La villa romaine qui pourrait révolutionner l’histoire

La zone de fouilles s’étend sur près de 6’800 mètres carrés. Aucune fouille d’ampleur comparable n’avait, jusqu’ici, été révélée dans le canton de Vaud.  | Archeodunum Investigations Archéologiques SA

Bex
Des vestiges remarquablement conservés d’une villa de la fin de l’époque romaine ont été découverts sur le site du futur EMS La Résidence Grande-Fontaine.

Bex avait des airs de Martigny, vendredi soir. Pour le vent à décorner les bœufs qui agitait la plaine chablaisienne, d’une part. Mais aussi, et désormais surtout, pour ses vestiges romains rappelant ceux de sa cousine octodurienne. «On en avait quelques vestiges, mais pas de cette importance, nous accueille le syndic bellerin Alberto Cherubini, qui avoue «une grande émotion» avec cet «enrichissement extraordinaire de l’histoire de Bex», consécutif d’une découverte réalisée lors de sondages préliminaires à la réalisation du futur EMS La Résidence Grande-Fontaine, en 2024.

«Je ne vous cache pas qu’au premier abord, nous nous sommes dit <On va perdre une année pour ces cailloux…>, concède Philippe Grobéty, président de la Fondation des maisons de retraite du district d’Aigle, dont dépend l’EMS bellerin. Aujourd’hui, quand on voit ce qui a été trouvé, on se dit que ce n’est pas une année perdue: il s’agit d’une découverte d’une ampleur rare.»

L’origine du nom de Bex?

«C’est exceptionnel, et je vais encore prononcer ce terme souvent», s’enthousiasme Lucien Raboud, au moment de présenter le chantier aux autorités cantonales et communales présentes ce vendredi. De fait, l’archéologue du bureau Archeodunum Investigations Archéologiques SA, qui mène les fouilles, était «d’abord tombé sur 1 mètre de mur… et on en est aujourd’hui à 550 mètres! Archéologue est un métier souvent très frustrant, mais là, on a quasiment la totalité du site: c’est tout simplement incroyable!» La prise de vue aérienne permet de se rendre compte de l’étendue de la découverte, dont les fouilles, qui ont débuté en juillet et se poursuivront jusqu’à fin décembre, s’étendent sur près de 6’800 m². L’organisation de ces constructions, leur orientation et la qualité des maçonneries indiquent qu’il s’agit «très probablement» d’une villa de la fin de l’époque romaine, datée a priori entre la fin du 3e et le 5e siècle.

Cette villa, qui pourrait bien selon Lucien Raboud être cette fameuse Villa Bacchis qui aurait donné son nom au village de Bex, serait le centre d’un domaine rural comprenant, au sud, la présence de foyers et de fours. Ces derniers témoignent «d’une activité artisanale et peut-être d’un usage de stockage». Et c’est là, réellement, que l’on semble prendre rendez-vous avec l’Histoire. «Cette activité était peut-être bien liée aux mines de sel, avance Lucien Raboud. On a toujours cru qu’elles avaient été découvertes au 17e siècle, mais cela pourrait n’avoir été qu’une redécouverte et il y a fort à parier que les Romains exploitaient déjà le sel. Même si cela sera difficile à étayer.» Présente vendredi sur les lieux, l’historienne et conseillère communale Anne Bielman partageait l’enthousiasme général. «Cette découverte constitue potentiellement une révolution de l’histoire bellerine et régionale», souligne-t-elle.

Le fin mot en 2026

Prévue pour l’année prochaine, l’étude détaillée des nombreux éléments découverts sur le chantier bellerin – tessons de céramique, récipients en pierre ollaire, monnaies, outils en métal, ossements animaux, mais aussi des objets rares et raffinés, tels que des fragments de statuettes, perles, bracelets, fibules et un peigne en os –  permettra d’affiner la datation du lieu, de mieux comprendre la vocation des espaces et, peut-être, le statut social de ses habitants. «Si la datation est confirmée, le site de Bex constituera une découverte majeure, les villas créées à une époque aussi tardive étant rares», explique Jordan Anastassov, archéologue cantonal entré en fonction le 1er novembre.

Aucune fouille d’ampleur comparable n’avait en tout cas, jusqu’ici, été révélée dans le canton de Vaud avec autant de vestiges de cette période, et dans un état de conservation aussi remarquable. «Cette découverte enrichit l’histoire de toute la population vaudoise», souligne Isabelle Moret, conseillère d’État chargée du patrimoine. Le site, qui doit maintenant faire place au futur EMS, ne sera toutefois pas conservé en l’état. «C’est ainsi, on n’est pas des empêcheurs d’avancer, explique Jordan Anastassov. On ne bloque pas, on documente. Le travail continuera dans les musées. Il y aura un rapport scientifique, des publications. Et, si nécessaire, une visibilisation sur le site.»

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