
Lui-même ancien joueur, le Bas-Valaisan d’origine a bifurqué vers le coaching vers l’âge de 25 ans. | Capel pictures
Il est l’un des deux visages à la tête du tournoi féminin de Montreux, qui se dispute jusqu’à dimanche sur les quais de Territet. Malgré un agenda qui a dû s’accélérer ces derniers jours, le co-directeur Yannick Fattebert a pris le temps d’évoquer cette compétition devenue incontournable dans le paysage du tennis. L’occasion également pour l’ancien entraîneur de Stan Wawrinka de revenir sur les grandes heures qu’il a connues dans le circuit au côté de son protégé.
Yannick Fattebert, comme écrit dans le programme, le tournoi féminin de Montreux est destiné à faire émerger les pépites du tennis de demain. Il y en a donc cette semaine?
La plupart des filles sont classées entre le 100e et le 120e rang mondial et ont disputé l’US Open la semaine dernière. Ce sont déjà des pros très ambitieuses.
L’exemple le plus spectaculaire est la Polonaise Iga Swiatek, ex-numéro 1 mondiale, vainqueure de six Grands Chelems, qui a remporté votre tournoi en 2018, à 17 ans, puis en 2020. Une carte de visite idéale?
À l’époque, elle avait déjà un gros coup droit, un gros service et une attitude très calme, très sûre d’elle et de son potentiel. À un journaliste qui – après son deuxième succès – lui avait demandé si elle pensait revenir pour l’édition suivante, Iga avait répondu: «Non, normalement, je serai à l’US Open.» Passées aussi par chez nous, la Brésilienne Beatriz Haddad et l’Américaine Emma Navarro se sont ensuite hissées dans le top ten.
Quel est votre budget?
Environ un million de francs. On vit grâce à nos sponsors et on se bat pour en trouver. Dans tous les domaines on progresse, le tournoi est amélioré chaque année. Pour ce qui est du prize money, cela aurait un intérêt relatif de passer de 125’000 dollars comme aujourd’hui à 250’000 dollars. Car le plateau des joueuses ne varierait pas vraiment.
Vous devez être le seul événement sportif de ce niveau en Suisse où l’entrée est gratuite…
On a toujours préféré avoir des tribunes pleines plutôt qu’à moitié vides. Des gradins clairsemés, ça ne donne vraiment pas envie et ça n’est pas bon pour l’image. Pour la première fois cette année, nous avons tout de même une zone VIP payante, avec des prix allant de 30 francs les premiers jours à 80 francs pour la finale.
Le cadre enchanteur sur les quais avec vue sur le lac constitue l’un de vos grands atouts?
Oui, c’est un décor unique, le tennis club de Montreux est l’un des plus beaux du monde. C’est cette image qui nous permet de vendre le tournoi. Cette année, autre première, nous avons installé un village avec différents exposants.
Vous avez été le coach de Stan Wawrinka durant neuf ans. À plus de 40 ans, il continue à écumer les tournois anonymes sans grand succès. Vous comprenez son obstination?
Je sais que le grand public est sceptique. Mais Stan continue à faire ce qu’il aime et c’est le plus important. Il faut vraiment être passionné à son âge pour continuer à se lever tous les matins pour aller s’entraîner. Un champion, dit-on, devrait s’arrêter au sommet, mais c’est impossible. Et Stan sent qu’il peut encore gagner de beaux matches.
Des trois Grands Chelems qu’il a gagnés avec vous, lequel vous laisse le souvenir le plus fort?
Roland Garros en 2015. J’ai grandi avec ce tournoi, gamin je le suivais déjà. Alors vivre une telle victoire depuis ses entrailles restera pour moi un moment à part.
Quels ont été les bons et les mauvais côtés de cette vie de nomade?
J’ai adoré tutoyer les meilleurs joueurs du monde. Voir ces mecs s’entraîner à un tel niveau, c’était déjà un spectacle, cela me manque. En revanche, c’est une vie où on passe beaucoup de temps à attendre. Les joueurs s’entraînent deux, trois heures par jour et le reste du temps, on doit être à disposition. On n’est pas libre, pas question d’aller à la piscine!
Federer et Nadal ont arrêté. Du «Big Three» qui a fait vivre au tennis ses moments les plus intenses, il ne reste que Djokovic. Le public n’est-il pas nostalgique de cet âge d’or?
Avec eux, le tennis a atteint un niveau inégalé. Mais il faut vivre avec son temps. Le nom de Federer ne fait pas forcément rêver les moins de 15 ans. Et le duel Sinner-Alcaraz promet beaucoup.
Vous qui les avez côtoyés, dites-nous en quelques mots ce que vous pensez de ces trois géants…
Federer, c’était la classe absolue, sur et en dehors des courts. Un type bien, 100% naturel, et c’est pourquoi il a toujours été autant apprécié. Arrivé alors que les deux autres étaient déjà au sommet, Djoko a réussi à les dépasser grâce à sa détermination, ce qui est tout simplement surnaturel. Quant à Nadal, outre ses belles qualités humaines, il était, en live, le plus impressionnant sur le plan athlétique et celui de la puissance.
Si l’on en croit le site de l’ATP, votre meilleur classement a été un 1’288e rang mondial et vos gains se sont élevés à 2’046 dollars sur le circuit. Vous y avez cru pourtant?
À 20 ans, je rêvais de faire carrière comme tous les jeunes joueurs de mon âge. Mais ayant vite pris conscience de mes limites, j’ai bifurqué vers le coaching déjà aux alentours de 25 ans.
