
La pollution est survenue l’été dernier à Vevey-Corseaux Plage, où le club de natation organise ses cours d’été pour les plus jeunes. C’est le bassin intérieur qui avait dû être fermé. | DR
Quand on évoque le mot «piscine», on pense généralement à des moments de détente. Mais jeudi dernier, ce terme était plutôt synonyme de tracas pour un cadre de la Ville de Vevey, qui comparaissait devant le Tribunal de police. Il lui était notamment reproché d’avoir «mis à disposition un bassin intérieur dont la qualité de l’eau pouvait mettre en danger les utilisateurs».
Les faits remontent au lundi 14 juillet 2025, à la piscine de Vevey-Corseaux Plage, et impliquent l’une de ses subordonnées. Ce matin-là, la responsable de l’infrastructure décide de débrancher la machine régulant le chlore dans le bassin intérieur. En cause: une défaillance technique qui l’empêchait de fonctionner normalement depuis le week-end. «Nous l’avons arrêtée car il y avait trop de chlore dans l’eau», a-t-elle expliqué devant la cour, alors qu’elle était appelée comme témoin.
En attendant la réparation de la machine, elle choisit de gérer «manuellement» le taux de chlore. «Nous l’avons fait baisser avec un produit de neutralisation. À 8h50, le taux mesuré était de 0,43 mg/l et donc conforme (ndlr: la norme se situe entre 0,2 et 0,8). Nous avons ainsi ouvert le bassin pour les cours d’été du Vevey-Natation, en prévoyant de faire des mesures toutes les deux à trois heures pour s’assurer que la quantité de chlore restait conforme.»
«Pas la base légale pour fermer»
Plus tard dans la matinée, alors que des dizaines de bambins batifolent dans l’eau, un inspecteur cantonal des eaux débarque pour un contrôle inopiné. L’échantillon qu’il prélève à 11h affiche un niveau de chlore de 0,1 mg, soit en dessous de la norme. Mais pas de quoi faire fermer le bassin. «Tant qu’il y a du chlore, même un tout petit peu, je n’ai pas la base légale pour imposer une telle mesure», indique-t-il à la barre des témoins.
L’inspecteur dit avoir réagi en apprenant que le produit était ajouté manuellement. «À la louche», selon ses propres mots. «Je leur ai dit que ce n’était pas une manière de faire agréée. Le taux peut être trop bas, ou trop haut.» Il se fonde sur les recommandations d’une norme SIA.
«Une machine défectueuse n’implique pas la fermeture, estime de son côté la responsable. Certaines piscines dosent encore manuellement. Il n’y a pas de risque, si le taux de chlore est suivi de près.»
Mais c’est l’analyse bactériologique de l’échantillon qui fera fermer le bassin. Tombé le lendemain, le résultat révèle en effet un taux de bactéries fécales «prononcé». L’inspecteur cantonal est catégorique: des responsables confrontés à une machine défectueuse doivent interdire l’accès à l’eau en attendant la réparation.
Un problème lors du prélèvement?
Pour son avocat François Gillard, le cadre de l’administration veveysanne ne peut d’entrée pas être incriminé. «Même si c’est lui le chef, sa subordonnée a confirmé qu’elle avait pris la décision de débrancher la machine et qu’elle en avait le pouvoir.»
Et de poursuivre, sur le fond de l’affaire: «En cas de panne, le dosage manuel n’est peut-être pas agréé, mais il n’est pour autant pas exclu par la loi. On tend ici à vouloir condamner quelqu’un pénalement, mais on ne peut pas le faire d’après la simple recommandation d’une norme SIA.»
Au sujet de la pollution fécale, l’avocat s’est questionné. «Nous avons consulté plusieurs professionnels. Selon eux, même si le niveau de chlore n’est que de 0,1 mg, il ne permet pas un tel taux bactériologique. Cela peut nous donner à penser qu’il y avait peut-être une contamination des fioles ou de l’appareil utilisé lors du contrôle. Ou qu’un enfant <s’est lâché> dans les minutes, dans les secondes qui ont précédé le prélèvement?»
Une plaidoirie qui a visiblement convaincu la juge Christine Moreno Davila, puisque le prévenu a été acquitté.
