La Riviera, ce berceau du hockey suisse

L’équipe du HC Leysin en plein match devant le Grand Hôtel vers 1905.  | Archives de Montreux, fonds L. Dufour A09-P01-01

Le saviez-vous?
Il y a 120 ans, le premier club champion de notre pays naissait à l’Institut Sillig de La Tour-de-Peilz. Les premiers palets ont été échangés dans notre région à l’aube du XXe siècle.

Mis à part une modeste patinoire aménagée sur la place du marché pour les Fêtes de Noël, rien n’évoque le hockey sur glace en ville de Vevey. Ni partout ailleurs sur la Riviera. Lorsqu’on connaît l’histoire de ce sport dans notre région, il paraît pourtant improbable que les premières heures de ce sport en Suisse ne soient pas davantage racontées. On lève le voile sur un passé oublié.

Sport d’expats
Dès les années 1860, l’arc alpin et la Suisse deviennent des lieux de villégiature privilégiés par la haute société et les classes moyennes britanniques. Si elles y viennent d’abord en vacances d’été, elles commencent surtout à affluer les hivers entre 1880 et la période Belle Époque.
Les sujets de sa Majesté arpentent alors les patinoires naturelles pour y jouer au hockey sur glace et au bandy, un sport dont les règles sont très similaires à celles du football. «Probablement, les premières parties ont été jouées entre expatriés et que d’une certaine manière, les Suisses les regardaient par-dessus la palissade. Jusqu’à ce qu’ils y prennent part peu à peu. On pourrait dater vers le tout début du XXe siècle le premier match organisé exclusivement entre locaux. Même si ces catégories sont à nuancer», détaille Grégory Quin, professeur à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne.
Avant la Première Guerre mondiale, le développement du hockey sur le continent se limite aux zones touristiques comme Saint-Moritz et Davos aux Grisons, quelques vallées italiennes et donc l’arc lémanique. L’engouement autour de ce sport ne connaît toutefois pas d’égal à notre région.

Championnat amateur
Ce sont en particulier les pensionnaires des établissements locaux qui font basculer la discipline dans une autre dimension. Entre 1904 et 1905, des représentants de l’Institut Sillig et de La Villa d’Ouchy fondent leur propre club de sports d’hiver, avant de se concentrer uniquement sur le hockey. En parallèle, d’autres équipes voient le jour autour du lac. Le 27 septembre 1908, la Ligue suisse de hockey sur glace est créée à Vevey sous l’impulsion du directeur de l’institut du même nom, Max Sillig.
L’instauration de cette fédération a directement pour objectif de mettre sur pied un championnat. «Ce tournoi national était appelé <international> parce qu’il n’existait pas assez de hockeyeurs suisses pour en faire une compétition et qu’il fallait donc y inclure les expatriés», précise Grégory Quin. Ses huit membres fondateurs sont les clubs de hockey de Bellerive (Institut Sillig), des Avants, de Caux, de Villars, de Leysin, de La Villa, de Genève et les Patineurs de Lausanne. Lors de l’édition inaugurale de 1909, le HC Bellerive se distingue en remportant l’ensemble des sept matches et glane ce qui est aujourd’hui considéré comme le premier titre de champion de Suisse. La formation de La Tour-Vevey réalise ensuite le doublé en 1919-1920 dans le Championnat national récemment fondé, qui lui restreint le nombre de joueurs étrangers par équipes.
Le HC Les Avants est cependant le premier à avoir raflé deux trophées nationaux d’affilée en 1912 et 1913, avant d’être sacré une troisième fois en 1917. Entre-temps, le village des hauts de Montreux accueille le premier Championnat d’Europe en 1914. À l’époque, l’organisation de ce sport, comme tous ses autres aspects, est largement teintée d’amateurisme.

Tentative avortée
Ces clubs n’existent plus pour la plupart, alors que certains évoluent encore en ligues mineures. «Le passage de la professionnalisation a été raté, relève Grégory Quin. Villars s’est démarqué avec deux titres de champion en LNA dans les années 1960, mais ils ont ensuite été invalidés pour infrastructures non-conformes. Quand on connaît le budget moyen d’environ 20 millions en National League, cela élimine naturellement beaucoup d’équipes et les clubs restants se trouvent presque tous à proximité de grands centres économiques.»
Si une dernière tentative a bien eu lieu entre 1979 et les années 2000 avec le HC Riviera, l’absence d’un centre des glaces digne de ce nom a anéanti toute ambition régionale. «Il existe quelques clubs villageois comme Langnau ou Ambrì-Piotta qui ont réussi à s’imposer en première division, mais cela est aussi dû au fait que peu d’autres sports rivalisaient avec le hockey dans ces régions. Au même moment, Vevey vivait un âge d’or avec Vevey-Sports et le Vevey Basket en LNA…»

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