
Dans la cour de la Valsainte, les enfants s’appliquent lors de l’atelier d’illustration de l’artiste peintre suisse Emmanuelle Houdart «Mon manteau-abri». | A. Caspary
Porté par l’envie d’offrir un espace de réflexion et de découverte autour du livre, le Festival de littérature jeunesse de Vevey a rencontré un franc succès cette année. Samedi et dimanche, divers lieux de la Ville d’Images se sont mués en terrains de jeux pour les jeunes amateurs de livres. Une dizaine d’auteurs et autrices et plusieurs maisons d’édition suisses étaient réunis de 10h à 18h pour faire vivre au public une 4e édition dense et éclectique.
À la tête de ce festival, le binôme composé de Violaine Vidal et de Nathalie Guisolan a un objectif en tête: susciter l’envie de lire. «C’est tellement important à cet âge-là, c’est un vrai facteur d’ouverture d’esprit, affirme la première. On sait qu’à l’adolescence, le pourcentage d’enfants qui lisent baisse, notamment à cause des écrans et des réseaux sociaux.» Sa comparse confirme: «Oui, et cela permet également d’aborder de manière simple un sujet plus problématique.»
Conte musical et livres pop‑up
À l’ouverture samedi matin, du monde se presse déjà au Théâtre de l’Oriental. Dans le hall d’entrée, une quinzaine d’enfants accompagnés de leurs parents découvrent les étendards sur lesquels sont représentés les différents ouvrages des auteurs. Mais pas le temps de rêvasser, c’est déjà l’heure de rejoindre les différents ateliers. Au troisième étage, un conte musical va débuter.
Dans une petite salle sombre éclairée par des spots lumineux, des enfants de 3 à 5 ans fixent l’auteur-compositeur et interprète André Borbé avec curiosité. Au bout de quelques minutes, sa voix théâtrale commence à résonner. «J’ai mis un caillou dans ma poche», chante-t-il gaiement, aidé par une tablette sur laquelle il joue du xylophone. Rapidement, les enfants répètent après lui, sous les regards amusés des adultes. In fine, l’artiste, mimant par moments l’histoire et changeant de voix pour chaque personnage, réussit son coup: les bambins sont tous captivés.
Un peu plus loin, dans la cour de la Valsainte dédiée aux ateliers d’illustration, des jeunes de 7 à 10 ans créent des livres pop-up sur la thématique d’un livre de Philippe Ug «De l’autre côté des étoiles». Sous une tente, une grande table est remplie de ciseaux, de bâtons de colle et feuilles colorées. De toutes parts, ça bricole et rigole. «Le fond est aussi important que le reste. Voyez, c’est bien d’y ajouter des choses!», explique le graphiste et ingénieur papier devant sa petite assemblée. «Je peux faire une grande planète, mais toute verte?», lui demande une petite voix remplie d’excitation. À sa droite, un garçon a réalisé un collage qu’il compte offrir à sa sœur. «Moi, j’ai mis des étoiles là!», s’enthousiasme un autre.
Raconter des histoires
À côté, dans un jardin privé logé au creux d’une cour d’immeubles rupestres, l’ambiance est plus studieuse. Les ateliers d’écriture sont en cours et les enfants de 7-12 ans s’appliquent dans un calme olympien.
L’autrice suisse Marie-Christophe Ruata-Arn anime l’atelier «Rebut(s)». «Je donne aux enfants des boîtes dans lesquelles se trouvent des objets que j’ai trouvés dans la rue. Je leur propose de raconter une histoire à partir de ces derniers.» La particularité de son atelier? Il est centré autour du travail du peintre suisse Paul Klee. «Cet artiste réalisait des tableaux à partir des cadres qu’il trouvait et créait parfois avec des matériaux de récupération. C’était sa manière de dire que l’art – l’écriture en faisant partie – est une manière de rendre visible.»
Le jeune Matteo, 10 ans, est l’un des participants. Féru de lecture, il est venu avec sa grand-mère. C’est d’ailleurs lui qui a demandé à venir, après avoir vu une affiche du festival en ville. Très ouvert, il explique aimer autant lire les aventures d’Harry Potter que dévorer des mangas. «J’ai lu des BD mais aussi des romans. En fait, je lis un peu de tout», s’enthousiasme-t-il. «C’est un grand lecteur, confirme sa grand-mère, il lit même Joël Dicker!»
Au terme d’un week-end chaud et ensoleillé, près de 350 enfants ont pu profiter gratuitement de ces nombreux ateliers d’écriture et d’illustration, tous centrés sur des thématiques actuelles. Mais aussi de lectures à voix hautes, des coins lecture, des séances de dédicaces et des séances d’improvisation sonore. Ils en repartent probablement avec des souvenirs plein la tête.
