Le Delta du Rhône sous toutes ses coutures

À Noville, la responsable du projet pour le Canton de Vaud,
Marianne Gfeller, explique carte à l’appui ce que sera le Delta du Rhône à l’échéance 2030.   | C. Boillat

Noville
Vaud et Valais ont présenté jeudi dernier la mesure prioritaire qui va redessiner et régénérer l’entrée du fleuve dans le Léman. Cette revitalisation devisée à 52 millions de francs est à l’enquête publique jusqu’au 23 février.

Une cinquantaine de personnes ont assisté jeudi à Noville à la présentation conjointe par les Cantons de Vaud et du Valais d’un projet capital pour l’avenir de la région et sa sécurité. C’est la mesure prioritaire dite du Delta du Rhône, où le fleuve se jette dans le Léman avant de poursuivre sa route et descendre la France vers la région de Marseille, et s’emboucher dans la Méditerranée.

Le Rhône, long de 812 km, fait l’objet actuellement de la troisième correction de son histoire. Cette dernière vise à sécuriser le fleuve et ses environs, les habitations, les entreprises contre les risques de crue tout en améliorant les fonctions écologiques et sociales du fleuve. 

Plusieurs chantiers concernent le Chablais. Certains ont été achevés, comme la nouvelle digue des Grandes Îles (Bex-Ollon), ou sont en cours comme pour les Îles des Clous (Yvorne-Vouvry). 

Le futur Delta, terminus de la troisième correction, est en ce moment soumis à enquête publique jusqu’au 23 février à Noville et Port-Valais. Actuellement «corseté» jusqu’à sa plongée dans le Léman, le Rhône va retrouver une embouchure naturelle d’ici à 2030. 

«Deux nouveaux bras en rive droite, entre la passerelle des Grangettes et le port du Vieux-Rhône, seront créés, annonce Marianne Gfeller. La digue, côté Valais, sera renforcée, la vaudoise sera ouverte et rehaussée pour accueillir les deux bras. Des étangs et des îlots seront aussi formés. Ils permettront notamment de renforcer la richesse écologique du site.»  

Des cheminements forestiers, ainsi qu’un poste d’observation pour le public, sont aussi prévus selon la cheffe du projet côté vaudois. Devisée à 52 millions de francs, la revitalisation du Delta est subventionnée par la Confédération à hauteur de 80%. 

Gestion des déchets et sécurisation

Habitants, mais aussi défenseurs de la nature, agriculteurs et spécialistes étaient invités jeudi à la salle novilloise du Battoir pour échanger avec des représentants des deux Cantons. Des panneaux didactiques regroupaient tous les thèmes concernés: chantier, sécurité, biodiversité, accueil du public, etc. 

Kate Amiguet – dont la Fondation MART (Mouvement pour les animaux et le respect de la terre) procède notamment à des nettoyages dans le périmètre des rives et du Fort de Noville – s’inquiète pour la «dispersion des déchets sur les trois bras, idem pour le bois flotté accumulé et qui ne finit pas dans le lac.» 

Marianne Gfeller répond qu’un travail important de sensibilisation est mené par les Cantons pour viser une réduction des déchets. Cheffe de la division vaudoise Ressources en eau et économie hydraulique, Stéphanie André ajoute qu’une «large réflexion est actuellement conduite conjointement à Lausanne et Sion pour encadrer la gestion des déchets».

Garde-port du Vieux-Rhône, Yael Saugy se dit préoccupé. Désormais, six rives seront à sécuriser au lieu de deux, et l’intervention devra se faire dans les deux bras. Stéphanie André se veut rassurante. «Le risque ne sera pas supérieur et les deux bras serpenteront légèrement en hauteur. Ils seront peu profonds, environ 1m50. Le courant sera aussi mieux réparti et moindre.»   

Martins-pêcheurs et castors

Sur les questions concernant la circulation dans le Delta, il faudra se parquer au Bouveret ou vers le Vieux-Rhône. Dans le secteur, la priorité sera donnée à l’utilisation des transports publics, au vélo et à la marche. 

Agriculteur local, Claude-Alain Stettler a voulu savoir comment se croiseraient camions de chantier et véhicules agricoles. «On m’a répondu que c’était à l’étude avec la création de places d’évitement.» 

Mandataire des Cantons, Raymond Delarze a répondu à de nombreuses questions sur la biodiversité. Le responsable du Bureau d’études biologiques à Aigle se veut rassurant. «Il n’y aura pas d’augmentation massive de moustiques avec la création de ce nouveau Delta. En revanche, on peut s’attendre à voir revenir certaines espèces de plantes. Tout comme le martin-pêcheur d’ailleurs.» Et de conclure: «Le castor va lui probablement s’y installer en nombre.»

www.vd.ch/rhone3
www.vs.ch/rhone

Le dossier d’enquête est consultable jusqu’au 23.02 aux Communes de Noville et Port-Valais. 

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