
David Fabri est le propriétaire du «chalet Lénine», même si ce dernier porterait mal son nom. Il entend le transformer en atelier d’artistes. | K. Di Matteo
À l’intérieur, de la cuisine aux chambres, du rez à l’ancien fenil sous le toit, on opère un bond dans le temps. Les sombres pièces du chalet de Scex-Vaudran, surnommé le «chalet Lénine», semblent en effet d’un autre temps, même si l’ancienne ferme du chemin des Verneys, sur les hauts de la commune, dans le secteur sylvicole des Monts, n’a probablement jamais accueilli le père de la Révolution russe et de l’ex-URSS, comme la légende le prétend. On y reviendra.
Pour l’heure, le présent de l’énigmatique bâtisse du XVIIIe tient au réaménagement prévu par son nouveau propriétaire. «Tout est quasiment d’époque, mon prédécesseur, un Suédois, n’avait que peu retouché», lance le maître des lieux, le Genevois David Fabri. Et d’ouvrir les volets pour laisser entrer la lumière et pouvoir admirer la vue panoramique qui embrasse Bex et la plaine du Chablais, avec les tours d’Aï pointant à l’horizon.
Retour à la campagne
Les panneaux solaires sur un pan du toit sont la première marque de sa prise en mains des lieux lorsqu’il a fait l’acquisition, il y a trois ans, de la grande habitation située en contre-haut. Il entend s’installer dans cette dernière de manière permanente, dès que possible, pour échapper à la ville et vivre à la campagne, un monde que ce père de quatre enfants et trois fois grand-père de 62 ans, gérant de sociétés dans le domaine du gaz naturel, a bien connu dans sa Belgique natale.
La fin de la mise à l’enquête des transformations du «chalet Lénine» s’est terminée il y a quelques jours, sans opposition à la clé. David Fabri attend de recevoir son permis de construire pour y créer un atelier d’artistes, avec possibilité d’y travailler la céramique. «Le lieu pourrait servir à des résidences d’artistes, voire accueillir des expositions ou des cours de yoga, qui sait.»
Une légende mise à mal
Et dire que quand il a vu l’annonce pour la maison, le Genevois n’a pas réalisé qu’elle s’accompagnait d’un chalet annexe, ni n’avait la moindre idée de l’histoire qui l’entoure. «Depuis, nous nous sommes documentés et nous avons même rencontré un historien de Genève qui a fait tout un travail sur le sujet.»
Celui-ci confirme les doutes qui ont émergé dès les années 1960 au sujet d’un prétendu séjour de cinq semaines à l’été 1916 de Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, en compagnie de son épouse.
Deux articles du Journal de Bex de 1979 et 1980 résument bien la longue enquête de l’enseignant de Bex, François Berger, qui a révélé le pot aux roses. Il en résulte que si un Oulianov a bien séjourné aux Monts du 1er juillet au 14 août 1916, il s’agit d’un prénommé Grégoire, certes politicien et membre de la Douma (le parlement russe), rien à voir avec Lénine. En dépit de témoignages de Bellerins assurant avoir vu et entendu l’idéologue communiste, ceux-ci ne résistent pas au travail des chercheurs.
Il semble attesté, par contre, que Lénine a visité Bex en 1904, à en croire un passage des mémoires de son épouse. «Par Aigle, nous descendîmes dans la vallée du Rhône, nous passâmes à Bex-les-Bains chez une de mes camarades d’école», écrit Nadejda Konstantinova Kroupskaïa. Où séjournèrent-ils? Mystère.
David Fabri conclut sur un dernier coup de canif à la légende. «On m’a même dit que le chalet prétendument Lénine serait un autre, un peu plus loin, au lieu-dit Plan-Saugey.»
