
Jean-Philippe Weiss | DR
Une force de caractère brute et un cœur immense. Les deux facettes reviennent dans tous les hommages rendus à Jean-Philippe Weiss. Le co-fondateur du Théâtre du Vieux Quartier, devenu Théâtre Montreux Riviera (TMR) en 2002, s’en est allé le 21 octobre des suites de problèmes de santé de longue date.
L’ancien des Tréteaux du Château de La Tour-de-Peilz a contribué à la professionnalisation de la pratique théâtrale dans la région, notamment en étant à l’origine, en 1976, du Centre Dramatique Chablais-Riviera, qui jouait au TMR. Dès la première saison, les productions maison côtoyèrent des spectacles parisiens qui tournaient dans les théâtres et salles de la Riviera, et la troupe a reçu plusieurs récompenses.
Pour Sylviane Vassy, amie de longue date et qui lui a succédé de 2008 à 2012 à la tête du TMR, la mort de l’acteur et metteur en scène laisse «un immense vide». «C’était quelqu’un qui prenait beaucoup de place, pas toujours facile à vivre avec ses coups de gueule, mais ils ne duraient jamais longtemps. C’était aussi une immense générosité, qui frôlait la déraison, et tout ce qu’il a fait au théâtre est le fruit d’un énorme amour pour les artistes et les gens en général. Dernière preuve en date, Guillaume Bouchède, au moment de recevoir son premier Molière l’an dernier (il en a eu deux autres cette année), a cité Montreux dans ses remerciements sur scène.»
«Fatigué du monde»
À la cérémonie d’adieu au cimetière de Montoie, lundi dernier à Lausanne, Olivier Lambelet a salué «l’ours au grand cœur de la Tour de Gourze», près de laquelle Jean-Philippe Weiss a vécu de longues années en solitaire sur les hauts de Rivaz, même s’il aimait y recevoir ses amis et artistes. «C’était un personnage incroyable, qui habitait dans sa grotte, raconte le co-directeur du Théâtre le Pantographe, à Vevey. Il était un homme de talent, un misanthrope un peu fatigué du monde, qui, avec sa générosité incroyable, a beaucoup aidé le théâtre, et le Pantographe en particulier.»
L’avis mortuaire de la famille conclut en invitant à faire un don au lieu de scène veveysan où Jean-Philippe Weiss avait monté sa dernière mise en scène fin 2022, «L’amoureux enchanteur».
Un lieu de théâtre «magique»
La syndique de Veytaux Christine Chevalley, qui l’a côtoyé au comité du TMR, se dit triste de la perte de cet ami «passionné et attachant, même avec ses rognes, un type comme il n’y en a pas deux et qui laisse un lieu magique à Montreux».
Le Montreusien Olivier Rapin, qui a consacré un livre au théâtre, aime pour sa part rappeler «l’homme de talent au caractère tempétueux, ce qui était nécessaire pour tracer les sillons d’un théâtre professionnel dans la région».
