Le cinéma comme «moteur d’émancipation»

Premier long-métrage de Lauren Dällenbach, «Nicole, Nicole» est dévoilé en première mondiale à Visions du Réel.  | Luna Films

Visions du Réel
Son premier documentaire, «Nicole, Nicole», figure parmi les 13 longs-métrages en compétition nationale à la 57e édition du festival nyonnais. Rencontre avec la réalisatrice originaire de La Tour-de-Peilz, Lauren Dällenbach, avant la première mondiale le 19 avril.

«T’es invalide de quoi?», «J’en sais rien!» Face caméra, le rire de Nicole est lumineux. Pour son premier long-métrage, la cinéaste Lauren Dällenbach, 34 ans, a voulu raconter la personnalité singulière de sa tante Nicole. Un film sur l’altérité, certes, mais qui révèle surtout les aspérités et les fragilités inhérentes à tout être humain.

À 55 ans, Nicole vit avec sa mère Alberte, 87 ans, dans une villa nichée au bord du Léman. Une relation filiale complexe, mâtinée de co-dépendance. Tourné principalement à La Tour-de-Peilz, ce film explore la beauté du lien familial, «dans sa tolérance et sa bienveillance».

Car «Nicole, Nicole» a embarqué trois générations de femmes – la grand-mère Alberte, la mère Danielle et la fille Lauren – dans ce récit intime et solaire. Un long-métrage qui permet de rire non pas de Nicole, mais avec elle. Un équilibre complexe, mais essentiel pour aborder avec sensibilité et intelligence les difficultés de l’altérité et du handicap. Un défi relevé avec brio.

Donner à voir les invisibles

La durée de maturation de «Nicole, Nicole» aura été conséquente: six ans de réflexion, rythmés notamment par une résidence d’écriture dans le village de Lussas en Ardèche et une présentation du projet à Visions du Réel il y a deux ans. Environ cinq mois de montage auront été nécessaires pour séquencer les quelque 125 jours de tournage. Un travail titanesque ayant abouti à un documentaire de 81 minutes.

Celle qui a fait des études en relations internationales a toujours eu cette envie, celle de réaliser un film. Dès le départ, une personne s’est imposée à son esprit: Tata Nicole. Une façon de lever le voile sur des individus invisibilisés dans la société, car décalés ou hors normes.

Pour lui éviter une posture passive, Lauren Dällenbach a impliqué sa tante dès le départ dans le projet filmique. La construction de son documentaire illustre d’ailleurs cette collaboration. Entre des séquences de prises de vues réelles s’insère ainsi un roman-photo à l’effigie de sa tante. «Nicole les adore et les dévore. Le fait d’en créer un avec elle, cela a permis de nous créer un langage commun à l’intérieur du récit, et elle a pu contribuer à l’histoire qu’elle incarne», relate la réalisatrice.

Partie de zéro

Un film comme le fruit du hasard et de l’intuition. N’ayant jamais touché de caméras avant de s’atteler à son documentaire, la ténacité de Lauren Dällenbach aura comblé ses lacunes techniques. Car la trentenaire a un profil atypique dans le milieu documentaire.

Master en philosophie politique en poche, elle enchaîne les premières expériences professionnelles, mais elle s’accroche à cette envie de documentaire. Elle finit par trouver un cours de création documentaire au centre socioculturel Pôle Sud à Lausanne. Puis s’ensuit une résidence d’écriture à Lussas, en Ardèche, où elle rencontre son futur producteur, Jean-Charles Leyris. «Ce film, ça a été tout un apprentissage. Au début, je n’osais même pas toucher la caméra pour filmer.»

À quelques jours de la première mondiale de «Nicole, Nicole», elle parvient à réaliser tout le chemin parcouru ces six dernières années. Sa tante n’est d’ailleurs pas en reste: Nicole a depuis trouvé un appartement et elle travaille dans un atelier de poterie veveysan, l’atelier Argile, rattaché à la Fondation Les Eglantines.

«Dès le départ, je voulais qu’elle ait un pouvoir d’action sur le film. Il se trouve que ce film a aussi eu un impact sur sa vie. Ce documentaire a été un moteur émancipateur, pour ma tante et pour moi.»

Plus d’infos: visionsdureel.ch/film/2026/nicole-nicole/

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