La rebelle du patin sous les projecteurs

Plus de 25 ans après le plus grand scandale du sport américain, retour de la «bad girl» des glaces. | G. Mayoraz

Vevey
Avec «American Princess», la compagnie Hussard de Minuit retrace et interroge le destin de la patineuse Tonya Harding, mêlée au scandale de l’agression de sa rivale. Un conte moderne tragi-comique, miroir de l’Amérique profonde et de son star-system.

«Il était une fois, à Portland, une gamine, une princesse au Royaume des Glaces.» Ainsi pourrait débuter l’histoire de la patineuse américaine Tonya Harding, comme le suggère l’entrée en matière de «American Princess», du metteur en scène sédunois Stéphane Albelda. Cette adaptation de l’un des plus grands scandales du monde sportif est à découvrir au Théâtre du Pantographe à Vevey pour ses douze dernières dates, après une tournée d’une année en Suisse romande.
Née en 1970 dans un milieu défavorisé, Tonya Harding a connu les paillettes et la gloire en devenant la première patineuse américaine à réaliser un triple axel en compétition. Mais en 1994, six semaines avant les Jeux olympiques de Lillehammer en Norvège, sa rivale Nancy Kerrigan est frappée au genou par une matraque télescopique.
Une attaque perpétrée par un homme de main de l’ex-mari de Tonya Harding, dont la carrière prendra fin à la suite de cette affaire. Elle aura dès lors le visage du Mal pour l’Amérique vertueuse, bien que son rôle exact dans l’agression n’ait jamais pu être définitivement établi.

Biographie kaléidoscopique
Tandis que la comédienne Louane Flütsch incarne la patineuse américaine, différents protagonistes – membres de sa famille, hommes de main, entraîneuse, agents du FBI, juge ou encore journaliste – amènent tour à tour leurs versions des faits, comme un kaléidoscope de narrations.
«Ce spectacle est composé à 80% de paroles qui ont réellement été prononcées», souligne le metteur en scène. Il a donc commencé par constituer un véritable dossier d’enquête, à la manière d’Emmanuel Carrère, son idole. Rassembler les multiples articles de presse et autres discours médiatiques, documents du FBI, rapports des tribunaux ou encore les témoignages publiés, pour ensuite tout décortiquer.
«Historiquement tout est fouillé, mais c’est un spectacle très ludique, avec un mélange de comique et de tragique. On montre les événements avec du recul, ce qui questionne les affres du système de justice américain, la bien-pensance, le déterminisme social. Et au milieu de tout cela, une femme avec ses qualités et ses défauts, dure et vulnérable, détestable et attachante à la fois, et d’autres êtres… imparfaits et donc aimables!» Le patinage artistique ne serait-il donc qu’un prétexte?


«American Princess», de Stéphane Albelda, 27 janvier au 8 février, Théâtre Le Pantographe (avenue Reller 7, Vevey). www.lepantographe.ch/american-princess/