
Le marché des soins à domicile est en pleine expansion dans nos régions mais peine parfois à recruter localement. | Adobe Stock
Ils ne passent pas inaperçus, les bandeaux affichés ces temps-ci sur certaines voitures rouges des sociétés privées de soins à domicile. Signe d’une activité économique appelée encore à se développer. Avec l’accroissement des personnes âgées et l’allongement de la durée de vie, cela répond d’abord à un besoin. Comme le souligne régulièrement la conseillère d’État vaudoise Rebecca Ruiz, les personnes de plus de 80 ans vont doubler d’ici à 2040. La Riviera et le Chablais comptabilisent un bassin de 25’816 seniors.
En matière de soins et de santé publique, ces organisations de soins à domicile (OSAD) sont soumises à une autorisation de pratiquer par l’État. Actuellement, quelque 34 entreprises sont enregistrées sur la Riviera et se disputent le marché. C’est davantage que dans le secteur de Lausanne et que dans les deux autres régions du canton. Une abondance qui ne va pas sans problèmes d’effectifs et de recrutement.
Du tournus et des intérimaires
«Le personnel change souvent», témoigne une bénéficiaire de 88 ans. Les soignants engagés viennent en effet souvent de la France voisine. «C’est une réalité, il n’y a pas assez de monde en Suisse pour travailler dans ce secteur et répondre à la demande. Trouver des employés locaux devient rare, et quand on en a, on fait le maximum pour les garder. Mais, comme d’autres, on est parfois obligés de se débrouiller avec des intérimaires ou des frontaliers», relève par exemple Sara Leal, directrice adjointe et responsable du personnel chez MSG Soins, à Chailly.
Le personnel intérimaire, le CMS de l’Est vaudois à Montreux doit aussi parfois y faire appel. «Mais cette solution a un coût assez élevé. Cela comprend en effet les frais d’agence, ainsi que d’éventuelles formations complémentaires du personnel. Nous le sollicitons qu’en troisième et dernier recours», indique sa directrice Christine-Ambre Félix. Le CMS a en outre la double difficulté de ne pas délivrer que des soins, mais aussi d’autres prestations interprofessions, comme des diététiciennes, et d’être confronté à des pics saisonniers durant les chaleurs de juillet-août ou les vacances.
La principale organisation de soins à domicile à caractère public et plus gros employeur dans ce secteur a ainsi dû déployer des stratégies d’organisation. La première vise la mobilité interne, en augmentant le pourcentage de certains collaborateurs ou en pouvant les déplacer sur d’autres sites. La seconde option est celle de disposer d’un pool interne de collaborateurs multisites. «Cela demande un pilotage réactif et constitue un enjeu de management et financier. Mais nous arrivons assez bien à gérer», lâche la directrice.
Proposer un modèle alternatif
Du côté des OSAD privées, les Soins Volants, basés à Clarens, qui comptent 120 collaborateurs et couvrent toute la région depuis le Valais jusqu’à Lausanne, semblent, eux, bien lotis. «Alors qu’on ne nous donnait pas six mois, voilà maintenant six ans qu’on existe. Le secret, c’est que notre modèle, complètement différent, sans hiérarchie, et notre approche laissant la latitude à nos soignants spécialisés, attirent», se réjouit la directrice et cofondatrice Pakize Palan.
L’entreprise vise ainsi sur la très haute qualification de son personnel, mais aussi sur l’adhésion à la convention collective du domaine sanitaire, soit au même niveau salarial que le CMS. Une politique qui n’est pourtant pas sans frais, puisque le personnel doit être augmenté chaque année, et que de l’autre côté, la rémunération des prestations par l’assurance ou le Canton n’est pas toujours adaptée rapidement.
La Riviera et le Chablais ont un bassin de 25’816 seniors (+ de 65 ans)
Malgré la situation, le marché des soins à domicile reste attractif. En été 2023, l’organisation alémanique Solicare, qui fonctionne notamment en utilisant les proches aidants des bénéficiaires et en les rémunérant, a déposé une demande. Le Département de la santé lui a toutefois refusé l’autorisation. Parmi les conditions imposées, une localisation sur sol vaudois, avec des locaux effectifs, mais également le respect de la langue et de la convention collective. Après avoir consulté la Commission fédérale de la concurrence, le Tribunal cantonal a, fin juillet, cassé la décision cantonale. La Cour de droit administratif et public a en effet souligné que cette organisation avait déjà une pratique dans plusieurs autres cantons et que l’équivalence devait ainsi primer. En outre, en l’absence de signes de dumping salarial manifestes, les conditions fixées par le Canton ont été jugées «disproportionnées» et constituant une restriction non conforme aux règles de la loi sur les marchés intérieurs.
