
Blaise Bataillard, responsable de l’exploitation du Grain d’Sel, et David Cagliesi, responsable programmation, peuvent compter sur une équipe d’une cinquantaine de bénévoles. | P. Genet
«Mathieu Kassovitz disait <Avant, les cinémas c’étaient des églises, aujourd’hui ce sont des supermarchés.> J’espère qu’ici, on maintient un peu le côté église – ou temple, vu qu’on l’a à côté –, où l’on vient pour une œuvre et pas pour tout ce qu’on te vend autour.» La référence que fait David Cagliesi aux propos du réalisateur de «La Haine» et des «Rivières pourpres» a valeur de ligne directrice. Celle qui semble guider le Grain d’Sel depuis ces deux séances inaugurales du samedi 30 octobre 1999, «Les enfants du marais», bijou de poésie de Jean Becker, et le césarisé «Jeanne d’Arc», de Luc Besson.
Cette ligne qui a, en un quart de siècle, patiemment, mais sûrement, installé le cinéma bellerin parmi les salles qui comptent, accueillant en ses murs quelques-uns des plus grands noms du cinéma suisse, de Barbet Schroeder à Claude Barras en passant par Michael Steiner, Ursula Meier, Lionel Baier, ou encore Francis Reusser, dont le somptueux «Derborence» se verra d’ailleurs projeté ce dimanche 27 octobre à 20h, en clôture de festivités du 25e, à la fois humbles et pointues, modestes et passionnées. À l’image de ce qu’a su être le Grain d’Sel jusqu’ici.
Mettre en avant l’oeuvre
Car pour reprendre la phrase introductive de David Cagliesi, responsable de la programmation depuis 2010, la salle bellerine, riche de 130 places, aura toujours privilégié l’œuvre aux à-côtés potentiellement séduisants qu’auraient pu constituer espace de jeux, arcades, billard et autre machines à pop-corn. «La difficulté aujourd’hui, c’est qu’on ne peut plus mettre en avant uniquement le côté cinématographique d’une œuvre, ça ne suffit plus», souligne ce passionné.
À ses côtés en ce vendredi soir, Blaise Bataillard, responsable de l’exploitation, rappelle qu’«à l’époque de la concurrence avec l’ancien cinéma d’Aigle», le Grain d’Sel tournait à 15 ou 16’000 spectateurs par an, contre 9’000 l’an dernier. «Nous n’avons plus les adolescents depuis l’ouverture du multiplexe d’Aigle, mais notre programmation, de toute manière, ne s’adresse pas particulièrement à cette tranche d’âge», relève celui qui fut de l’aventure depuis 1995, aux côtés de Michel Baeriswyl, fer de lance de la renaissance d’un lieu qui, jusqu’en 1988, a tourné sous le nom de cinéma Rex et était alors spécialisé dans la projection de films pour adultes.
Entre films populaires et bijoux du 7e art
La recette du Grain d’Sel depuis 1999? Outre la particularité absolument charmante de ses quatre sièges doubles en fond de salle, «une programmation locale qui prend en compte tout le cinéma et se veut riche et attractive, en prise directe sur l’actualité cinématographique», nous renseigne le site Internet. Concrètement, le menu propose tout à la fois des grands succès populaires – «Un p’tit truc en plus», le carton d’Artus en cette année 2024, aura quasiment fait le plein – et des perles du 7e art – dernier exemple en date, le sublime film «Les Graines du figuier sauvage» de l’Iranien Mohammad Rasoulof, cinéaste en exil, Prix spécial du jury du Festival de Cannes 2024. Des bijoux, qui, eux, ne font pas forcément se presser les foules à l’avenue de la Gare 4A. «Ça fait 15 ans que je travaille ici, mais je n’ai pas la formule magique pour remplir la salle ou pour ne serait-ce que savoir si un film va marcher», souligne David Cagliesi, qui insiste pour dire que «les films sont là pour créer des émotions, on ne doit pas nourrir que la tête, mais penser aussi au cœur».
L’an dernier, la fréquentation du Grain d’Sel est, comme à l’échelon national, revenue aux chiffres de l’avant Covid, avec une moyenne de 23,8 entrées par séance – contre 22,3 en moyenne vaudoise et 20,3 au niveau suisse. Des chiffres tenables sur la durée? «Oui, répond Blaise Bataillard. C’est tenable, car nous n’avons pas de salariés, nous fonctionnons avec une cinquantaine de bénévoles. Et puis nous avons des soutiens – la Loterie Romande, les parts sociales notamment – et les emprunts bancaires diminuent. Nous n’avons pas trop de dettes.» Aurait-il imaginé cela il y a un quart de siècle? «Pas du tout. Ce n’était pas gagné d’avance. Et aujourd’hui, ça fait 25 ans…»
Cinéma Grain d’Sel, avenue de la Gare 4A, Bex.
Soirée officielle vendredi 25 octobre:
20h «Monsieur Aznavour», de Mehdi Idir (avant-première) suivie d’une verrée.
Samedi 26 octobre:
*17h «Parasite», de Bong Joon Ho
(version noir-blanc);
*20h «Riverboom», du Bellerin Claude Baechtold, en présence du réalisateur.
Dimanche 27 octobre:
17h «Sauvages», de Claude Barras;
*20h «Derborence», de Francis Reusser.
*Prix spécial 25 ans, entrée à 10 frs.
