La Valaiso-Veveysanne Moictani électrise le Montreux Jazz Festival

Tania Praz a grandi à Nendaz et habite depuis plus de cinq ans à Vevey, où sa musique est née entre les quatre murs de sa chambre. | C. Dervey – Tamedia

Musique
L’artiste de pop-rock alternatif est montée pour la première fois sur l’une des scènes du mythique festival ce lundi. Rencontre quelques instants avant le grand frisson.

Son art est à l’image de sa personnalité. Sensible et intimiste, mais aussi libre, décalé et avec une bonne dose de révolte. C’est ce qui décrit Tania Praz dans la vie et sur scène, sous le nom de Moictani (à prononcer «Moi c’est tani»), son pseudo Instagram qu’elle a gardé avec autodérision comme nom de groupe.

«C’est clairement une scène que je m’attendais faire un jour, en tout cas je l’espérais, mais… pas si vite», confie Tania dans le hall du Palace, à l’occasion de cette 59e édition du Montreux Jazz Festival. L’Hispano-Suisse est à quelques heures de monter sur scène, mais son côté spontané et pétillant ne laisse paraître aucun signe de stress. Pour la première fois, son nom fait partie de la programmation, celle qu’elle attendait chaque année avec tant d’impatience, alors qu’elle était bénévole pour la manifestation. Cette année, elle est passée de l’autre côté et a joué sur la Super Bock Stage, une des scènes phares de la programmation OFF.

Originaire de Nendaz, installée à Vevey depuis plusieurs années, Moictani décrit sa musique comme de la «bedroom pop rock from Nendaz et España in Vevey city». Pour autant, elle n’aime pas se cantonner à un style musical. «J’aime explorer toutes les possibilités. Je suis quelqu’un de théâtral. Je reste fidèle à moi-même tout en faisant des trucs un peu too much (trop). J’adore faire des cris sur scène. Moictani, c’est un peu une boule d’énergie en vrai.» Et ce n’est pas peu dire.

La clown de la famille

Du côté de la Super Bock Stage, c’est l’heure du soundcheck. Malgré le ciel qui pleure, le public commence à s’amasser, les parapluies se chevauchant. Déjà, il se laisse happer par la voix puissante de Tania et s’extasie sur les sons de guitare saturés et les sub-bass grondantes (fréquences très graves produites sur un synthé).

À l’abri, ses proches sont là. Régis et Olga Praz, ses parents, ne rechignent jamais à descendre des hauteurs de Nendaz, pour assister à un concert de leur fille en plaine. «Tout le travail qu’elle a fourni pour en être là! Elle s’est donné les moyens et aujourd’hui, c’est une belle reconnaissance», lance son père. À quelques minutes du début du show, ils se laissent aller sur quelques anecdotes de «la clown de la famille», celle qui faisait son show aux repas communs et qui chantait à tue-tête dans la voiture. «Tania n’arrêtait pas», rigole sa mère avant d’accourir au-devant de la scène au retentissement des premières notes.

Bête de scène

21h30. Moictani et son groupe donnent le ton. Tania est vêtue d’une robe déstructurée blanche par-dessus son pantalon, avec des bottines couleur piment et sa guitare Fender, au ton rose pâle, assortie à ses cheveux et à son rouge à lèvres. Une heure de show durant laquelle Tania sort la bête de scène qui est en elle.

Avec une touche singulière, des cris ponctuent ses paroles et injectent une énergie viscérale aux titres de son dernier EP «Mi coche azul» (Ma voiture bleue). Dans son titre «No me gusta» (Ça ne me plaît pas), elle énumère tout ce qui l’énerve: «Je me réveille et ça sent le cramé / Je t’appelle et tu ne me réponds pas, no me gusta.» «C’est mon côté un peu impulsif, que je tiens peut-être de mes origines espagnoles. On a le droit d’être en colère et de l’exprimer», glissait-elle avant son concert. Et dans le public, ça prend. Les pieds tapent, claquent, glissent sur le sol détrempé. La boule d’énergie Moictani est contagieuse. Ce sera désormais au tour des festivaliers du Paléo d’en faire l’expérience le 22 juillet prochain.

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