
Les formations Ashes of Betrayal et Doom! Noo Yelbek ont participé à la deuxième édition du programme de professionnalisation Salto! | L. Loye
Artiste, ce n’est pas un métier; c’en est trois, cinq, huit. Au départ, tout du moins. Car au-delà de l’écriture et de la composition de chansons – pour le cas qui nous intéresse ici – il faut savoir communiquer, être un peu photographe, un peu graphiste, maîtriser les réseaux sociaux, contacter des salles pour avoir l’espoir d’y jouer, et des journalistes pour que le projet soit visible dans les médias, pouvoir parler technique avec les ingénieurs son et lumière, gérer un budget, connaître les méandres de l’administration.
C’est pour accompagner les artistes dans leur développement qu’est né le programme Salto!, lancé en 2022 par un réseau de salles de musiques actuelles valaisannes et pérennisé par le Service de la culture de l’État du Valais, en collaboration avec l’École de Jazz et de Musique Actuelle (EJMA-Valais). Le principe: permettre à des groupes d’apprendre le métier au contact de professionnels lors d’ateliers organisés dans des salles de concert valaisannes.
Durant ces workshops, les huit formations sélectionnées pour cette deuxième édition – dont les Chablaisiens de Doom! Noo Yelbek (rock psychédélique, Monthey) et Ashes of Betrayal (metalcore, Troistorrents) – ont ainsi pu notamment affiner leur maîtrise des fiches techniques, apprendre à soigner leur comm’ avec des spécialistes en management et en programmation, à structurer leur projet en association ou encore quand et comment sortir leur musique.
Changement de mentalité
«Ce qui m’a beaucoup marqué, c’est l’importance de se définir une direction artistique, souligne Robin Vignes, chanteur d’Ashes of Betrayal. On a toujours voulu viser la professionnalisation, mais on se voyait encore comme une bande de potes – ce qu’on est d’ailleurs toujours, malgré le côté entreprise. Mais aujourd’hui, définir notre image, c’est devenu la priorité.»
Chanteur, guitariste et claviériste de Doom! Noo Yelbek, Julien Morand relève lui aussi l’utilité de ce programme Salto! «Il y a encore beaucoup à faire avant de devenir pros, mais en tout cas on a des outils qui sont hyper importants pour comprendre comment cette économie fonctionne.»
Un pas qui, sans surprise, induit un changement de dynamique dans la manière d’aborder la musique. «La mentalité change, oui, poursuit Julien Morand. Avant, les répétitions, c’était une heure à boire des bières et 30 minutes de musique; maintenant, on ne boit plus de bières, on discute administration et stratégie, on a une vision plus entrepreneuriale.» Robin Vignes va dans le même sens. «Gagner notre vie ou au moins être semi-pros, voilà ce qu’on aimerait. On est conscients que vivre de la musique en Suisse, un pays cher, c’est compliqué; ce n’est pas infaisable, mais c’est compliqué. Les concerts ne suffisent pas à payer les loyers. On va y aller par étapes.» Le chanteur d’Ashes of Betrayal souligne également des changements que connaît le monde de la musique aujourd’hui. «La scène évolue, il y a beaucoup de solidarité à travers la musique, relève celui dont le groupe a rejoint l’association montée par les amis du groupe Tyrmfar. On aime l’idée de partager les connaissances, de faire monter la scène locale, que tous les groupes qu’on apprécie montent avec nous.»
L’importance d’être authentique
Évolution également constante: celle qui pousse les artistes à exister pleinement sur les réseaux sociaux. «On ne les a pas beaucoup utilisés jusqu’à maintenant, mais ça nous a aidés. On a une direction artistique qui colle bien à notre musique, relève Loris Martenet, batteur de Doom! Noo Yelbek, actuellement en tournée. «Dans notre style, plus on joue, plus on se fait voir, mieux ça vaut», souligne le Montheysan, actif dans plusieurs formations romandes, dont le duo blues The Two.
Bientôt trentenaires, musiciens confirmés, tous soulignent d’ailleurs ce qui semble être le cœur de leur travail: la sincérité. «Ce que l’on retient, c’est vraiment l’idée de faire preuve d’authenticité, de ne pas faire les choses parce que ça marche, mais parce qu’on a envie de les faire», insiste Robin Vignes. Julien Morand abonde: «Les réseaux sociaux, c’est hyper important, mais le plus important, c’est d’être cohérents avec ce que nous sommes.» Une sincérité à constater notamment sur scène, à l’Hacienda à Sierre, ce samedi, pour la clôture de cette deuxième édition de Salto!
