
Claire Duchamp aime les questions d’étanchéité, de pied de façade, de phase d’exécution, de suivi de chantier, de coordination avec les ingénieurs. Et en contraste, tout ce qui porte sur la singularité, la mise en scène, la narration et l’imaginaire.
Quant à elle, Lara Jacquemoud aime partir d’un appartement sombre avec beaucoup de lambris que vient d’acheter une artiste peintre et y introduire de douces teintes de bleu. Toutes deux abordent les questions d’espace et d’ouverture sur la nature dans les projets architecturaux qu’elles mènent.
L’architecte d’intérieur SIA (Société suisse ingénieurs et architectes) Claire Duchamp s’est installée à Vevey en 2022 après des études d’architecture à Paris. Elle privilégie la notion de «sur mesure» et travaille seule avec l’aide d’un apprenti et de différents corps de métier selon le projet.
Le goût du détail
Elle rencontre la Suisse, à l’école supérieure Paris-Malaquais par la voix de son professeur Luca Merlini. «J’ai adoré par exemple la vision en peu de gestes de l’école tessinoise qu’incarne Livio Vacchini ou Luigi Snozzi.» Il ne viendrait jamais à l’esprit de Claire Duchamp de commencer une relation de travail avec un client par un questionnaire. «Je trouve cela trop froid. Je veux faire le tour de la maison avec lui en fonction de ses besoins. Je dois comprendre sa singularité, m’amuser, raconter pour ensuite aboutir à des esquisses, un retour d’offre et un budget potentiel.» Elle aime les architectes pirates «ceux qui ne cèdent pas à la facilité, qui prennent le temps d’apprivoiser leurs clients, qui jouent un peu avec les règlements.»
Lara Jacquemoud, architecte d’intérieur indépendante depuis 2017, originaire de Haute-Savoie, a aussi éprouvé un coup de cœur pour Vevey, après des études à Montpellier. Elle exerce aujourd’hui seule, mais en lien direct avec le collectif de femmes architectes DAiA. «Je souhaite créer une enveloppe, un décor final, en partant d’abord des humains qui vont y vivre. Je repense souvent des espaces, les redéfinis, explique-t-elle. Quand on vient vers moi pour changer un canapé ou un rideau, cela m’intéresse moins.»
Ce qu’elle aime surtout? Les détails. «Une poignée de porte, un carrelage, une texture.» Elle regrette que parfois certains clients portent trop d’attention à l’entretien des objets et optent pour des matières non nobles. «Cela péjore la qualité de certains projets.» Elle adore «le bois, le métal, les enduits en terre».
Recherche de sensations et d’harmonie
Ces deux professionnelles de l’habitat abordent le thème du minimalisme, en référence au «less is more» de Mies Van der Rohe. Comment ce dernier permet-il de faire rentrer un paysage lacustre dans un projet architectural? «Le mot minimalisme renvoie aujourd’hui un peu trop à des images stéréotypées que l’on voit sur les réseaux sociaux, réagit Claire Duchamp. Cela me fait fuir. Même si évidemment, quand on l’accole au nom de Peter Zumthor, on voit bien comment quelqu’un capable de construire un énorme immeuble peut aussi se préoccuper de la façon dont la lumière entre dans un espace. Pour parler de mon métier, je crois que je préfère les références non visuelles.»
Lara Jacquemoud se méfie aussi d’une forme de minimalisme détourné. «J’essaie de créer une harmonie, de personnaliser un écrin qui prend en compte l’esthétique et le choix de mes clients, qui intègre par exemple les meubles qu’ils possèdent déjà. Mais je tiens aussi compte des aspects fonctionnels, par exemple de combien de rangements ils ont besoin ou de comment ils vont pouvoir circuler dans leur espace.»
Lueurs nocturnes
Quand Claire Duchamp parle de référence non visuelle, elle fait référence à un large spectre de sensations: «Un parfum, un toucher.» Elle imagine ses créations en randonnée en contemplant la brume ou un sapin. Lara Jacquemod intègre aussi des éléments d’observation dans son travail comme pour le projet de résidence hôtelière Swisspeak, à Hérémence. «J’ai imaginé des armoires sur mesure en m’inspirant de la structure graphique des bisses.»
Sur les hauteurs de Chardonne, Claire Duchamp a créé la maison de sa famille et son laboratoire. Son salon de bain inspiré des bains de minuit dans le Léman se démarque par une radicalité obscure et offre une lumière mystérieuse. Sur les hauteurs de Blonay, Lara Jacquemoud a procédé à une rénovation complète de la salle de douche parentale. On s’attarde sur de magnifiques zelliges rouges en contraste avec les carrelages noirs. Quand la lumière du lac nous guide vers des lumières plus spectrales, l’architecture manifeste aussi sa présence.
