« Lavaux n’est pas destiné à être un support de communication »

Avec ses dimensions imposantes, ce drapeau en soutien à Gaza est visible loin à la ronde sur la Riviera.  | DR

Chardonne
La fresque géante aux couleurs palestiniennes apparue sur le mur de l’A9 n’est pas du goût de l’Association Lavaux Patrimoine mondial. Son directeur Vincent Bailly redoute que cette action en inspire d’autres du même genre.

Il est apparu en une nuit, vraisemblablement lors du week-end des 10 et 11 mai. Le gigantesque drapeau palestinien peint sur le mur de soutènement l’A9, au bas de la commune de Chardonne, devrait bientôt disparaître. «Il sera enlevé le plus vite possible, car c’est un symbole à caractère politique», fait savoir Alexandra Popescu, porte-parole de l’Office fédéral des routes (OFROU), propriétaire de l’infrastructure. «Nous ne savons pas encore si le mur sera repeint ou nettoyé, les devis doivent encore être étudiés», précise-t-elle, ajoutant que l’opération devrait avoisiner les 50’000 francs. Une somme à charge de la Confédération tant que les auteurs ne sont pas identifiés. Une plainte pénale sera d’ailleurs déposée par l’OFROU.

Sur la Riviera, on ne peut pas dire que la réalisation de cette fresque en soutien à Gaza ait fait grand bruit. Exploitant et copropriétaire de la parcelle viticole située juste au pied du drapeau géant, le vigneron Eric Bovy ignorait totalement son existence jusqu’à notre appel de jeudi dernier, soit au moins cinq jours après son apparition. «Ils ont dû amener des kilos de peinture», réagit le viticulteur de Chexbres, qui estime la taille de l’étendard à au moins cinq mètres de haut pour dix de large. Selon lui, aucun dégât n’a été constaté sur la parcelle, laquelle a forcément dû servir de point d’accès et de base logistique aux auteurs de la fresque. 

Sur le fond de la démarche et le message qu’elle véhicule, Eric Bovy esquive d’entrée: «Comme vigneron, on ne fait pas de politique. La consommation de vin qui baisse, ça nous préoccupe davantage.» Et de poursuivre, sur un ton plus grave: «Je trouve dramatique ce qu’il se passe là-bas. Mais je ne sais pas si un drapeau comme celui-ci fera avancer la cause.» Pour autant, il ne se dit pas importuné par sa présence. «Tant qu’il n’y a pas d’insulte ou de message injurieux, ça ne me dérange pas plus que ça.»

Des « pages blanches » problématiques

Du côté de l’Association Lavaux Patrimoine mondial, qui gère le fameux site inscrit à l’UNESCO en 2007, cette opération militante fait davantage tiquer. «Les murs de Lavaux ne sont pas destinés à être des supports de communication», commente Vincent Bailly, directeur de l’association. Et d’évoquer un autre tag de soutien à Gaza, apparu l’an dernier à Bourg-en-Lavaux sur une paroi des CFF. «Dans les deux cas, il s’agit de murs qui n’ont heureusement pas de valeur patrimoniale. Mais l’instrumentalisation de ces surfaces – claires et très visibles – m’inquiète. Elles peuvent donner l’impression d’être des pages blanches, prêtes à accueillir de nouveaux messages.» 

Concernant cette récente fresque géante, Vincent Bailly se dit «surpris» par la taille. «Ça interpelle, et je suis soucieux que ça appelle d’autres initiatives de ce genre, surtout si elle n’est pas nettoyée rapidement.» 

Une cellule spéciale « graffitis »

«Le graffiti ou le tag est qualifié de dommage à la propriété», rappelle Florence Frei, spécialiste en communication au sein de la Police cantonale vaudoise. Une infraction pour laquelle le code pénal prévoit jusqu’à trois ans d’emprisonnement. C’est en cas de plainte que les investigations se poursuivent. Secret d’enquête oblige, impossible d’en savoir plus sur les moyens et techniques dont dispose la police pour débusquer ces artistes sauvages. «Une cellule graffitis gère l’entier des affaires liées à ces inscriptions, en collaboration avec les postes de gendarmerie.

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