
Une passion en famille: Patrick, le papa, et Yann Monbaron, le fiston, les deux patrons de la Casa del Habano de Montreux. | D. Boraley
C’est une grande première pour les amateurs de volutes bleues et d’arômes forts de café ou chocolat, une Casa del Habano a ouvert la semaine dernière, à quelques encablures du lac. Elle est située dans une des boutiques du Montreux Palace. «C’est la première de Suisse à s’installer dans un hôtel de luxe», se réjouit Michael Smithuis, directeur de l’établissement 5 étoiles. «Votre pays est à la pointe, puisqu’il compte 11 Casa del Habano», déclarait lors de l’inauguration, Laura Ivet Pujol Torres, ambassadrice de Cuba en Suisse. Au niveau mondial, l’on dénombre 140 boutiques franchisées, qui vendent la production de Habanos SA.
L’installation de cet incontournable des «puros» cubains est née de la volonté de la famille Monbaron, Patrick le père, Rachel et Yann ses enfants. Le trio gère depuis des années Tabashop, dans la Grand-Rue de Montreux. Adresse prisée des amateurs, la boutique spécialisée propose des cigares du monde entier: Cuba, République Dominicaine, Nicaragua, Honduras et Costa Rica, pour les terroirs les plus prestigieux.
«Nous avons lancé le projet en 2022 et tout n’a pas été facile, mais nous y sommes, déclare le paternel. L’avantage de faire partie d’une telle franchise, où l’on ne vend que du cigare cubain, nous permet de proposer tout l’assortiment de l’île.»
Du luxe au plaisir accessible
Comme le tennis il y a 40 ans ou les beaux voyages, le cigare se démocratise depuis peu. Parmi les facteurs, l’affirmation d’un certain standing, une reconnaissance sociale, et l’intérêt du public pour la culture du cigare. «Les ventes internationales de nos cigares cubains augmentent très fortement», a annoncé récemment l’entreprise Habanos S.A. La Chine «est le plus grand marché mondial», suivi de l’Espagne et de la Suisse.
Malgré leur popularisation, le prix des havanes de la Perle des Caraïbes a considérablement augmenté. «Néanmoins, on peut acheter un cubain à 10 francs. Les personnes moins aisées peuvent donc déguster ce produit naturel», poursuit Patrick Monbaron. Dans la cave humidifiée de sa Casa del Habano trônent en effet les respectables Vegueros et Quintero.
Pour son fils, «le cigare s’est énormément démocratisé. On sent l’engouement partout. Beaucoup de femmes le fument. J’ai des quadras, des plus âgés, des néophytes comme de grands passionnés. Aussi beaucoup de jeunes d’une vingtaine d’années, sportifs, qui ne fument pas de cigarettes, et qui achètent des cigares pour les fumer le week-end entre copains. Ma maxime, c’est fumer moins… mais mieux. Le cigare s’y prête parfaitement».
«Je vends plus de cigares que de cigarettes»
À Vevey, Michele Dingeo tient la Civette du Théâtre depuis 2012. Ce spécialiste propose un assortiment très varié: environ 1’000 modules pour une centaine de références. Outre les terroirs précités reposent dans ses armoires humidifiées des pièces venant «d’Indonésie, du Mozambique, du Panama, de l’Equateur, du Mexique, et même des assemblages du Monténégro». Mais de moins en moins de cubains. «Vraiment de plus en plus chers et en baisse de qualité.»
Le gérant assure que l’engouement pour le cigare est moins fort qu’avant le Covid. «De manière générale, les gens fument moins, ou sont passés à l’électronique.» La clientèle aussi n’est plus la même. «Avant, j’avais de nombreux clients très aisés, mais assez âgés. Aujourd’hui, c’est les 40-60 ans.» Pour autant, Michele Dingeo vend plus de cigares que de cigarettes classiques: 28,5% pour les havanes, 21 pour les clopes au compteur pour le mois de février.
Vente au détail
Dans les clubs, les hôtels, les bars et restaurants avec fumoir, on trouve de plus en plus de cigares à la vente. Idem dans certains commerces de détail, comme La Petite Cave du Chablais à Villeneuve et Collombey, ou chez Denner qui propose des boîtes de marques renommées à bon prix.
Au Bouveret, Luca Mirafiore tient avec sa maman le kiosque «Au 1897». «Il y a quelque temps, nous nous sommes dotés d’une armoire à cigares. J’y pensais depuis un moment et j’avais de la demande.» Elle est mise à disposition par le groupe Davidoff qui l’a remplie d’une centaine de pièces à l’unité ou en boîte.
«Il y a des connaisseurs et d’autres qui veulent s’y essayer ou faire un petit cadeau. Nous relayons aussi les demandes spéciales auprès de notre fournisseur. Il y a un bel engouement, ça marche très bien.»
