
Parmi les nouveautés, on trouve trois consoles de jeux pour les novices et les nostalgiques. | S. Jaquemet
En moins de deux ans à la tête du fameux musée boéland, Selim Krichane a mis sur pied trois expositions temporaires – deux petites et une grande – créé un festival dédié aux jeux, qui a accueilli 8’000 visiteurs cette année, et véritablement transformé le style des lieux. Pourtant, il reste humble quand il s’agit d’aborder les dernières réalisations de son équipe. «L’objectif était de renouveler rapidement les espaces d’exposition. Mais il n’y avait pas d’ambition de réinventer la roue. Le cœur du contenu, les objets et le discours historique restent sensiblement les mêmes. D’autant plus que cette exposition permanente est temporaire.»
En effet, les projets de rénovation du château, «dont on parle depuis très longtemps», sourit le Vaudois, sont en train de se préciser. Dans trois ou quatre ans, la forteresse médiévale qui date du XIIIe siècle devrait être entièrement modernisée et agrandie, «l’occasion de repenser en profondeur l’exposition permanente». Les amoureux des jeux ont de quoi jubiler, car cette nouvelle expo donne un avant-goût prometteur du futur musée.
Écrin moderne pour anciens joyaux
Après s’être plongés dans l’archéologie du jeu vidéo au premier étage, grâce à l’exposition très prisée «De la case au pixel», qui est prolongée jusqu’en 2025, les visiteurs accèdent à l’univers lumineux du second niveau. La première salle est réservée aux «Jeux du monde». «Ici, on aborde les jeux de plateau et de cartes qui se sont essaimés à travers la planète au cours de l’histoire», explique Selim Krichane.
Des pièces importantes de jeux de l’oie, produites au XVIIIe siècle et sorties des collections du musée, sont suspendues dans des plexiglas et regardent les arches contemporaines conçues par Jean-Pablo Mühlestein. «Ce jeune scénographe, qui travaille à l’EPFL Pavilions, a mis en scène toute l’exposition, signale le directeur. Il a aussi imaginé les <tiny houses>, les maisonnettes qui abritent des objets pour créer un ensemble à la fois cosy et ludique dans le parcours de l’exposition.»
On s’émerveille devant les trésors des collections. Ici, un pachisi, ancêtre indien de Hâte-toi lentement, incrusté de pierres précieuses. Là, un superbe coffret de jeux qui a appartenu au compositeur Johann Strauss. Des textes accompagnent chaque découverte. «Il y en avait relativement peu auparavant. Nous avons fait un effort de transmission d’informations pour qu’il y ait un peu plus d’éléments à voir et à lire.»
Du senet égyptien à la Super Nintendo
Si les cartes à collectionner, comme les Pokémon, terminent ce voyage à travers les âges, l’exposition n’oublie pas les jeux helvétiques, tels qu’un exemplaire d’un tarot fribourgeois ou un coffret de Boston lausannois. «On a agrandi la section sur les jeux de cartes, précise Selim Krichane. Donc on peut découvrir d’autres pièces qui n’avaient pas encore été montrées.»
Dans la deuxième salle, qui s’intéresse à l’«Histoire du jeu», le Jeu du Cervin est mis en évidence. «Un parcours à faire avec des dés, publié par la maison d’édition lausannoise Spes. Cette partie montre quelques exemples du tout petit marché des éditeurs suisses du XXe siècle.»
C’est dans cette salle que l’on peut observer un plateau de senet égyptien d’environ 4’000 ans, prêté par le département des Antiquités de Chypre. Mais aussi quelques objets du Moyen Âge. «Nous avons peu de pièces de cette période pour le moment. Nous avons envie de la développer par la suite.» On y trouve une sélection de divertissements emblématiques du XXe siècle, «une sorte de Panthéon des jeux de société», dont le Monopoly, Risk ou le Scrabble. Ainsi qu’un monument, érigé par Selim Krichane lui-même, 400 à 500 boîtes empilées, qui donne «une idée en termes de ressenti du vertige que provoque la massification de la production des jeux de société à partir des années 1980. Plusieurs milliers de nouveaux titres apparaissent tous les ans sur les rayons. Comme celle des jeux vidéo, cette industrie culturelle se porte très bien».
Pour signifier le XXIe siècle, trois postes invitent le public à toucher une Mega Drive, une Super Nintendo et la première PlayStation de 1996. «Le but est de changer les jeux vidéo au fil du temps, souligne le directeur du musée. Ils ont droit à un petit espace dans l’exposition permanente et à un grand dans les temporaires. Ce dosage-là me va bien pour le moment.»
La troisième salle, «Expériences de jeu», s’arrête sur les émotions qui nous animent lorsque l’on s’amuse. Jeux d’adresse, de raisonnement et de hasard sont scrutés dans cet espace modulable, également dédié à la médiation.
À noter encore: fin octobre, la petite tour hébergera les collections de la Loterie Romande (affiches, billets, etc.), conservées par le musée. «Un motion designer nous a préparé une belle animation qui permettra de voir une cinquantaine d’affiches défiler», se réjouit le directeur. Différents tambours de tirage, dont un du XIXe siècle, ornent déjà la dernière salle.
