
Les entraînements représentent une part importante de l’activité de sapeur-pompier volontaire. «Ce qui me plaît, c’est la possibilité de pouvoir dépasser mes limites dans un cadre sécurisé», souligne Sophie Reymond. | Point Prod
On les entend souvent de loin, dans leurs camions lancés pleins feux et sirènes hurlantes. Mais sous leurs casques et dans leurs tenues, que vivent les sapeurs-pompiers? C’est ce qu’a voulu montrer la série documentaire «Cœur de pompiers», diffusée actuellement sur la RTS. Au fil des quatre épisodes, on suit au plus près des hommes et des femmes engagés dans les casernes de Genève, Sierre et Saint-Légier.
Sur la Riviera, c’est Sophie Reymond qui a accepté d’exposer ce morceau de vie devant la caméra. Établie sur les hauts du village, la femme de 39 ans, mère d’un garçon de 8 ans, est responsable de l’accueil parascolaire pour les 12 à 15 ans à la Maison Picson à Blonay. Mais quand l’alarme sonne, cette passionnée de nature et de kitesurf se transforme en super-héroïne volontaire.
Sophie Reymond, voilà cinq ans que vous êtes engagée au sein du SDIS Riviera. C’était un rêve d’enfant?
– Pas du tout. Quand je suis revenue habiter dans la région en 2020, il y a eu toute une vie sociale qu’il me fallait recréer. Je recherchais cet esprit pratique et cette camaraderie que j’avais pu côtoyer dans le scoutisme. J’ai vu les affiches de recrutement dans le village et une copine m’a annoncé qu’elle s’était engagée. Alors je me suis dit: pourquoi pas moi?
Qu’est-ce qui vous a surprise en découvrant cet univers?
– C’est surtout l’aspect militaire et hiérarchique. N’ayant pas fait l’armée, je ne suis pas du tout habituée à ça. Mais à présent, je comprends tout à fait que ce soit nécessaire. Quand vous êtes en intervention avec des phases de chaos, vous êtes obligé d’avoir des leaders.
Justement, votre première intervention, vous vous en souvenez?
– Les toutes premières étaient des inondations, je n’en ai pas de souvenir particulier. En revanche, le premier feu m’a marquée. C’était un dimanche matin de novembre 2022, aux alentours des Pléiades: un incendie de chalet qui a coûté la vie à un couple de personnes âgées et leur chien. En y allant, on était informés qu’il y avait déjà des victimes. Ça donne une autre tournure à l’intervention. On sait que ce qu’on va vivre ne sera pas facile, il faut se concentrer sur la mission d’éteindre le feu.
Au début de votre engagement, vous étiez «maman solo» d’un enfant de deux ans. Vous repreniez aussi une activité professionnelle. Comment avez-vous réussi à concilier ces différents rôles?
– Cela demande de la logistique et beaucoup de soutien de la famille. Je n’aurais pas pu le faire sans l’aide de mon père, qui a été très présent.
Vous êtes donc l’une des protagonistes de cette série documentaire, comment ça s’est goupillé?
– Un collègue du SDIS connaissait le réalisateur Thomas Queille. Ce dernier cherchait un profil de pompier volontaire dans une caserne de village. Si possible une femme, et pourquoi pas une maman. J’ai tout de suite répondu à cette annonce, avec l’idée de pouvoir montrer la réalité de ce que l’on vit. Et je voulais surtout pouvoir motiver d’autres femmes à s’engager.
Il y a neuf femmes pour une vingtaine d’hommes dans votre caserne. On découvre qu’il y a une grande cohésion entre pompières…
– Il y a une cohésion de manière générale, mais c’est vrai qu’il y a cette cohésion féminine. On partage nos expériences, on se soutient. À mes yeux, c’est une sororité complètement nécessaire. En tant que femme, il y a cette appréhension avant de s’engager. Sera-t-on physiquement à la hauteur? Finalement, on s’aperçoit que c’est tout à fait abordable. Il faut une bonne condition physique, mais c’est à la portée de toutes.
Vous avez aujourd’hui le grade de caporal, comment voyez-vous la suite de votre parcours au sein des pompiers?
– Grader n’est pas mon objectif. En revanche, ce serait bien si je pouvais devenir instructrice. Si, à terme, je pouvais faire quelque chose de tout ça, ce serait de la sensibilisation dans les écoles. C’est un projet qui me tient à cœur et que je mets gentiment en place.
Les jeunes ne sont pas assez informés des dangers du feu selon vous?
– Je trouve que la population n’est pas assez sensibilisée aux situations d’urgence de manière générale. J’aimerais donner la possibilité aux gens de pouvoir réagir de manière adéquate dans les cinq premières minutes. Il est toujours difficile de former des adultes, car il faut déconstruire et reconstruire leurs connaissances. Je pense donc qu’il est important de former les enfants à ces réflexes.
Plus d’infos:
«Cœur de pompiers», série documentaire réalisée par Thomas Queille. Dernier épisode à découvrir lundi 8 juin à 20h10 sur RTS 1. À retrouver en intégralité sur Play RTS.
