«La médaille d’or aux Jeux ? L’accomplissement de ma carrière»

Pascal Richard dans son bureau d’architecture à Montreux. Souvenirs, souvenirs.  | Archives 24 heures – F. Cella

Sport
À deux jours des Jeux de Paris, deux médaillés suisses reviennent sur un moment qui a marqué leur vie et sur les conséquences de leurs performances sur la suite de leur parcours. On commence avec l’ancien cycliste professionnel, Pascal Richard.

Souvenez-vous! Sous le soleil d’Atlanta, été 1996, Pascal Richard déborde Sorensen et Sciandri pour s’offrir – et à la Suisse – le premier titre professionnel de cyclisme sur route de l’Histoire des Jeux olympiques. 

Né à Vevey en 1964, il est le sportif le plus titré de notre région, et de bien plus loin encore. Jugez plutôt. Pascal Richard a aussi été champion du monde de cyclo-cross, a remporté deux «Monuments» sur les cinq existants – Tour de Lombardie et Liège-Bastogne-Liège –, deux fois le Tour de Romandie, celui de Suisse, quatre étapes du Giro d’Italia et deux sur le Tour de France, le classement de la montagne du Giro, ou encore le Grand Prix Guillaume Tell.

Sa première passion étant l’architecture, Pascal Richard après sa carrière sportive a ouvert un cabinet, aussi de promotion immobilière, à Montreux, qu’il dirige toujours.

Pascal Richard, quel est le premier sentiment qui surgit quand vous pensez à cette journée du 31 juillet 1996 qui vous a fait roi?

– Une immense émotion à chaque fois. Par la force des choses, puisque les JO c’est le Graal, même si à 32 ans j’avais déjà un gros palmarès. Avoir été sélectionné, c’était grand, mais de pouvoir vivre les Jeux et donc d’y être un acteur important, ce fut fantastique. Surtout que là, tu ne cours pas pour ton équipe, mais pour toi.

Aussi un peu quand même pour la Suisse qui vous a sélectionné?

– Oui, aussi. On m’a sélectionné car j’avais des super résultats, pas simplement pour me faire plaisir. Mais cette course, je l’ai faite avant tout pour moi.

Et qui reste votre plus grande réussite sportive…

– Oui, l’accomplissement de ma carrière, même si mes autres victoires sont aussi importantes.

Est-il vrai, qu’après toutes les sollicitations auxquelles vous vous êtes prêté, vous avez souffert d’un manque de reconnaissance?

– Oui, de la part de diverses instances suisses. J’ai ressenti de l’ingratitude. Je n’ai par exemple pas été sélectionné pour les JO de Sydney, alors que je sortais de bons résultats, et que j’étais quand même le champion en titre. Le premier de l’Histoire. J’en ai beaucoup souffert. Plus tard, j’ai aussi fait une dépression, j’étais très mal. En revanche, j’ai toujours eu un immense soutien du public, des gens dans la rue. Et je les en remercie. Encore aujourd’hui on m’arrête pour me parler, on me reconnaît dans le cadre de mon travail. 

Justement, est-ce que cette médaille d’or vous a servi professionnellement après avoir définitivement posé le vélo?

– Non, pas vraiment. Pourtant, tu t’attends à avoir des demandes, des propositions, des débouchés, mais ce n’est pas le cas. Et finalement, c’est bien que ce soit comme ça, que je me sois débrouillé seul, et que j’aie pu ouvrir mon bureau d’architecture.

Vous avez été déçu et amer, meurtri, incompris, mais l’êtes-vous toujours encore aujourd’hui?

– Ouh là, non plus du tout. Avec le temps qui passe, ça n’a quasi plus d’importance. Et puis, j’ai appris de mes erreurs, des blessures, des colères, pour en faire une force. Il faut savoir se servir en bien de toutes les expériences vécues. Et avec les années, je suis persuadé que l’homme, comme le bon vin, se bonifie. Je crois que c’est le cas pour moi. Et je profite à fond de la vie.

Et où se trouve votre médaille actuellement?

– Elle est exposée sur un mur chez moi. Elle a moins d’importance qu’avant, même si je la regarde de temps en temps… en faisant le point.

Pratiquez-vous toujours le vélo?

– Oui, bien sûr. Trois ou quatre sorties par semaine. Et très souvent avec Le Gang! Nous sommes une poignée d’adultes, avec également des jeunes et des enfants. Nous leur prodiguons des conseils, des infos, et quelquefois un petit coup de pouce financier.

À ce propos, que conseillerez-vous à un jeune qui vous demanderait comment réussir à haut niveau dans le cyclisme pro?

– C’est très compliqué. Il est primordial d’abord avoir un entourage important. Ce n’est qu’un des nombreux paramètres. Il faut un gros potentiel. Ensuite être bien encadré par des professionnels super compétents. Le cyclisme est un sport dur. Il faut de l’abnégation, du courage, être discipliné, de la force, et bien évidemment un énorme mental.

