La Leysin American School, sur la vague de l’Histoire

La Leysin American School est en premier lieu une saga familiale. Trois générations étaient réunies le 25 juin dernier pour la fête des 75 ans de l’école.  | DR

Saga familiale
L’école privée fête ses 75 ans. Marc Ott, dernier représentant de la dynastie dans l’opérationnel, déroule la pellicule du film. Action!

Les péripéties et rebondissements qui jalonnent l’histoire de la Leysin American School sont ceux d’un bon film d’espionnage. Politique internationale, crises économiques, pétrole, tout y est au fil des 75 ans d’aventure de l’école privée. Marc Ott raconte cette histoire avec passion et fierté, lui qui est le dernier Ott à prendre une part active dans la gestion opérationnelle de l’école.
À l’origine, Sigrid Benson
Son récit débute en septembre 1939. Fred Ott, né à Bâle en 1914 et émigré aux États-Unis, officier dans l’armée, épouse Sigrid Benson, Américaine d’origine islandaise. C’est elle qui, en 1949, organise le premier International Ranger Camp, à l’Hôtel Victoria Blick à Interlaken, pour les enfants de militaires américains. L’histoire de la future Leysin American School est en marche.
En 1958, l’ancien Hôtel des Chamois, l’un des anciens sanatoriums de Leysin, est loué pour le programme d’été. Dans un autre, le Savoie, les Ott ouvrent une école qui s’adresse aux enfants de familles expatriées américaines. «Les entreprises et multinationales américaines s’exportaient de plus en plus et la Suisse présentait les avantages d’être neutre, sûre, facilement accessible et plus proche de leurs intérêts.»
Les parents de Marc, eux, se décident pour une autre aventure éducative dans un pays où les dollars pleuvent: l’Arabie Saoudite. «C’est là-bas que j’ai appris l’anglais», explique-t-il. Ce dernier a 5 ans quand la famille s’envole pour le Moyen-Orient, sa sœur Stefanie en a 3. Christoph y naîtra en 1979.


Crise et réorientation
Cette fin des années 1970 est chahutée: la seconde crise pétrolière et la révolution en Iran mettent en péril les intérêts américains. En 1982, le Conseil d’administration est du reste clair avec Steven Ott (le père de Marc): s’il ne reprend pas la main à Leysin, où ses parents ont pris leur retraite, c’est la clé sous le paillasson.
L’école repart de plus belle en raflant le marché des expatriés d’Arabie Saoudite, où les Occidentaux ne sont plus en odeur de sainteté. La Leysin American School a besoin de locaux et reprend plusieurs nouveaux bâtiments, dont le Grand Hôtel, devenu la Belle Epoque.
En 40 ans, le bond est spectaculaire: d’une trentaine d’élèves essentiellement américains, ils sont aujourd’hui 300, dont seul un quart au passeport US. «Et les 2-3 bâtiments de 1982 sont devenus 14», ajoute le directeur.
Aux manettes
Marc Ott, rentré des États-Unis, où il a complété son diplôme HEC à Saint-Gall par un doctorat et une formation d’enseignant, prend seul les commandes en 2008.
La crise financière de la même année contraint l’école à s’adapter. Place à un positionnement plus haut de gamme, à l’instar des grands internats. «Nous avons adapté nos frais d’écolage en conséquence, ce qui nous a permis de mettre de l’argent de côté pour des bourses, histoire de maintenir une diversité socio-économique à laquelle nous tenons et qui nous distingue.»
À l’heure du bilan, le directeur se dit très fier et «très optimiste pour la suite». Une suite qui, au dire de Marc Ott, s’inscrit sous un signe clairement identifié: l’intelligence artificielle.

«Une école fortement ancrée à Leysin»

Pour le syndic Jean-Marc Udriot, la Leysin American School (LAS) «a une grande importance d’un point de vue économique et social». Concernant le premier volet, il précise: «Historiquement, nous avons bénéficié des activités de santé, avec les sanatoriums, puis du tourisme et enfin des écoles privées. Ces étudiants consomment dans les commerces et restaurants, utilisent les remontées mécaniques, l’école organise des camps d’été et sollicite certains services communaux.» Sur le plan social, «ils font vivre la station toute l’année, nous offrent une ouverture au monde et les enseignants s’installent avec leurs familles». Jean-Marc Udriot souligne également «les très bonnes relations» entretenues depuis les débuts de l’école qui, par ailleurs, organise des événements culturels. Enfin, il salue le rôle joué par la LAS, comme d’autres établissements privés, pour reprendre et rénover certains bâtiments historiques. «Sans eux, je ne sais pas comment nous aurions fait.»

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