
Valentin Rithner aime les défis. Reprendre les rênes de l’ESS de Champéry après le charismatique Luc Défago en était un beau. | L. Grabet
Il est de ces gens à qui tout semble réussir. Et Valentin Rithner en fait partie. «Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années». Cette citation de Corneille sied à merveille au Champérolain de 32 ans. Car cela fait déjà trois ans que cet avocat a repris en main l’École suisse de ski (ESS) locale. Et avant cela, il avait officié huit ans comme juge de Commune.
«J’aime les défis, car ce sont à travers eux que l’on se révèle. J’ai tendance à ne jamais dire non lorsqu’un nouveau se présente», explique le Chablaisien. Et prendre la succession du charismatique Luc Défago à la tête de l’ESS était un sacré défi. Il faut préciser ici que ce guide de montagne avait en effet façonné l’école pendant pas moins de 33 ans.
Le barreau plutôt que les chronos
Mais «Val», comme il est surnommé affectueusement, n’a pas douté. Fini donc le vieux planning A3, le crayon et les gommes de son prédécesseur. Sa première réforme: la digitalisation, via la mise en place de réservation en ligne, mais aussi une application permettant notamment à chaque moniteur de savoir en temps réel quel cours donner. L’accent a aussi été mis sur la formation continue. «Pour donner l’envie et les moyens aux auxiliaires de passer leur brevet fédéral, mais aussi pour créer une saine cohésion.» Et ça marche! Chaque soir à l’heure de l’apéro, le bar des guides est désormais rempli de moniteurs joyeux. Valentin Rithner s’en réjouit.
Comme beaucoup ici, il a chaussé ses premiers skis à 2 ans. «Mon père est un skieur passionné. On a ça dans le sang. C’est presque inné», lâche le trentenaire en souriant. «À l’époque, ma mère m’obligeait prudemment à skier sur une première portion de piste peu pentue et moi, j’en pleurais de rage. Cela me rendait fou. J’avais envie de continuer plus bas dans la pente!» Le passage par le ski club local se fait ensuite tout naturellement. Le petit Valentin a du talent, au point de se tâter au moment d’intégrer la sélection de Ski Valais. «J’ai finalement préféré poursuivre mes études. Les piquets, ce n’était pas plus mon truc que ça. Ma mère, qui avait été championne suisse de patinage artistique, ne m’a jamais poussé ni d’ailleurs freiné dans cette voie de la compétition, dont elle connaissait les exigences.»
Clouer le bec aux Parisiens
Vers 15 ans, l’ado se passionne pour le monde de la justice via un stage de découverte dans une étude de Monthey. C’est la révélation. Le jeune Valaisan troque alors son ambition de devenir ingénieur pour celle de devenir juriste. À cette époque, un cours de langue l’amène à passer tout un hiver à Whistler, au nord de Vancouver au Canada, «une station très célèbre, mais d’un tout autre genre. Tout est pensé pour faire vivre aux clients une expérience inoubliable». Après sa maturité scientifique, le Champérolain passe un Bachelor, puis un Master en droit à l’Université de Fribourg et boucle son stage de juriste à l’étude Sauthier–Fellay à Martigny. En parallèle, il gagne un peu d’argent en devenant auxiliaire, puis moniteur à l’ESS de Champéry. «J’ai adoré passer ma patente. On vit en vase clos avec d’autres passionnés, on skie et on progresse à fond, on rigole, on fait la fête, on noue de belles amitiés!»
Valentin Rithner est aussi conseiller communal PLR et fourrier à l’armée dans un bataillon mécanisé. Voici deux ans, il a passé un CAS en gestion d’entreprise, histoire de mieux gérer son école de ski. À côté de ce 100%, cet hyperactif occupe aussi un poste juridique et administratif chez Rithner SA, l’entreprise de construction de 120 employés de son père Philippe à Monthey. À l’ESS, il fait tout: de la comptabilité en passant par la gestion RH, le marketing ou encore le démarchage client. Le ski? Il en fait moins qu’avant. «Pour aller d’un point A à un point B, afin de voir mes collègues. Mais c’est le jeu…» Et à ses clients parisiens, qui lui demandent souvent comment il peut vivre dans ce fond de vallée idyllique toute l’année, il rejoue systématiquement en souriant sa plaidoirie. Laquelle est très convaincante et commence ainsi: «Je vous parie que je suis plus rapidement dans un cinéma ou à un concert depuis chez moi que vous depuis votre domicile parisien en prenant le métro!»
