Le flash a «changé notre perception du monde»

Chien de sauvetage suisse en retraite, 2008. | Fabian Hugo

Vevey
Des premiers clairs expérimentaux au magnésium aux prouesses électroniques: la nouvelle exposition du Musée suisse de l’appareil photographique explore l’impact du flash.

«Aveugler pour voir»: tels sont les mots utilisés par la revue française Photographica pour décrire le flash, cette étincelle de lumière inconfortable pour les yeux qui se déclenche au moment de la prise de vue. Si cette revue consacrera un numéro à cette technique au mois de novembre 2025, le Musée suisse de l’appareil photographique propose de revenir sur les origines du flash et de parcourir son histoire et ses conséquences sur les images photographiques.
La photographie dépend de la lumière. De ce constat, l’invention du flash permet de donner de la lumière artificielle quand le soleil ne peut en donner. La technique emprunte d’abord la technologie du magnésium – abandonnée au XXe siècle en raison de la quantité de fumée qu’il émettait lors de la prise de vue, elle était aussi dangereuse et cachait paradoxalement l’objet éclairé.
À ses débuts, le flash est un éclairage continu qui ne dure que quelques secondes. Il prend ensuite la forme d’une lumière instantanée, telle qu’on la connaît aujourd’hui, avant d’être connecté à l’obturateur. Sa lumière très forte donne un air théâtral et dramatise le sujet photographié. Une mise en scène que l’on peut constater dans les images de l’Américain Weegee (1899-1968).
Autre temps, autre usage, le Britannique Martin Parr (1952) sature ses images à l’aide du flash pour les rendre ironiques. Emblème des tapis rouges, les crépitements des flash placés dans une ampoule – un moyen de mieux les sécuriser et les déplacer – ont permis aux paparazzis d’être à l’affût des stars de cinéma.

Révéler des «mondes obscurs»
Le flash n’est pas seulement une technique d’éclairage. Selon la directrice du musée Pauline Martin, en même temps qu’il donne de la lumière, le flash «éclaire des mondes physiquement et socialement obscurs». Les maisons closes, les mendiants dans la rue et la guerre d’Algérie ont notamment été documentés grâce à lui. Ainsi, la technique d’éclairage artificiel a permis de «changer notre perception du monde» et de donner à voir des lieux et événements jusqu’alors tapis dans l’ombre.
Les collections iconographiques du musée, ainsi que des prêts, permettent de suivre l’histoire et l’évolution des techniques du flash. Allant des premiers essais de Félix Nadar aux expérimentations visuelles contemporaines, l’exposition dévoile également la mise en lumière des choses cachées au plus grand nombre, telles que les catacombes de Paris du XIXe siècle ou les meurtres nocturnes new-yorkais des années 1940.

«Flash! Petite histoire de la photographie allumée», du 18 septembre 2025 au 22 février 2026 au Musée suisse de l’appareil photographique.
Vernissage le mercredi 17 septembre à 18h.

Infos: cameramuseum.ch

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