
À 90 ans, Pierre Richard a livré une performance touchante et dynamique sur la scène des remparts à La Tour-de-Peilz au moment de raconter son parcours. | L. Barthelemy
Ça ne devait pas vraiment être un spectacle, et ça a été bien plus que cela. On est comédien ou on ne l’est pas, et Pierre Richard l’est jusqu’au bout de l’âme. Immense, immortel même, au vu de sa filmographie, évidemment, mais aussi de son embarrassante (pour nous!) énergie de nonagénaire.
Pendant près de deux heures, à l’invitation de Damien Schmutz, directeur du centre de loisirs pour seniors L’Escale, il a ravi une Salle des Remparts comble de nostalgiques. Parmi ceux-ci, des personnalités locales (Bernard Nicod ou Lucien Favre) et des stars comme Thierry Lhermitte (dont c’était le tour de monter sur cette même scène le lendemain) et l’humoriste Michel Leeb. «C’est parce qu’ils sont là que je bredouille», a lancé celui qui a incarné François Perrin dans «La Chèvre» et «Le grand blond à la chaussure noire» ou François Pignon dans «Les Compères».
En répondant aux questions de David Becker, le concepteur du spectacle, Pierre Richard a livré une performance fascinante, n’hésitant pas à jaillir de son canapé pour danser ou groover sur un de ces airs jazzy qu’il aime tant, interprété par un orchestre sur scène. En arrière-fond, un écran a délivré des photos-souvenirs, images inédites et, évidemment, scènes cultes de ses films.
Blier, Carmet et les autres
Pierre Richard, qui a grandi dans un milieu aisé, a évoqué brièvement sa famille. Ses deux grands-pères aux styles si différents: l’un aristocrate et châtelain, l’autre, si inspirant, ouvrier italien. Sa mère qui l’obligeait à porter le costume et déclamer Cyrano de Bergerac. Ce père si intransigeant, qu’il aurait rêvé autrement…
L’artiste se révèle en lui lorsqu’il découvre au cinéma l’acteur américain Danny Kaye. «Je me suis dit: <C’est ça que je veux faire.>» Ce sont aussi les débuts au cabaret L’Écluse, où une certaine Barbara commençait son ascension de chanteuse, et les premières parties de Brassens qui l’encourageait depuis les coulisses. «Il irradiait.»
Parmi les anecdotes truculentes, il a commencé avec Bernard Blier, acceptant de jouer dans son premier film, «Le Distrait». «Quel stress! Il n’était pas réputé pour être tendre avec les cons.»
Il y eut aussi la mini-jupe de Jane Birkin dans le port de Cherbourg, Serge Gainsbourg alignant les cocktails au bar du casino, la scène de nu de Mireille Darc exigeant qu’il ne la regarde que dans les yeux… Les blagues de Jean Carmet aussi, «le plus ingérable que j’aie connu». Et son «Compère» Gérard Depardieu, amateur d’alcool à toute heure. «C’était un sport de l’extrême de jouer avec lui.»
Enfin, l’occasion manquée avec Louis de Funès, sur «L’aile ou la cuisse». «Je ne sentais pas le rôle et je ne l’ai pas pris. Louis m’appelle un matin et je m’explique. Il comprend, puis me demande: <Pis le scénario, il est bon?> On était un mois avant le début du tournage et il ne l’avait pas lu!»
