
Mesure prioritaire qui va redessiner et régénérer l’entrée du fleuve dans le Léman, le delta du Rhône soumis récemment à enquête publique par Vaud et Valais a suscité peu d’oppositions. «Alors qu’on s’attendait à une centaine, il y en a moins de dix», précise une source proche du dossier.
Aucune ne conteste l’importance déterminante du projet. Au contraire, elles le soutiennent. «Mais nous souhaitons alerter les responsables du projet sur des corrections à faire avant le début du chantier», précise l’un des opposants qui souhaite conserver l’anonymat. À noter que les autorités des deux cantons n’ont pas souhaité nous communiquer ni le nombre, ni l’identité des contradicteurs.
Le Rhône vit actuellement sa troisième correction. L’enjeu est de sécuriser le fleuve et ses environs, les habitations, les entreprises contre les risques de crue tout en renforçant la diversité écologique dans et autour du cours d’eau (voir édition 239, 4 février 2026).
Quid des plastiques?
Kate Amiguet, de la Fondation Mart active aux Grangettes depuis plus de 25 ans, s’inquiète d’une prolifération de déchets à venir. «Après les travaux, le Rhône s’engouffrera dans les terres, mais les vagues du lac également. Avec l’eau, des millions de micro-déchets viendront s’échouer un peu partout, puisque son paysage sera constamment remodelé en fonction des crues, estime-t-elle. Ce qui devait au départ être une magnifique réserve de biodiversité, va au fur et à mesure se transformer en un vaste dépotoir à plastiques et polystyrène. Des composants que l’on retrouvera certainement à un moment donné dans les estomacs des oiseaux qui en mourront…»
Également opposante, la Bouvéroude Marie-Christine Michelet met aussi en garde les porteurs du projet: «Au-delà de la sécurisation, cette correction devrait assurer que ce qui arrive au lac ne soit pas des polluants. Si rien n’est fait, ils se logent sous les roseaux ou dans les enrochements et les sédiments. Tout cela peut à terme entrer dans la chaîne alimentaire.»
Encore d’autres inquiétudes
Le WWF et Pro Natura, soutiens du projet, ont aussi déposé une opposition (commune), pour demander des améliorations. «Nous plaidons pour une gestion adaptative qui fixe des objectifs de développement en fonction de l’observation des crues futures et de leur impact sur l’évolution du delta. Si les objectifs ne sont pas atteints, des interventions dans le système devront être prévues.» Les deux organisations souhaitent être intégrées à un groupe de suivi et de pilotage stratégique. Elles sollicitent également des perfectionnements en termes d’accueil et de circulation du public, de gestion sur place du bois mort charrié par le fleuve, et demandent que la pêche professionnelle soit interdite dans le secteur après les travaux.
La Commune de Noville a aussi formé une opposition (technique) pour s’assurer que le delta n’aura pas d’impact sur le chemin piétonnier. Le chantier naval du Vieux Rhône veut aussi se prémunir de «la mise en place de la future digue de protection, côté est». Cette dernière prendrait place «sur la conduite d’alimentation en eau du chantier naval enterrée en bordure du chemin actuel. En cas de rupture de cette conduite d’eau, la digue de protection devra être ouverte pour permettre la remise en état».
Enfin, un particulier conteste le projet, car il craint que l’augmentation de nappes d’eau après le chantier ne favorise l’accroissement des colonies de moustiques. Pas sûr que la présence, accrue ou pas, du culicidae, ne suffise à compromettre la création de ce delta devisée à 52 millions de francs.
