Le Château de la Roche voit sa persévérance primée

Les membres de la Confrérie, vêtus de leurs capes aux couleurs du drapeau vaudois, aux côtés du président de la Fondation du Château de la Roche, Jean-François Huck (à g.) et Patrick Turrian (à dr.), syndic d’Ollon.  | L. Menétrey

Ollon
La Confrérie de bourgeois vaudois a attribué sa distinction bisannuelle à la Fondation de la bâtisse vieille de 800 ans. Toujours en restauration, le monument nécessite encore un million de francs pour retrouver toute sa splendeur.

ux et 3 millions de francs ont été investis dans le Château de la Roche, joyau médiéval du XIIIe siècle. «Tous ces efforts fournis, ça mérite une récompense», assure Bernard Despont, gouverneur de la Confrérie de bourgeois vaudois et sieur de la commune d’Assens. 

Jeudi dernier à Ollon, il a remis le Prix du patrimoine 2025 et un chèque d’une valeur de 10’000 francs à la Fondation du Château de la Roche. «C’est certes un soutien financier, mais c’est surtout moral. Une belle reconnaissance du travail fourni toutes ces années et un encouragement pour continuer nos démarches», se félicite Jean-François Huck, président de la fondation. 

Ils étaient une soixantaine sur les 120 membres de la confrérie à avoir fait le déplacement dans la commune chablaisienne à cette occasion. Venus des quatre coins du canton – Mutrux dans le Jura, Assens dans le Gros-de-Vaud ou encore Ormont-Dessus – les membres du Conseil se sont vêtus de leurs capes traditionnelles aux couleurs du blason vaudois. 

Créé en 2009, ce prix récompense tous les deux ans toute personne physique ou morale qui, par une action, un comportement, un apport intellectuel ou patrimonial, s’est distinguée au profit du Canton. «À chaque édition, nous essayons de diversifier autant la géographie que le type de bâtiment récompensé», souligne Bernard Despont. En 2023, la distinction avait été attribuée à un espace littéraire à Pully, et en 2021 à un musée de Sainte-Croix.

Des enduits médiévaux uniques

Situé au cœur du village, le Château de la Roche est l’une des dernières maisons médiévales conservées dans le Chablais. Passée entre les mains de plusieurs familles nobles, c’est aujourd’hui la propriété de la fondation, qui assure son entretien et sa restauration. 

Actuellement en quatrième phase de rénovation, l’édifice a déjà connu trois premières étapes entre 1987 et 2014, pour un montant de 2,3 millions de francs. La fin des travaux est espérée pour 2028-2029. Malgré le chantier, le château abrite diverses manifestations culturelles.

À ce jour, la première phase de cette quatrième étape est terminée, mais la seconde et dernière phase reste en suspens. «Nous avons besoin encore d’un million de francs. La fondation n’a pas de fonds propres», précise le président. Une somme nécessaire pour restaurer les murs extérieurs composés de pierres et de mortiers historiques, ainsi que pour rétablir le plancher sous les combles. Un défi conséquent dans un contexte où les soutiens se font rares. «C’est difficile aujourd’hui de trouver des fonds. Nous n’avons plus le soutien du Canton», détaille Jean-François Huck.

Classé bien d’importance nationale (note 1), le monument doit notamment cette reconnaissance à ses enduits médiévaux au plâtre surcuit à très haute température. «Ils sont plus anciens que ceux du Château de Chillon et sont la preuve d’un savoir-faire», certifie Bernard Laurent, caissier de la fondation. L’édifice n’en est pas à sa première distinction patrimoniale, il avait déjà été récompensé du Prix suisse en 1989, puis de la Distinction vaudoise en 2012.

Une vraie saga patrimoniale

«C’est l’un des édifices les plus emblématiques de notre commune, avec la Tour et la chapelle Saint-Blaise de Saint-Triphon ainsi que le Palace de Villars», se réjouit le syndic Patrick Turrian. Mais tout n’était pas gagné d’avance. L’histoire du château a connu bien des rebondissements. 

Dans les années huitante, sa rénovation avait été la proie d’un référendum. «Les habitants ne voulaient pas que la Commune s’engage dans de telles dépenses. Je ne peux pas leur en vouloir, c’était vraiment délabré. Les membres du château étaient visionnaires à l’époque», rappelle Jean-François Huck. «Le mot saga n’est pas exagéré dans ce cas. Le nombre d’articles de presse en témoigne», reprend-il.

L’heure est désormais au banquet. À quelques mètres du château, dans la grande salle d’Ollon, les confrères entonnent fièrement l’hymne vaudois avant de passer à table aux côtés du préfet du district d’Aigle, Nicolas Croci Torti, ainsi que du conseiller national PLR, Laurent Wehrli.