
Au large de la plage de la Maladaire, ce voilier du Cercle de la Voile Vevey-La Tour peut accueillir jusqu’à douze personnes à bord. | N. Desarzens
«Vous voyez ces vaguelettes? C’est le signe qu’un petit vent se lève. On peut monter la grande voile!» En ce jeudi après-midi ensoleillé, le Léman ressemble à une mer d’huile. L’équipage du petit voilier tente alors de mettre à profit le moindre souffle pour fendre l’eau turquoise. Une sortie particulière pour Blérina Islami et Jacqueline Clerc: c’est la première fois qu’elles embarquent à bord d’un bateau à voile.
Respectivement benjamine et doyenne de la Fondation Echaud, elles sont toutes deux touchées par plusieurs handicaps. Une situation qui complique leur mobilité et leur accessibilité à certaines activités. Nul besoin d’un palan pour embarquer. Une rampe d’accès suffit.
«Allons en direction de Montreux, il devrait y avoir un peu plus de vent.» La main sur la barre, le responsable du projet Nicolas Baudu partage son amour de la navigation. «Nous pouvons même ouvrir le Génois, c’est la voile à l’avant du bateau.»
Combler une lacune
Doté d’un voilier breton spécialement conçu pour y accueillir des fauteuils roulants depuis le mois de mars, le Cercle de la Voile Vevey-La Tour peut désormais proposer des excursions pour des personnes à mobilité réduite et en situation de handicap. «Le lac devient ainsi accessible pour tout le monde», abonde Nicolas Baudu.
Avec une formation spécialisée, ce navigateur adapte les sorties selon le public à son bord. «Par rapport à un voilier standard, celui-ci a des voiles plus petites et il a une forme de coque spécifique. Le bateau va donc moins vite et il est plus stable, ce qui le rend idéal pour une première découverte.»
Moniteur de voile, il a souvent reçu des demandes de particuliers ou de fondations pour des excursions lacustres en compagnie de personnes à mobilité réduite. Des sollicitations qu’il peut aujourd’hui honorer. «Le club de voile a acheté ce bateau sans toucher de subventions. C’est un travail de recherche de fonds que nous menons actuellement pour permettre de baisser le prix des prestations.»
«Changer d’air»
«Vous n’avez pas trop chaud Jacqueline?» Avec une petite bouteille, Pauline Steiner la rafraîchit en vaporisant généreusement de l’eau sur ses bras et son visage. C’est la deuxième fois que cette animatrice du centre de loisirs de la Fondation Echaud accompagne des bénéficiaires sur le lac. «Ce type de sortie permet de changer d’air! Et cela suscite plein de sensations d’être sur l’eau. Le bruit des vagues, le souffle du vent, c’est magnifique. Sans parler du paysage que l’on peut observer minutieusement grâce au rythme plus lent du bateau.»
Si Blérina Islami refuse de porter un chapeau, son éducateur-infirmier Mario Salvati parvient à lui appliquer de la crème solaire et lui mouiller les cheveux. Sous un soleil de plomb, gare aux coups de soleil sur le pont. La brise légère et l’eau toute proche sont une source de rafraîchissement bienvenue. À bâbord, on distingue quelques petits voiliers. «C’est le camp d’été du club de voile. Regardez, ils s’entraînent à redresser leur embarcation après avoir chaviré.»
Après avoir presque touché la Fourchette au large de Vevey, il est temps de retourner au port de La Tour-de-Peilz. Une fois les sangles de sécurité défaites des roues de Jacqueline Clerc, on lui demande si elle souhaiterait retenter l’expérience. «Oh que oui!», nous glisse-t-elle avant de débarquer.
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