La spiritualité au chevet du médical

Karen Zuchinetti rend visite à Jacques Marchon, qui a subi une double opération. Une présence appréciée et un échange riche entre l’aumônière et ce patient.

Hôpital Riviera-Chablais
L’aumônerie de l’institution hospitalière intercantonale de Rennaz fonctionne d’une manière unique en Suisse romande. Visite à un service désormais bien intégré à celui des soins.

C’est un cas à part. L’Hôpital Riviera-Chablais est intercantonal, étant installé sur Vaud mais desservant aussi le Chablais valaisan. Pastoralement, cette région dite du secteur d’Aigle – qui court des Alpes vaudoises à Noville –, est rattachée au Diocèse de Sion. Mais comme l’hôpital dessert aussi la Riviera, il est également à cheval sur deux diocèses.
Comme toute aumônerie aujourd’hui, celle de Rennaz est œcuménique, composée d’un personnel à la fois catholique et protestant. Ce dernier dépend hiérarchiquement des deux églises, des deux Cantons et de l’hôpital. Un montage complexe, mais qui n’est pas problématique: une convention a en effet été signée, réglant toutes les modalités, tant administratives que financières. 

Rattachée aux soins

Au-delà de ce particularisme, l’important est évidemment la place que cette aumônerie occupe au sein d’une structure hospitalière de 300 lits (à Rennaz), à laquelle viennent s’ajouter les deux CGR (Centres de gériatrie et de réadaptation) de Monthey (50 lits) et du Samaritain à Vevey (50 lits également). Sur ce point, l’abbé Vincent Lafargue, prêtre valaisan responsable de l’aumônerie, se veut rassurant. «Il est bien loin le temps où l’aumônier était le prêtre ou le pasteur du coin qui venait régulièrement célébrer à l’hôpital. Aujourd’hui, nous accomplissons une vraie tâche d’accompagnement spirituel <à la suite du Christ>, mais en veillant à assurer une présence œcuménique auprès de toute personne qui le souhaite. Que ce soit les patients, mais aussi les proches et le personnel.» 

Les deux églises reconnues par l’État ont d’ailleurs pour mission d’ajouter cette dimension spirituelle en complément à l’encadrement médical. «Le fait que l’aumônerie soit rattachée au service des soins est bien la preuve que notre rôle est pris très à cœur par la direction de l’hôpital», se réjouit l’abbé. Selon les secteurs dont ils ont la responsabilité, les membres de l’équipe assistent d’ailleurs aux colloques des équipes médicales et ont accès à une partie du dossier de chaque patient, dans lequel ils glissent leur rendu écrit après chaque visite.

Une formation ad hoc

Actuellement, ce sont sept personnes (pour 3,7 EPT), dont un prêtre et une pasteure, qui assurent une permanence 24 heures sur 24, y compris la nuit en cas de besoin urgent. Le reste de l’équipe est composé d’un personnel laïc. Mais ne s’improvise pas aumônier qui veut. Il faut non seulement avoir suivi une formation théologique, mais également un parcours spécial – généralement un CAS (Certificat of Advanced Studies), en accompagnement spirituel. 

L’aumônerie est sujette à un cahier des charges, négocié avec la direction de l’hôpital. Il définit clairement ses missions. «La première est humaniste, explique Anne-Sylvie Martin. Notre rôle, comme le disait l’abbé Carrel, précédent responsable, est avant tout la rencontre d’un humain avec un autre humain, sans aucune distinction. Ceci dans la perspective d’un accompagnement dans le cadre d’une mission globale de soins.» 

La diacre protestante insiste aussi beaucoup sur le rôle que l’aumônier doit remplir auprès du personnel soignant pour lui donner un rendu des échanges avec les patients, tout en offrant une présence en accord avec un ancrage spirituel. «Nous sommes parfois la <petite voix> qui rapporte un ressenti et qui peut être différent de celui des équipes médicales, car il est important de respecter les souhaits de la personne hospitalisée, de respecter ses valeurs.»

Pas de célébrations religieuses

Étant œcuménique, l’aumônerie dispose d’un lieu de recueillement, mais pas de chapelle. «C’est un endroit ouvert à tout le monde et il est très largement fréquenté», relève l’abbé Lafargue. Habillé d’un mobilier artistique très sobre et sans aucun signe religieux, il n’accueille aucune célébration religieuse. Ni messe, ni culte. Un oratoire dans un local voisin abrite un tabernacle avec les hosties qui sont distribuées dans les chambres aux patients qui le souhaitent. «Nous sommes de plus en plus sollicités par des familles, lors d’un décès, pour animer un temps de recueillement, pour dire un dernier adieu», conclut l’abbé. 

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