
On n’est pas loin d’une guerre des clochers dans la réflexion sur les nouvelles appellations contrôlées (AOC) – voir édition du 5 février. D’un côté, les tenants purs et durs d’un terroir comme Dézaley et Calamin – avec désir pour eux de l’étendre aux autres régions – de l’autre, le Canton et la Communauté interprofessionnelle des vins vaudois (CIVV) qui misent plus sur un label et une image qualifiée de «valorisante», mais plus rigoureuse.
Pour rappel, le Conseil d’État et l’interprofession fédérée autour de la CIVV planchent sur une réforme des AOC. Élaborée pendant plus de deux ans, la mise à jour propose de redynamiser les AOC existantes, afin de renforcer la qualité, l’offre et la valorisation des vins vaudois et in fine la satisfaction du client.
La ministre Valérie Dittli et les tenants du projet ont fait le tour des régions viticoles du canton, entre présentation des enjeux, échanges, et suggestions, dont certaines pourraient être intégrées à la refonte. Cette dernière déploierait ses effets après les vendanges 2026. Alors que le dessein de la réforme a été bien accueilli au Nord et à l’Ouest, il a suscité des questionnements importants lors des étapes du Chablais et en Lavaux.
«Il n’y a pas eu d’affrontement, mais des divergences sur quelques points. Certains craignent que la mise à jour annoncée revienne sur des acquis. Ce que nous ne souhaitons pas. Et surtout, nous ne voulons pas diviser, mais bien au contraire fédérer», résume Olivier Mark.
Le principal acquis dont fait part le président de la CIVV est la mention particulière «AOC Grand Cru» que seuls Calamin et Dézaley possèdent en reconnaissance d’un terroir. D’autres régions peuvent afficher – avec des vins relevés de 5° Oechslé supplémentaires – la mention valorisante «Grand Cru»; et même pour une vingtaine d’entre eux de «Premier Grand Cru». Le distinguo est ténu.
Nouvelle réunion en vue
Sous le couvert de l’anonymat, un vigneron s’insurge: «Ce n’est pas en imposant des restrictions supplémentaires, comme une nouvelle dégustation d’agrément que nous atteindrons l’objectif de préserver et promouvoir une viticulture de qualité». Selon ce producteur, «ce sont la composition du sol, l’exposition, les conditions climatiques de chaque cadastre ou lieu-dit qui définissent la qualité d’un vin issu d’un Grand Cru. Construire un Grand Cru sur la seule base de l’ajout de 5° Oechslé supplémentaires est une aberration».
«Nous avons décidé d’organiser une nouvelle réunion, fin mai, entre les tenants du projet et d’autres vignerons au sens large», informe quant à lui Olivier Mark.
