Le 2M2C est prêt à écrire un autre bout d’histoire

L’écrin du Centre des Congrès a été réfléchi de sorte à laisser entrer le maximum de lumière à l’intérieur du bâtiment. Les baies vitrées donnent sur le Léman côté sud, et sur le Cubly, les Rochers-de-Naye et la Dent de Jaman côté nord.  | X. Crépon

Montreux
Après environ trois ans de travaux pour un crédit de 94 mios de francs, le paquebot des congrès et de l’événementiel culturel va enfin rouvrir ses portes avec l’accueil du Montreux Jazz Festival dans un mois. La fin d’une attente dont se réjouit le directeur des lieux, Jean-Pierre Pigeon.

De l’extérieur, les grandes baies vitrées bleutées nouvellement installées n’incitent qu’à une chose: pousser la porte, et même les portes, puisque le Centre des Congrès dispose désormais non plus d’une entrée principale, mais de cinq entrées réparties tout autour du complexe, afin de pouvoir organiser des événements simultanés et d’assurer la sécurité des flux de visiteurs. L’enceinte accueillait d’ailleurs un concert test gratuit jeudi dernier pour tester ledit dispositif de sécurité avec un exercice d’évacuation grandeur nature et plus de 1’600 spectateurs (voir encadré). 

Le lendemain de cette évacuation réussie, Jean-Pierre Pigeon souffle sur son café brûlant et nous montre la grande clé, celle remise la veille par le maître d’ouvrage, à savoir la Commune de Montreux (J.-P. Pigeon à gauche sur la photo voir galerie). «Fabriquée par des artisans de la commune, elle sera installée aux yeux de tous à l’entrée principale. Car ne l’oublions pas, la concrétisation de ce chantier hors norme est un travail d’équipe. Sans l’implication de tous ces corps de métiers, nous n’en serions pas là aujourd’hui!» 

Directeur de CCM SA, la société d’exploitation du 2M2C, le Canado-Suisse a pris la succession de Rémy Crégut en mai 2024. Il a donc intégré les réflexions en cours de route. À quelques semaines du premier grand événement, il se dit plus que satisfait d’un outil qui doit avant tout «se voir approprié par les Montreusiennes et les Montreusiens.» 

Jean-Pierre Pigeon, ça fait quoi de voir tout ce monde enfin au Stravinsky?

– C’est un ouf de soulagement et surtout beaucoup d’émotions. Quand le Centre des Congrès a fermé, on se disait que cela allait être pour 22 mois, et ça en a pris un peu plus, on en est finalement à 34… Mais on est prêts! Il y a maintenant du monde qui reprend possession des locaux ces jours, alors que lors du chantier, il restait uniquement que quelques collaborateurs sur place. Désormais, la vie est de retour! En tant que Centre des Congrès, on doit avoir cette capacité d’adaptation, à savoir de pouvoir grandir ou diminuer rapidement nos effectifs en fonction des besoins. On devra être prochainement une vingtaine d’employés à plein temps sur le site. Le reste sera externalisé: informatique, audiovisuel, nettoyage, sécurité, etc., on peut monter facilement jusqu’à 150 personnes à la demande. Sans cela, la structure serait disproportionnée. Car il faut le rappeler, nous ne sommes qu’une PME classique. Historiquement, notre chiffre d’affaires avoisine les 7 millions de francs. Avec ces rénovations en profondeur, l’objectif sera de parvenir à 10 millions. 

Cette réouverture devrait aussi faire grand bien à l’économie locale, qui a dû trouver des solutions pendant les travaux.

– Notre société d’exploitation doit arriver à l’équilibre, mais notre but avant tout est de créer des retombées économiques pour la Riviera, et à titre plus large pour le canton de Vaud. Là, on a tout pour bien faire avec un complexe suprarégional. Pour un centre comme celui-ci, il faudrait en principe avoir un bassin de population de 300’000-400’000 personnes. Ce 2M2C ne doit donc pas être un fardeau financier pour la société. La dette de 21 millions pris en charge par la Commune de Montreux sera ainsi remboursée par exemple par le loyer des neuf sociétés locales qui se sont installées ici. Ensuite, la priorité est surtout les retombées que générera ce site directement pour l’économie montreusienne. Hôtels, commerces, restaurants, notre vocation première est là! Combien de meetings se poursuivent au restaurant? C’est parfois là que les meilleurs deals se signent.

