Le curé entame une grève de la faim

Pierre-Isaïe Duc et Mali Van Valenberg, deux des interprètes de «Versant Rupal».  | C. Ribordy

Saint-Maurice
Lavé des soupçons d’abus dont il a été accusé, Gilles Roduit veut être réhabilité par le diocèse. À Sion, on tempère et on dit ne rien exclure pour l’avenir.

«J’ai entamé une grève de la faim parce que cela fait cinq mois et treize jours que j’attends une réponse. Depuis cet épisode de «Mise au point» où cette femme m’a accusé d’abus, je ne suis plus un homme, je ne suis plus personne, alors que la justice m’a blanchi. Je ne vois donc plus que ce moyen extrême d’envoyer un message et je ne lâcherai pas.»

Gilles Roduit est déterminé à se faire entendre du Diocèse de Sion. Vendredi, le curé-doyen de la paroisse de Saint-Maurice a entamé une grève de la faim à la chapelle Notre-Dame du Scex. La raison? Le silence du diocèse sur sa réhabilitation, alors que la justice l’a lavé de tout soupçon concernant les accusations d’attouchements dont il a été l’objet de la part d’une paroissienne. Le Vatican a confirmé le classement des trois actions intentées contre lui, rappelait l’Abbaye de Saint-Maurice fin février.

«L’abbaye, qui m’a soutenu depuis le début, a proclamé ma liberté d’être prêtre, mais le Conseil épiscopal a trop peur de me réhabiliter, attaque le curé. Je demande simplement qu’ils me disent en face s’ils ont encore des soupçons.» L’abbaye, par la voix du délégué apostolique Jean-Michel Girard, approuve: «Je trouve juste que Gilles Roduit soit réintroduit dans son ministère. Il le sera. Bien sûr, tout le monde n’est pas unanime pour dire que c’est opportun.»

Selon le porte-parole Pierre-Yves Maillard, le diocèse «est en contact étroit avec l’abbaye», mais ne veut pas s’exprimer pour l’heure sur le fond. «S’il vient d’annoncer certaines nominations pastorales, il n’y a rien d’exclusif, il ne faut pas l’entendre comme un refus absolu de nommer M. Roduit ultérieurement. Il ne faut pas partir du principe que le Diocèse de Sion lui refusera une quelconque fonction.» Qu’attend-il dès lors? No comment.

En attendant, Gilles Roduit exprime sa souffrance au quotidien. «Comment voulez-vous que je vive, alors que j’ai une étiquette de pédophile sur le front? Ou quand je croise une maman qui me dit de rester éloigné de son enfant? J’aimerais retrouver ma dignité de prêtre et j’en suis empêché. J’ai fait trente-sept ans de catéchisme sans problème, j’ai célébré entre 700 et 800 baptêmes, des centaines de mariages, je veux me remettre au service de ma paroisse.»

Lettre à l’évêque

Gilles Roduit peut compter sur le soutien de paroissiens. Pour preuve, la lettre ouverte rédigée par deux jeunes mamans, lue lors d’une messe le 2 mars et remise en main propre à l’évêque Jean-Marie Lovey le 10 mars, paraphée par plus de 100 personnes. «Durant la messe, tout le monde a applaudi et les signatures ont été réunies en une semaine, ajoute l’une des auteures. On aimerait comprendre pourquoi la justice a parlé sans qu’il ne soit réhabilité.».