D’autres champions de la région qui sont montés sur un podium :

Sergei Aschwanden (bronze en judo, Pékin 2008)

«Cette médaille a été le déclencheur d’un apaisement personnel et la fin de ma carrière sportive tout en m’ouvrant les portes d’une deuxième vie ô combien intéressante et passionnante. Avoir le privilège de remporter une médaille aux JO est unique, mais pas un aboutissement final.»

| P. Martin - 24 heures

Jean-Daniel Dätwyler (bronze en ski, Grenoble 1968)

«Sur le moment je n’ai pas trop réalisé, mais j’ai ressenti un immense bonheur. Nous étions nombreux au départ, et que trois sur la boîte! Les années passant, j’ai pris conscience d’avoir une médaille aux Jeux. Le regard des autres change. On oublie vos autres victoires, mais jamais celle des JO.»

| Olympedia

Silvio Giobellina (bronze en bob à 4, Sarajevo 1984)

«Ma médaille a d’autant plus de saveur et de valeur que je n’étais pas sûr de faire partie de l’équipage à 4, alors que nous étions 5 champions du monde. J’étais le petit dernier, le lutin, mais j’ai été pris… Cette médaille et la notoriété qui y est liée m’ont aidé pour la suite. Oui, ça m’a clairement ouvert des portes.»

| C. Dervey - 24 heures

Stéphane Lambiel (argent en patinage artistique, Turin 2006)

«Au moment où j’ai reçu ma médaille, j’ai pensé à tous les gens qui m’ont aidé. Beaucoup étaient présents dans la patinoire et de les sentir proches m’a fait ressentir une énorme gratitude pour tout leur soutien. Aujourd’hui, c’est surtout le chemin qui m’a amené jusqu’au jalon de la médaille qui me donne beaucoup de fierté.»

| F. Rodrigues

Magali Di Marco bronzée

Magali Di Marco, alors Magali Messmer, a conquis en 2000 à Sydney une retentissante médaille de bronze. Alors Bellerine, la triathlète d’origine neuchâteloise vit aujourd’hui à Troistorrents, avec ses deux enfants et son mari, Gianni. Ils travaillent de concert au sein de leur société, spécialisée dans la communication et les médias sociaux. Engagée en politique au sein des Verts, elle est depuis 2021 députée au Grand Conseil valaisan. «Mon passé d’ancienne championne, mon palmarès, m’ont probablement permis de recueillir des voix.»

«Ma médaille est à la maison sur une petite étagère, dans un couloir. Je ne la regarde pas tous les jours. Mais jusqu’à il y a encore juste 5 ou 6 ans, je pensais quotidiennement à cette journée. À cette course.» Magali Di Marco – elle avait arrêté sa décision avant l’épreuve – a terminé sa carrière sur ce podium olympique. Même s’il elle a repiqué au jeu durant quelques années. Elle a connu les succès en Coupe du monde, obtenu des médailles européennes et fut sept fois championne de Suisse.

Le réveil fut un peu douloureux. «Quand on est sous les feux des projecteurs, on est extrêmement sollicité. Six mois environ pour moi. Mais après le soufflé retombé, ça faisait presque fuir quand je postulais à un travail, surtout avec photo et mention de ma médaille olympique sur le CV.» En ce sens, la championne estime que «cette récompense m’a plutôt desservie».

La Chorgue reprend alors son patronyme de naissance et abandonne Messmer, celui qui figure sur les palmarès olympiques et qui était celui de son premier mari avec qui elle était déjà divorcée. «Ce n’est pas que ce fut plus facile de se présenter sous un nom plus , mais en tout cas, rapidement un entrepreneur de Monthey m’a donné ma chance. Je suis restée deux ans dans sa société.»

Pour autant, Magali Di Marco affirme qu’elle ne retient aucune amertume de cette époque-là. «Je tourne facilement la page. J’ai mon foyer avec mon mari et mes enfants, ma société, la politique. Tout va bien.» Femme de caractère et de convictions, elle regrette que peu de choses aient évolué en 20 ans sur le plan de l’égalité. «Ça reste toujours difficile pour une femme, de surcroît écologiste, qui a des ambitions professionnelles et, ou sportives d’émerger. Il faut toujours se justifier d’être là», conclut celle qui a aussi disputé des… marathons.

| ARC / D. Favre

128 Suisses à Paris

La délégation helvétique pour les JO de Paris qui commencent vendredi à fière allure. Notre région sera représentée par l’athlète de Jongny Léonie Pointet et le triathlète de Montreux Adrien Briffod. Lavaux, voisin, ne sera pas en reste avec la golfeuse de Cully Morgane Métraux, le nageur de Lutry Thiago Behar, et les véliplanchistes de Lutry Maud Jayet, et de Pully Arno de Planta. Les Romands forment un très important contingent au sein duquel figure encore Cathia Schär, triathlète de Mézières formée au Triviera à Vevey.

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