
C’est ici à Prafandaz, emblématique point de vue de Leysin, que mati a composé une partie de son nouvel album, «Camellia». | L. Menétrey
Mettre des mots et des mélodies sur ses maux. Pour Mathew Newsam, cela semble aller de soi. Ce matin 10 avril, depuis son studio avec vue sur les Dents-du-Midi, il peaufine les derniers détails de la sortie de son nouvel album «Camellia», mis en ligne quelques heures plus tôt. «Je n’ai jamais été autant honnête et authentique que dans cet album», confie-t-il d’emblée. Le Leysenoud de 28 ans se décrit lui-même comme «un artiste indie-folk sensible et chaleureux qui écrit des chansons qui viennent du cœur», dit-il avant d’interpeller le facteur dans la rue, qui n’est autre que son entraîneur de football au FC Leysin. «Hey mec, mon album est en ligne!», lance-t-il de son enthousiasme naturel bien connu. «Aujourd’hui? Oh, je vais l’écouter maintenant», lui répond son ami.
Une scène simple, à l’image du musicien. Lui qui a grandi entre différents pays, de la France au Liban, a trouvé ses racines à Leysin à l’âge de neuf ans. «C’est le seul endroit où je me suis vraiment senti à la maison.» La musique, elle, arrive peu après. À douze ans, son père, d’origine britannique, lui enseigne les accords de Wonderwall d’Oasis. Une révélation. «Ma vie a complètement changé depuis ce moment. Petit, j’étais animé par peu de choses, je jouais au foot et aux jeux vidéo, mais avec la musique j’ai presque découvert une raison d’être.» Depuis, la musique l’habite corps et âme. «C’est la première chose à laquelle je pense le matin et la dernière en me couchant», révèle l’artiste autodidacte britannico-suisse.
L’honnêteté envers soi‑même
Son album, qui porte le nom d’une fleur, est résolument acoustique pour laisser respirer les mélodies de guitare et la voix. Au fil des morceaux, mati se révèle sans fard et explore les zones fragiles. Dans son single «Boys Girls», il aborde la dualité entre ce que l’on est et ce que l’on aimerait devenir, comme le révèle ses paroles «Sometimes I wish I wasn’t me» (ndlr: «Parfois, j’espérais ne pas être moi»).
Dans «Doomscrolling» (ndlr: l’action de défiler compulsivement des contenus sur les réseaux sociaux), il capte un mal contemporain, l’addiction aux écrans. «Je l’ai écrite après avoir passé une soirée entière sur mon téléphone. C’est fou la place qu’ils ont pris dans nos vies.» Si la majorité des morceaux ont été composés à Leysin, l’enregistrement s’est réalisé à Monthey, au studio La Digue 18.
Au-delà de l’introspection, il espère que ses chansons trouvent un écho chez ceux qui les écoutent. «Peut-être pour s’avouer quelque chose, ou laisser une émotion refoulée ressurgir à la surface.»
Jouer jusqu’à n’en plus pouvoir
Sur scène, l’introspection laisse place à une intensité débordante. Du Bel Air, à l’Embuscade en passant par le Station, il écume les scènes locales depuis 15 ans, toujours accompagné de sa fidèle guitare. «Je ne m’en lasse pas, ça me fait vibrer. Et apparemment, eux non plus, puisqu’ils continuent à me programmer», dit-il avec le sourire. Parfois, il lui arrive d’enfiler cinq heures de show à la suite, des compositions aux reprises jusqu’aux jam sessions. «Une fois, j’ai même saigné des doigts à force d’enchaîner les morceaux. Mon frère est allé me chercher un plectre… et j’ai continué», rigole-t-il.
En parallèle, Mathew Newsam enseigne la musique au Sépey, à l’école des Ormonts-Leysin (ESOL), à temps partiel depuis trois ans. Il y trouve un épanouissement complémentaire à la scène. «J’aborde l’enseignement avec l’intention d’éveiller la curiosité des élèves à la musique, et ça marche. J’ai la chance que le directeur soit ouvert à cette approche plus créative.» Dans ses cours, pas de xylophone ou de flûte traversière, mais des ateliers d’écriture de texte, initiation à différents instruments, musique assistée par ordinateur. De Serge Gainsbourg aux Beatles, jusqu’à Zaho de Sagazan, il fait dialoguer les générations.
Attaché à son village, mati n’oublie pas le riche passé musical de Leysin – du Vagabond au Leysin Rock Festival, jusqu’au passage des Jackson 5 pour un tournage. Un héritage qu’il souhaite raviver. «Ça me tient à cœur de faire vivre ce village culturellement», lance-t-il avant de retourner à ses préparatifs pour son vernissage qui a eu lieu le 10 avril au café Horizonte. Une scène qu’il a partagée avec son acolyte, Nalu, artiste vaudoise, et Jill Saxer pour une performance de pole dance artistique.
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