Et quid des associations, ont-elles aussi été considérées dans ce projet?

– Oui, bien sûr! Elles n’ont pas été oubliées. Initialement, nous voulions faire la salle des sociétés locales dans l’espace Henri Nestlé, mais finalement nous l’avons placée au sein de l’Agora, qui est plus appropriée et chaleureuse qu’une grande halle. Cette salle sera à disposition de la centaine d’associations montreusiennes, qui pourront par ailleurs la louer une fois par année gratuitement, que ce soit pour des assemblées générales, des lotos ou autres. Sa capacité totale est de 300 personnes. 

Et au niveau du calendrier, est-ce que le téléphone sonne pour des réservations?

– Il y a de l’enthousiasme, cela se remplit vite. On a encore de la place au premier trimestre 2027, mais pour les autres périodes, c’est déjà plus tendu. Le 2M2C, c’est régulièrement cinq congrès par année, avec un maximum de neuf en 2017. Après, pour les années suivantes, il faudra voir, car dans ce milieu les dates sont souvent décidées quatre à cinq ans à l’avance. Ce sont les cycles usuels. Avec le Covid, puis les travaux, nous n’avions plus de perspectives à long terme. Aujourd’hui, on peut reproposer des créneaux plus sereinement. Notre force est également dans la vibration du lieu. Bien loin de la froideur de certains grands centres de congrès, le 2M2C est transparent, désormais ouvert à la fois sur le Léman et sur les montagnes. Son emplacement à proximité de la gare et des hôtels est aussi un vrai plus. Pas besoin, comme c’est le cas parfois dans certaines mégapoles, de mettre près d’une heure pour arriver à destination. C’est très important, car les acteurs «business», c’est 60% de notre activité, la culture, elle, représente les 40% restants.

Un retour attendu sera celui de Polymanga, après trois éditions à Beaulieu.

– Oui, la manifestation est confirmée à Montreux du 26 au 29 mars 2027. Les organisateurs proposeront d’ailleurs une nouvelle expérience en s’ouvrant sur la ville. Ce type d’événement est très important pour nous, le renouvellement du public étant primordial. Ce bâtiment doit favoriser le plus possible la mixité. Il est pour tout le monde, et donc aussi pour les jeunes qui se rendent en nombre à Polymanga!

Et désormais, place à la réouverture officielle le 7 juillet. Y a-t-il des derniers détails à régler?

– Dans les grandes lignes, un complexe comme celui-ci aurait encore besoin de deux à trois mois pour peaufiner les réglages en termes de domotique, de ventilation, de système de pression, etc. On court un peu après ce temps. Le concert test nous a déjà permis d’effectuer plusieurs contrôles, comme la température en salle par exemple. Mais il n’y a pas que ça, l’équipe de nettoyage devra par exemple intégrer les typologies de toutes les nouvelles surfaces, etc. Il y a donc encore certaines choses à peaufiner, mais cela reste dans le domaine du détail

The TWO XL a foulé la scène du Strav’

Quelques semaines avant le lancement du Montreux Jazz Festival, un groupe a pu performer sur la mythique scène du Stravinsky, afin de tester la sécurité du bâtiment en conditions réelles. Jeudi dernier, The Two (Yannick Nanette et Thierry Jaccard) en format XL était accompagné de sept musiciens et choristes pour un concert d’une bonne heure. La foule heureuse de pouvoir partager «cette première» a donné de la voix jusqu’au bout. «Attention, ce sera notre avant-dernière chanson, donnez tout ce que vous avez!», lançait avec un clin d’œil le duo de chanteurs. Plus de surprise donc pour savoir quand allait retentir l’alarme. S’ensuivent une sonnerie, pas trop agressive, ainsi que des messages d’évacuation dans les langues nationales et en anglais. Les spectateurs ont rapidement été conduits à l’extérieur du bâtiment en 6 min 40 s via les sorties de secours. Pas de mouvement de panique, l’exercice a été réussi!

Le 2M2C en chiffres :

Date de création : 1973 (Maison de Congrès de Montreux)

> 54 espaces modulables

>Places assises : jusqu’à 4’250

> Capacité maximale : jusqu’à 12’000 participants

> 265’000 visiteurs/an en moyenne

> Retombées économiques par an : 80 mios de frs

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