
Hayette Berkani, enseignante et mère de trois enfants, a été diagnostiquée d’un cancer du sein à l’âge de 37 ans, après un dépistage tardif et une erreur médicale. | L. Menétrey
«Quand j’ai appris mon diagnostic, mon petit avait deux ans. J’ai perdu ma maman à cet âge. Je sais ce que c’est de vivre sans mère. Je ne voulais pas ça pour mon fils.» Hayette Berkani avait 37 ans quand on a prononcé le mot «cancer». C’était il y a une année, mais elle s’en souvient comme si c’était hier. Le 17 octobre 2024. La Bellerine, alors enseignante de mathématiques et mère de trois enfants, est tombée des nues. «C’était le pire moment de ma vie. Même la chimiothérapie, ce n’est presque rien à côté», confie-t-elle, encore émue.
Pourtant, il aura fallu du temps avant qu’elle ne soit diagnostiquée correctement, puisque les premiers signes remontent déjà à 2023. Une boule apparaît dans son sein gauche. Inquiète, elle consulte sa gynécologue et demande un dépistage, évoquant ses antécédents familiaux, soit une tante atteinte d’un cancer du sein. Mais la réponse de sa gynécologue la laisse sans voix. «Mais non, vous êtes jeune et allaitante, il n’y a pas de risque.» Hayette insiste, mais rien n’y fait. La médecin évoque une simple obstruction due à l’allaitement. «Revenez une fois l’allaitement fini!»
L’Algérienne d’origine reviendra à la fin de l’allaitement, comme préconisé. Mais entre-temps, la boule a grossi. «En vacances, on la voyait à travers mon maillot de bain», raconte-t-elle.
Une erreur médicale
Ce n’est qu’en septembre 2024 qu’elle passe enfin une échographie dans un centre d’imagerie du Chablais. Le résultat tombe: il s’agirait d’un fibroadénome, une tumeur bénigne, à surveiller tous les trois à six mois. Rien d’alarmant selon la radiologue. «Mais moi, je ne voulais pas surveiller, je voulais l’enlever», affirme Hayette Berkani, qui a réclamé une ponction.
Direction Lausanne, chez un autre radiologue pour effectuer l’acte médical. «Il a à peine mis la sonde qu’il n’y avait aucun doute. Ce n’était pas un fibroadénome, mais bien un cancer», souffle la trentenaire. Déjà bien établi, puisque la boule était de 4,3 centimètres. L’urgence était là. «Aujourd’hui, la secrétaire de ma gynécologue m’a dit clairement que si je n’avais pas insisté, le cancer se serait métastasé et qu’il aurait été trop tard.» La radiologue du Chablais a donc mal interprété l’échographie. Une erreur médicale signalée par le spécialiste lausannois.
S’ensuivent alors chimiothérapie, perte des cheveux, tumorectomie. Aujourd’hui, Hayette reprend doucement des forces. «Cette maladie m’a rappelé que pour bien m’occuper de mes proches, je dois d’abord prendre soin de moi.»
Une hausse discrète, mais réelle
Son cas est symptomatique d’une hausse sensible de cancers du sein en Suisse. Sur les 6’600 cas par an, elles sont 330 femmes de moins de 40 ans à en être atteintes (soit 5%). Et cette proportion est en légère hausse depuis quelques années. Selon la Ligue suisse contre le cancer, l’incidence de cette pathologie chez les femmes de moins de 54 ans a augmenté d’environ 6% entre 2007 et 2021. Elle est ainsi passée de 55 à 58,5 cas pour 100’000 habitantes. Une hausse des cas difficile à expliquer, mais les spécialistes avancent toutefois quelques pistes.
«Cela s’explique par des grossesses plus tardives, moins d’allaitement, des problèmes de surpoids, consommation d’alcool, sédentarité, et aussi par le fait qu’on diagnostique mieux la maladie grâce aux progrès de l’imagerie et de la génétique», explique Roma Malval, médecin cheffe du secteur d’oncologie de l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC). Quant aux facteurs environnementaux (pesticides, pollution de l’air, perturbateurs endocriniens, etc), ils seraient impliqués dans environ 10% des cancers, selon la Ligue contre le cancer. Mais la docteure Roma Malval reste prudente. «Les preuves directes restent limitées.»
