
L’économie sylvestre est l’un des trois poumons économiques des régions de montagne. L’Association Aide suisse à la montagne apporte une aide financière à ceux qui n’ont pas l’entier des montants nécessaire pour moderniser leur exploitation. | DR – Groupement forestier des Agittes
Lorsque vous aurez terminé de lire cette phrase, un m³ de bois aura repoussé en Suisse, comme il advient toutes les trois secondes. «La surface forestière s’agrandit chaque année de l’équivalent du lac de Bienne», ajoute Daniel Ingold. Le responsable de l’Office romand de l’association Lignum a pris la parole jeudi à Lausanne lors de la conférence de presse de l’Association Aide suisse à la montagne (ASM) qui a fait de la filière bois son thème de 2026.
Au-delà de la spectaculaire vitalité de nos forêts, la question de fond, lancinante, est de savoir quoi faire de cette richesse. Après le tourisme et l’agriculture, le bois représente «le troisième poumon économique en montagne». Soit un vaste tissu d’entreprises qui contribue à freiner l’exode vers les villes, entre 10 et 15% des emplois.
Les exploitations forestières prélèvent 5 millions de mètres cubes de bois par an, soit seulement la moitié de la croissance annuelle. Un travail qui nécessite par ailleurs des infrastructures et une machinerie spécifique coûteuses. C’est là que l’ASM peut intervenir. Depuis 2016, ses soutiens se sont élevés à 13 millions de francs en Suisse, 2,5 millions rien qu’en 2025. À noter que l’association organise sa traditionnelle collecte de dons ciblée jusqu’au 14 février.
Se diversifier pour rentabiliser
Si aucun des 32 projets soutenus l’an dernier ne se situe dans le Chablais, le Groupement forestier des Agittes – qui gère le patrimoine forestier de six Communes (Chessel, Corbeyrier, Noville, Rennaz, Roche et Yvorne), du Canton et de la Confédération (eux aussi propriétaires forestiers) – se souvient avoir été l’un des premiers à bénéficier de cette aide.
«En 2014, nous avions décidé de ranimer la scierie de Corbeyrier pour diversifier nos activités, explique Laurent Fivaz, directeur du groupement. L’ASM avait contribué pour 50’000 francs sur les 120’000 nécessaires à l’acquisition de la nouvelle scie. Aujourd’hui, elle constitue un plus très important qui nous permet d’être plus efficients, car la vente de bois et les subventions ne couvrent pas l’entier des frais.»
Depuis douze ans, le groupement forestier est ainsi à même de produire de grosses pièces de bois, mais aussi d’autres au détail, selon les demandes. Au total, 1’000 m³ annuels de bois sont sciés. «C’est une plus-value très importante, avec le deuxième avantage d’exploiter des circuits très courts, reprend Laurent Fivaz. Nous avons pu réaliser quelques bâtiments emblématiques de la région, comme le nouveau refuge de Luan, des passerelles et même notre bâtiment administratif situé à Roche. En termes d’image, c’est extrêmement positif. Cela ne laisse pas des bénéfices mirobolants, mais cela nous permet de rester à l’équilibre.»
Deux autres projets sont en gestation: une boutique de produits forestiers en libre accès qui sera inaugurée début mars à Noville et des barriques en chêne local pour le projet vinicole Yvorne Grandeur Nature.
Fédérer le Chablais
Sur un plan plus régional, Chablais Région, qui réunit les 28 communes du Chablais vaudois et valaisan, apporte sa contribution pour tisser des liens et mobiliser des ressources. «Depuis quelques semaines, nous avons rejoint les quatre autres régions représentées au sein de la Plateforme vaudoise du bois, soutenue par le Canton, annonce Norbert Zufferey, directeur de l’organe de promotion économique chablaisien. En outre, dans le cadre des discussions sur les fameuses <zones d’activités économiques>, définies dans chaque région, nous nous efforçons de maintenir des affectations pour la filière bois.»
Par le passé, Chablais Région avait même caressé le rêve de fédérer des deux côtés du Rhône, afin de créer une usine de deuxième transformation du bois dans le Chablais. En vain: le poids de certains gros acteurs privés de la branche sur le marché romand avait eu raison du projet. «Nous coordonnons toujours des échanges entre triages et groupements forestiers, et travaillons sur différentes pistes», ajoute Norbert Zufferey.
De son côté, Laurent Fivaz prend également part à des discussions pour trouver des synergies. «Nous avons eu dernièrement une première séance de travail entre gardes-forestiers du Chablais vaudois et valaisan pour réfléchir à comment mettre en commun notre personnel, mieux rentabiliser les machines et mieux valoriser nos savoir-faire. Une idée est sur la table, mais nous n’en sommes qu’au début.»
