
La consommation de vin blanc suisse a fortement diminué en 2024 (-11% par rapport à 2023), atteignant 39,7 millions de litres. | Archives 24 heures
La Confédération a récemment communiqué qu’en 2024, «la consommation de vin en Suisse a fortement reculé, atteignant un total de 218,4 millions de litres, soit 18,6 millions (-7,9%) de litres de moins qu’en 2023». Autres chiffres donnés par Berne, cette baisse, qui touche les vins nationaux comme ceux importés, se reflète à la fois dans les blancs (-5,9%) et les rouges et rosés ensemble (-9%). Le mousseux n’est pas épargné.
Alors qu’avaient lieu les traditionnelles Caves ouvertes ce week-end (voir p. 11), et que l’on connaîtra dans deux semaines les médaillés du Mondial du Chasselas à Aigle, la consommation de blancs suisses en 2024 a fortement diminué (-11%), atteignant 39,7 millions de litres. C’est pire pour celle des rouges nationaux qui s’effondre (-20,7%). «On enregistre pour notre production totale une chute vertigineuse de 16% en tout. Valais, c’est moins 20% et moins 10% pour Vaud», annonce Olivier Mark, président de la Communauté interprofessionnelle des vins vaudois.
Trop d’importations
Les vins étrangers sont moins touchés et inondent le marché. La bière résiste, les alcools forts chutent. Pour Charles-Henri Pilet, vigneron à Villeneuve, «les grands distributeurs suisses importent beaucoup trop de vins, que les magasins vendent à des prix très bas. C’est très dur pour nous et principalement pour tous ceux qui cultivent du Chasselas, ce cépage qui nous fait tous vivre». À noter que, outre la baisse des ventes induite, les quotas de production vont encore baisser l’an prochain.
Mais la décroissance mondiale, et ses graves effets pour les vignerons suisses, est surtout due à l’évolution des habitudes de consommation, chez les jeunes en particulier. Le responsable d’administration vitivinicole du canton de Vaud, Olivier Viret, l’a dit dans ces mêmes colonnes: «La société a évolué, plus axée sur la santé notamment via le sport. Ça peut sembler pour certains incompatible avec une consommation de vin, même modérée. On évoque aussi la morale ou l’éthique.»
Se diversifier ou miser sur les cépages-rois
Président du comité de l’Association pour la promotion du Chasselas, Alexandre Truffer cultive d’autres arguments. «La promotion systématique des productions anecdotiques tels que vins sans alcool, biodynamie, vins nature, effervescents, rosés, cépages minoritaires, au détriment des vins majoritaires à base de Chasselas, Pinot noir et Gamay ont rendu une majorité des vecteurs de communication, et donc des messages de promotion d’une viticulture locale, inaudibles.»
A contrario, Olivier Mark estime qu’il faut diversifier l’offre. «Nous avons des contacts avec l’École de Changins pour sensibiliser les futurs vignerons au fait de se lancer dans d’autres productions, les rosés et pétillants notamment.» «On le fait déjà. Mais ça coûte plus cher à produire et ça reste marginal, relance Alain Emery, président de l’Interprofession du Chablais. On vend aussi du jus de raisin, mais les frais de production sont trois fois plus chers que pour le jus de pomme.»
« Tolérance zéro »
Le vigneron et œnologue aiglon constate directement ces baisses de ventes consécutives à celle de la consommation de vin. «Avant, on allait une fois par an chez le vigneron comme chez le médecin de famille. Ici pour voir si tout allait bien. Et chez le vigneron pour passer la commande annuelle. Reste le docteur. Les habitudes ont radicalement changé ces dernières années. La bouteille de vin le midi au bistrot avec les clients ou les amis, c’est fini. Pas que pour la santé. Les gens boivent beaucoup moins aussi par peur du gendarme ou du patron. C’est tolérance zéro degré d’alcool.»
