La buvette de l’Arsat, cette fois, c’est fini

La buvette de l’Arsat vient de fermer après 30 ans d’activité et sera rasée prochainement pour permettre de revitaliser le marécage protégé d’importance nationale.  | L. Grabet

Les Mosses
L’emblématique établissement de la station a définitivement fermé le 15 avril dernier. Il sera rasé en raison de la protection du marécage. Reportage lors d’une dernière journée riche en émotions.

«Cette buvette, c’était un peu notre bébé, nous qui n’avons pas eu d’enfant. Devoir la fermer après 30 ans de bonheur me déchire le cœur!», confie Thérèse Mermod sous l’œil attendri et dans les bras accueillants de son mari Paul-André, dit «Pollux», 64 ans. Il pleut sur les Mosses et dans les cœurs en ce mardi 15 avril. Les derniers névés fondent inexorablement et avec eux un morceau du patrimoine local. «Fermeture définitive. Nous avons le cœur lourd pour nos clients, pour notre station et pour nous», indique une gigantesque banderole déployée devant la Buvette de l’Arsat. 

Cette dernière journée sera riche en larmes. Tristesse, gratitude et colère s’entremêlent, car il n’y aura pas de résurrection pour l’iconique établissement du domaine skiable. L’ordonnance sur la protection des sites marécageux doit être respectée, tout comme la convention signée entre le tenancier, Pro Natura et le Canton dix années auparavant. La buvette est en effet située dans un marécage protégé d’importance nationale et il avait été convenu qu’à la retraite de Pollux, elle serait fermée et détruite (voir édition 193,
5 mars 2025
).

« Cette buvette avait une âme »

Nous y sommes et des habitués viennent rendre un dernier hommage à ce lieu apprécié et à ses tenanciers. La plupart ne sont pas tendres avec Pro Natura. «C’est à cause d’eux qu’on en est arrivés là et ils ne comprennent pas que l’écologie, c’est aussi et avant tout la défense de l’Homme et de son droit de vivre là où il est né!» 

«Cette buvette a une âme. Les habitués comme les personnes de passage aimaient s’y retrouver dans l’amitié, le partage et la chaleur humaine. C’est un peu du meilleur du monde d’avant qui s’en va avec cette buvette. Un monde où le respect passait avant le profit…», résume avec pudeur Yves Boillat, monté en ce jour livrer les dernières boissons. Une table d’une vingtaine de personnes a en effet été réservée pour ce midi. «Ils viennent chaque année en famille célébrer un anniversaire», précise Pollux. La chose en dit long sur l’attachement à cette buvette ne payant pas de mine, mais offrant de délicieux petits plats du terroir à prix abordables, mais aussi, et peut-être surtout, une atmosphère où amitié et partage sont des valeurs cardinales.

Sandrine, Michel et Véro, trois des employés cumulant à eux tous près de 50 ans d’ancienneté ici, peinent à ravaler leurs larmes. Thérèse Mermod, elle, les laisse couler lorsque Coco, le fleuriste du village, vient lui livrer un magnifique bouquet en guise de cadeau d’adieu. La sexagénaire, assistante sociale de formation, a connu son mari ici même voici 28 ans, alors qu’elle escortait des groupes de personnes en situation de handicap dans leurs séjours ressourçants à la montagne. 

L’heure de digérer

Son mari s’est impliqué corps et âme dans le projet au point de rénover les lieux lui-même à l’époque. L’hiver 2024-2025 a été paradoxalement l’un des meilleurs en 30 ans d’activité. «Plus de 16’000 repas ont été servis à l’Arsat. Soit une moyenne de 180 par jour d’ouverture!», récapitule Paul-André Mermod. Dans ces conditions, trouver un repreneur n’aurait pas été difficile pour les tenanciers, qui auraient rêvé avant cela de «jouer les prolongations pendant deux ou trois ans». Deux personnes se sont même manifestées pour racheter et démonter le bâtiment avant de le remonter ailleurs. 

Après quatre mois de travail sept jours sur sept de 5h à parfois 22h et avoir récupéré ce qui pouvait l’être dans leur chère buvette, les Mermod s’offriront une escapade en France «pour digérer tout ça». Puis, dès le 20 mai, le couple sera de retour au Restaurant du Lac Lioson pour préparer leur antépénultième saison estivale dans ce bel enracinement d’où finissent immanquablement par jaillir tant de bons fruits.

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