Jugé pour avoir tué sa femme sur un banc

C’est dans le parc Albert Filliettaz, sur les quais montreusiens, que les faits se sont produits en août 2020.  | G. Bosshard – Archives 24 heures 

Montreux
Un Américain de 32 ans est accusé d’avoir donné des dizaines de coups de couteau à son épouse. Un drame d’une rare violence qui remonte à l’été 2020.

Une quarantaine de coups de couteau, dont plusieurs portés au visage et au cœur. L’autopsie effectuée sur le corps de Maria* témoigne de l’extrême barbarie dont la jeune femme de 23 ans a été victime, un soir d’été, dans un parc public de Montreux. Près de cinq ans après les faits – c’était le 24 août 2020 – l’auteur présumé, qui n’est autre que son mari, doit comparaître les 15 et 16 juillet prochains devant le Tribunal criminel de l’Est vaudois, notamment pour assassinat.

L’acte d’accusation établi par la procureure Camilla Masson permet d’en savoir un peu plus sur le contexte qui entoure ce drame glaçant. À commencer par la violence et les tensions qui, semble-t-il, faisaient déjà rage depuis longtemps au sein du couple.

Jalousie, paranoïa et stupéfiants

C’est au printemps 2017, lors d’un voyage au Japon, que la Suissesse rencontre Stefano*, un Américain venu de New York. Elle a 20 ans, lui en a 24. Entre eux, c’est visiblement le coup de foudre, puisqu’ils se marient quelques mois plus tard. Les époux vivent successivement à Sion, Saint-Saphorin et Vevey. Alors que Maria est employée d’une grande compagnie d’assurance, son mari reçoit de l’argent de ses parents restés aux États-Unis.

«La vie du jeune couple a été émaillée de fréquentes disputes, ayant pour toile de fond la consommation de substances psychotropes et la jalousie excessive du prévenu», apprend-on dans le document du Ministère public. La police interviendra ainsi deux fois, en avril 2019, à leur domicile de Saint-Saphorin. L’affaire en restera toutefois là, les conjoints «ayant contesté toute violence au sein de leur couple».

À Zinal au-dessus du vide

En février de l’année suivante, la tension monte d’un cran. Sous l’influence de MDMA (ndlr: ecstasy) et de cannabis, Stefano aurait reproché à son épouse sa «soi-disant infidélité et son appartenance à une secte meurtrière». Il aurait tenté de la «faire passer aux aveux» en la giflant, la mordant et en lui serrant le cou.

Deux jours plus tard, le 8 février 2020, un nouvel épisode survient à Zinal. En vacances dans la station valaisanne, le couple se dispute. Avec, pour contexte, «une consommation commune de produits stupéfiants, ainsi qu’un énième débordement paranoïaque de l’époux», relève la procureure.

Afin d’échapper à son conjoint, Maria prétexte «vouloir aller contrôler que les ennemis imaginaires [de ce dernier] ne se trouvent pas dans l’appartement d’à-côté». Elle enjambe le balcon à une «hauteur vertigineuse», avant de trouver secours auprès des voisins, qui alertent aussitôt la police.

Rendez-vous fatal

Et puis arrive ce lundi 24 août 2020. Après plusieurs SMS échangés entre eux, dans lesquels Maria dit «douter de vouloir poursuivre» leur relation, les époux se donnent rendez-vous à Montreux en fin de journée.

Vers 17h, ils s’installent dans le parc Albert Filliettaz, qui borde la Maison de Commune, et entament «une discussion au sujet de leur couple». Maria émet le souhait d’aller aux toilettes et se rend pour ce faire dans un café voisin. «Craignant que son épouse ne quitte les lieux, le prévenu l’y a accompagnée», précise l’acte d’accusation.

C’est à leur retour au parc, vers 18h20, que la situation bascule dans l’horreur. Alors qu’ils sont assis sur un banc, Stefano pose «un couteau à lame rétractable» entre elle et lui. Un Laguiole acheté trois jours auparavant à Zermatt, est-il précisé. Le prévenu aurait alors saisi l’arme et commencé à poignarder sa femme, «visant délibérément ses organes vitaux, afin de s’assurer de son décès», souligne la procureure. L’acharnement est tel qu’il aurait continué à frapper, alors que la victime était tombée au sol.

«C’est assez»

Il faudra l’intervention d’un passant pour mettre fin au carnage. «That’s enough», aurait dit ce dernier en anglais. «Le prévenu a alors jeté le couteau dans un buisson et quitté les lieux en courant en direction de Villeneuve, poursuit le Ministère public. Il a été interpellé quelques centaines de mètres plus loin par la police.»

Âgé de 32 ans aujourd’hui, l’homme est incarcéré dans le canton de Vaud. Il encourt la prison à vie. Sollicité, son avocat n’a pas pu être joint avant notre bouclage.

*Prénoms d’emprunt

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