
Depuis 2022, l’écrivaine Abigail Seran dirige la MEEL, sise entre les murs du Château de Monthey. 52 rendez-vous émailleront cette troisième saison. | P. Genet
Le pluriel de son nom souligne la pluralité de sa mission. Installée depuis 2022 entre les murs du Château de Monthey, la MEEL s’impose doucement mais sûrement comme le lieu suisse romand de défense des littératures – du roman à la bande dessinée en passant par la poésie et la chanson – et de celles et ceux qui la font et la feront demain. On fait le point avec Abigail Seran, sa directrice.
À l’aube de cette troisième année, vous êtes là où vous vouliez être?
– Je crois que nous sommes dans la bonne direction. La MEEL est progressivement identifiée comme un centre de compétence pour la littérature romande et comme lieu de relais entre le public et les autrices et auteurs. Je ne m’attendais pas à ce que cela aille aussi vite.
Le bilan est donc positif?
– Il est très positif en termes de fréquentation et d’accueil. Il est plus compliqué au niveau financier.
C’est-à-dire?
– Nous avons doublé voire triplé la fréquentation des cours. Certains cours ou ateliers de la dernière saison ont même affiché complet. Et de plus en plus, les gens qui sont venus reviennent; c’est la meilleure des jauges. Cela veut dire que nous répondons à un besoin. Mais boucler les budgets demeure compliqué. La MEEL est soutenue par le Canton du Valais et par la Ville de Monthey. Mais, comme pour tout le milieu culturel, les autres soutiens sont plus délicats à obtenir. Je me demande s’il n’y a pas encore la survivance d’une certaine idée de la littérature liée au poète maudit qui vit de pas grand-chose. À chaque fois que l’on parle de la rémunération des écrivains, on se rend compte que le sujet est largement méconnu. Et c’est peut-être aussi en raison de cette méconnaissance qu’il est parfois difficile de financer un lieu polymorphe comme la MEEL.
D’ailleurs, qui sont les personnes qui viennent assister aux cours et ateliers de la MEEL?
– Des gens qui écrivent, des autrices et auteurs confirmés qui veulent s’initier à d’autres domaines d’écriture que le leur, des gens qui n’ont jamais écrit et veulent se lancer, des émergents qui viennent chercher une formation continue sur le monde de l’édition, entre autres. J’espère qu’un jour on pourra proposer également des ateliers d’écriture pour la jeunesse. Nous voulons vraiment être à l’écoute des besoins du terrain.
Ce lieu se distingue d’autres structures similaires comme la Maison Rousseau et Littérature à Genève ou la Maison de l’Écriture à Montricher, dans le canton de Vaud.
– En effet. Les deux lieux que vous citez sont plutôt orientés national et international quand la MEEL est plutôt au service des écrivains du cru, de ce terreau-là. Notamment parce qu’en tant qu’écrivaine, je suis consciente de la difficulté pour les autrices et auteurs de Suisse romande de s’imposer face à d’autres maisons d’éditions, notamment françaises, qui ont des attachés de presse et que les médias suivent. Les auteurs d’ici peuvent compter sur des maisons d’édition qui sont formidables, mais dont les forces sont souvent limitées. Nous sommes donc là pour les renforcer, pour les aider à être dans la lumière. L’idée est vraiment de créer un cercle vertueux entre écrivains, maisons d’éditions, libraires, bibliothécaires, les écoles pour les rencontres avec les élèves, et d’agir ainsi pour que la littérature romande soit plus forte.
Est-ce que le livre a encore la cote?
– Je crois que oui. La littérature, comme l’or, est un peu une valeur refuge. Avec le projet participatif «D’écrire ma ville», j’avais été sidérée de voir l’émotion des gens lorsqu’ils saisissent un livre dans lequel leur nom figure. L’idée de transmission par la littérature est bien présente. Les gens ont envie d’écrire et veulent le faire bien. Avec la MEEL, nous voulons donner les moyens de faire raconter des histoires aux gens qui ont envie d’en raconter. Nous avons en Suisse romande une littérature riche, portée par des voix magnifiques qui racontent notre monde et leur coin de pays avec des mots qui leur sont propres. Si l’on veut que demain l’on ait des voix qui restent, il faut aujourd’hui leur donner les moyens de s’exprimer. Rendre cette littérature vivante, c’est le rôle de la MEEL.
Plus d’infos sur son programme: www.meel.ch
