à vivre avec.

À Martigny, vous avez pourtant été très actif ces dernières saisons…

– On me dit parfois que je suis l’homme à tout faire. Et c’est vrai. Il ne me reste plus qu’à conduire la Zamboni (ndlr: la machine à refaire la glace). J’ai été assistant de direction, team manager de la première équipe, entraîneur des U17, puis des U15, chef de la formation et depuis quelques semaines entraîneur de la première équipe. Une vie à 300 à l’heure que je vais calmer et changer dès la saison prochaine.

C’est-à-dire ?

– D’abord, je vais me marier avec Sara le 30 janvier. À mi-mars nous aurons un bébé, un garçon, dont nous n’avons pas encore choisi le prénom. Et professionnellement, je vais reprendre dès cet été les U16 de Lausanne. Nous allons habiter dans la région lausannoise, tout près des parents de ma femme. J’avais ce besoin de me recentrer à la fois sur mon développement comme coach, ainsi que sur ma vie de famille.