Pour les femmes de moins de 40 ans, le pronostic vital est plus critique. Selon la revue médicale suisse, elles ont des «caractéristiques tumorales plus agressives et un taux de récidive plus élevé». Résultat: une mortalité plus élevée.
Pour un dépistage précoce
Chantal Diserens, directrice de la Ligue vaudoise contre le cancer, rappelle que recevoir un diagnostic de cancer à 30 ans bouleverse une vie autrement qu’ à passé 60 ans. Carrière, maternité, vie intime. «Tout nous semble exacerbé chez les jeunes femmes. Le regard sur son propre corps, l’impact sur la vie professionnelle, la fertilité, la crainte de la récidive.» Contrairement à Hayette qui avait déjà réalisé son souhait de maternité, certaines jeunes femmes atteintes d’un cancer du sein voient leur fertilité compromise par les traitements. «Il est donc essentiel de proposer une préservation des ovocytes avant traitement», indique Roma Malval.
Aujourd’hui, dans le canton de Vaud, le dépistage systématique débute à 50 ans, avec un rappel tous les deux ans, pris en charge par l’assurance de base. Mais face à ces cas plus précoces, des voix s’élèvent. À Chardonne, Myriam Lejeune, présidente de l’Association L’aiMant Rose, plaide pour un abaissement de l’âge. «Les femmes de moins de 50 ans sont les grandes oubliées de la prévention primaire et du dépistage.»
Selon l’association, ces jeunes femmes se heurtent à des médecins mal sensibilisés ou à des réglementations des caisses maladie qui freinent l’accès aux soins. Roma Malval nuance. «Pour les femmes à haut risque, le dépistage existe déjà. Pour toutes les femmes, les bénéfices et risques d’un dépistage précoce sont encore débattus, car cela peut générer beaucoup de faux positifs et de stress inutile.»
Un autre obstacle pointe à l’horizon pour 2026: les coupes budgétaires. La future tarification Tardoc prévoit une baisse du remboursement de certains actes, dont le dépistage. Résultat: certaines cliniques pourraient donc se retirer, rendant l’examen encore moins accessible.

Depuis août 2024, l’Hôpital Riviera- Chablais teste un projet de médecine intégrative, une approche combinant traitements conventionnels et médecines complémentaires, pour les patientes atteintes d’un cancer du sein. À l’origine du projet, il y a la Dre Zohra Mazouni, spécialiste en radio-oncologie et formée en médecine intégrative. Le 14 octobre, la docteure donnera d’ailleurs une conférence publique à ce sujet pour la journée dédiée à Octobre rose. Avec le feu vert de la direction, elle coordonne un programme proposant quatre prestations: acupuncture, activité physique adaptée, photobiomodulation et hypnose. Les patientes peuvent en bénéficier selon leurs besoins et symptômes. En six mois, elles sont 31 à avoir testé le programme. Les premiers résultats sont prometteurs: réduction de la douleur, amélioration du moral et meilleure qualité de vie. 65% d’entre elles rapportent une amélioration de plus de 50% de leurs symptômes. Reste à voir si le projet pourra perdurer, les questions budgétaires étant encore en suspens. Parmi les bénéficiaires, Hayette Berkani suit des séances hebdomadaires d’acupuncture et de renforcement musculaire. «C’est une bouffée d’air. Même crevée, je viens, et je repars en meilleure forme.»

14 octobre
Hôpital Riviera-Chablais, Rennaz, dès 16h :
Conférences, ateliers bien-être (soins sonores, relaxation…) et stands d’information – Ouvert à toutes et tous
25 octobre
LAFABRIK Cucheturelle, Vevey, 15h-22h:
Ateliers, films et spectacle organisés par Ramer en Rose - programme de réadaptation avec l’aviron – et mis en place par la Rame de La Tour-de-Peilz. Entrée gratuite, participation au chapeau
