«Je suis triste pour ces gens ici qui donnent tout pour le basket»

Nathan Zana a pris la récente décision du TAS avec amertume. Mais ce n’est pas pour autant que le président abandonnera le bateau Vevey Riviera Basket.  | F. Cella – Archives 24 heures

Nathan Zana
Le recours n’ayant pas abouti la semaine dernière devant le TAS, Vevey Riviera Basket se voit rétrogradé en 1ère ligue. Criant à l’injustice, le président du club compare la Fédération à une «république bananière».

«Je suis triste. Triste pour tous les jeunes qu’on a formés. Triste pour la septantaine de bénévoles qui tout au long de l’année font vivre le club. Triste pour ces gens ici qui donnent tout pour le basket». Nathan Zana, le président du Vevey Riviera Basket (VRB), est dépité et en colère. 

En août, Swiss Basketball avait refusé d’octroyer sa licence au club pour raisons financières. Après plusieurs mois, la décision est tombée vendredi dernier. Le recours de Nathan Zana devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) n’a pas abouti. La conséquence directe? Vevey est rétrogradé de SB League en 1ère ligue, la troisième division Suisse. 

La séance au TAS en présence du président a duré plus de 6 heures. Nathan Zana assure y avoir apporté de nouvelles garanties financières, des nouveaux documents, qui, selon lui «n’ont pas été pris en compte». Une version réfutée par Swiss Basketball. (voir encadré). À en croire le président, le départ abrupt d’un sponsor en pleine saison dernière aurait gravement affecté les finances du club.

Plusieurs clubs en difficultés

En cinq ans de présidence, Nathan Zana, ex-joueur pro, actif dans l’immobilier, personnage haut en couleur et controversé, avait ramené Vevey Riviera Basket, au passé si glorieux, là où il aurait toujours dû être, au sommet du basket suisse. «Nous avons fini quatrième et troisième ces deux dernières saisons. Nos juniors, garçons et filles, ont ramené quelque 30 trophées depuis trois ans. S’il y a une ville de basket en Suisse, c’est bien Vevey!», plaide-t-il.

On le sait, loin d’être cantonnés au seul VRB, les problèmes financiers touchent la quasi-totalité des clubs de l’élite. Boncourt a rendu les plaques, Monthey joue avec une licence provisoire et Nyon a été sauvé par sa Municipalité. «Massagno survit grâce à un mécène et même Fribourg est en difficulté. Aujourd’hui, sept des neufs présidents de LNA ont envie de mettre la clé sous le paillasson…», assure Nathan Zana.

«Les clubs font vivre les bureaucrates» 

Aux yeux du président, la Fédération – qu’il qualifie de «république bananière» – est en bonne partie responsable de cette situation. Selon lui, au lieu d’aider ses clubs, elle se contente de les ponctionner. «On paie une cotisation annuelle de 70’000 francs, ce qui est énorme. Comme la Mobilière est le sponsor principal de la Fédé, nos top scorers doivent porter un maillot à l’effigie de cette société. Et que touche-t-on en retour? 7’000 francs max en fonction des paniers marqués par le joueur. C’est le seul argent qu’on reçoit de la part de Swiss Basketball. Sans oublier que les retransmissions gratuites des matches sur Youtube ne nous rapportent rien…» 

Le président aborde ensuite la problématique salariale. «À Vevey, plusieurs de nos joueurs de LNA qui s’entraînent deux fois par jour touchent un salaire mensuel oscillant entre 600 et 1400 francs, une somme bien inférieure à celle des employés de Swiss Basketball et même des arbitres. Au final, ce sont les clubs qui font vivre les bureaucrates dans le basket suisse et pas l’inverse». Et d’ajouter, lucide: «Je sais qu’on on va dire <Zana dit encore des bêtises>. Je dérange, mais au moins je dis les choses!» 

À cela s’ajoute encore le manque d’infrastructures adaptées au basketball pro en Suisse. «On joue, comme au Pommier à Genève, dans des salles de gym truffées de lignes au sol. Ce sport ces dernières années s’est mondialisé partout, en Afrique notamment. Inexistant voilà 15 ans en Allemagne, le basket y cartonne aujourd’hui. Mais chez nous? Rien. Notre championnat est invisible. À qui la faute?», lance Nathan Zana.

Quid de l’effectif ?

Cette saison, Vevey alignera les jeunes de l’équipe réserve actuelle en 1ère ligue. «Nos Américains vont partir. Avec les autres joueurs de LNA, nous allons avoir des entretiens individuels, on verra bien». 

Si Nathan Zana, père de deux ados, a décidé de rester, contre vents et marées, c’est par amour des jeunes et du mouvement junior dans lequel il s’investit tant. «J’entraîne quatre équipes, dont deux de filles. La quasi-totalité de mes fins de journées, de 17h à 22h, je le passe à la salle». Et, malgré tout, il continuera.

Une décision crève-cœur

Secrétaire général de Swiss Basketball, Erik Lehmann estime, contrairement à ce qu’avance Nathan Zana, que la situation de Vevey n’a pas changé entre le refus de la licence il y trois mois et la séance devant le TAS de la semaine dernière. «Les conditions que nous avions posées n’ont pas été remplies, notamment en ce qui concerne l’apurement de la dette», précise-t-il. Un avis partagé par Matthieu Reeb, le directeur du TAS, qui nous a répondu par écrit. «Ce que je peux dire à ce stade, c’est que Vevey ne remplit pas les conditions pour obtenir une licence pour raisons financières. L’arbitre doit rédiger les notes de la décision, ce qui peut prendre quelques jours.» «Reléguer Vevey a été un crève-cœur, assure Erik Lehmann. Notre but est de garder tous les oiseaux dans le nid. Vevey est un club historique avec un mouvement junior très performant qui fournit de nombreux talents à nos équipes de U16 et U18 notamment.» Pour tenter de remédier aux difficultés économiques des clubs de SB League, la Fédération a un projet concret, selon son secrétaire général. «Nous travaillons sur un nouveau modèle de championnat peut-être plus axé sur les jeunes, dont nous allons discuter avec les clubs. Sept domaines sont abordés dans notre réflexion, dont celui crucial des infrastructures. Nyon et Lugano auront d’ailleurs bientôt de nouvelles salles, ce qui est positif. Mais il est vrai que l’économie du basket suisse est insuffisante et elle doit être améliorée.»