
Les grimpeurs en situation de handicap ont impressionné lors des épreuves de paraclimbing. | E. Ecoffey
Le Montreusien Roland Paillex a longtemps exercé son métier de physiothérapeute malgré de graves problèmes de myopie. Il avait 55 ans quand il a perdu la vue. Aujourd’hui, six ans plus tard, ce père de deux enfants continue à être un sportif émérite en pratiquant notamment le ski, mais aussi l’escalade à haut niveau. Il a brillé dans sa catégorie en Coupe du monde, avec une 3e place à Innsbruck et une 5e à Salt Lake City. «J’aime résoudre la problématique de la voie», glisse-t-il.
Ce samedi, Roland Paillex a pris part, comme une centaine d’autres athlètes en situation de handicap, aux épreuves de paraclimbing. Venus des quatre coins du continent, les grimpeurs ont appliqué leur magnésie en ouverture des Européens d’escalade qui se déroulent toute cette semaine à Villars. Face à eux: deux murs de 16 mètres de haut, truffés d’obstacles. Ces infrastructures ont été érigées juste en dessous de la télécabine du Roc d’Orsay, l’une verticale et l’autre incurvée à 40%.
Un silence et c’est parti!
Comme pour d’autres sports, les non-voyants sont toujours accompagnés d’un guide en escalade, en l’occurrence pour Roland Paillex son ami grimpeur Yves Corthésy. Une fois le profil de la paroi connu, ce dernier l’a détaillé à son champion pendant une bonne demi-heure. Roland Paillex a ensuite mimé les mouvements dans le vide, comme s’il était en pleine ascension. «J’essaie de mémoriser un maximum avant de me lancer», souligne-t-il.
Alors que l’escalade, très festive, se déroule au rythme d’un DJ, le silence est de rigueur quand vient le tour des non-voyants pour permettre au duo de communiquer dans les meilleures conditions. Au pied de la paroi, Yves communique ses instructions via une oreillette. «Main droite à 13 heures, Roland». Le Montreusien décroche malheureusement aux deux tiers de la paroi. «Les prises étaient un peu glissantes, mais je suis content de ma performance», lâche-t-il juste après la compétition. Pendant l’ascension, Disco, son chien adoré, l’a attendu sagement sur la scène face au public, sans broncher.
Leçon de vie
On peut pratiquer l’escalade quel que soit son handicap ou presque. Pour en avoir la preuve, il suffisait d’aller faire un tour ce week-end dans la salle d’échauffement, juste derrière la paroi. Des athlètes sautillent sur une jambe après avoir mis de côté leurs prothèses, d’autres rigolent en chaise roulante en attendant leur tour. Avec leur énergie et leur bonne humeur, ces champions donnent une belle leçon de vie à qui le souhaite.
De Briançon, la Française Solenne Piret (32 ans) vient d’atteindre le sommet avec une facilité déconcertante. La grimpeuse professionnelle a remporté, de 2018 à Moscou jusqu’à l’année dernière à Berne, les quatre derniers titres de championne du monde dans sa catégorie. Son bras gauche s’arrête au-dessus du coude. «Je suis née ainsi. L’agénésie (ndlr: absence de formation lors de l’embryogenèse) a empêché la formation de ce membre.» Architecte de profession, elle se consacre totalement à l’escalade depuis deux ans avec pour objectif les paralympiques de Los Angeles où le paraclimbing sera introduit.
«En escalade, j’aime cette connexion qu’on a avec soi-même», indique-t-elle. Lorsqu’on lui demande un peu maladroitement s’il n’est pas difficile d’accepter et de s’accommoder d’un tel handicap, elle répond avec un grand sourire. «On n’a pas le choix. On ne va pas se plaindre toute sa vie.» Tessinois de 22 ans, Nino, lui, possède bien ses deux bras, mais l’un est resté paralysé à la suite d’un accident de moto. «Tous les nerfs ont été arrachés. Je suis resté deux semaines dans le coma.» Il avait 18 ans. Aujourd’hui, il peut à nouveau s’adonner à sa passion de l’escalade.
Place à la vitesse
Autre moment fort de la journée: l’ascension en toute légèreté de la Belge d’origine indienne Pavitra Vandenhoven (26 ans) privée de ses deux jambes depuis la naissance. Le public est resté sans voix en contemplant sa performance. Son buste s’est élevé dans les airs comme si l’attraction terrestre n’existait plus. Des instants de pure poésie. Pavitra a réalisé cette prouesse sous les yeux de ses parents, Paul et Christel, de Saint-Nicolas près de Gand. «Un jour, en voyant ma maman grimper dans la nature, j’ai aussi voulu essayer», explique la jeune championne.
L’organisateur Sébastien Burdet a été impressionné par ces champions «aussi simples qu’admirables» et se réjouit de voir encore s’affronter quelque 500 grimpeurs en bloc, difficulté et combiné jusqu’à dimanche. Sans oublier la discipline vedette: la vitesse jeudi soir, où les plus rapides avaleront la verticale en moins de cinq secondes. Tout simplement bluffant!
