
Les VMCV emploient 142 chauffeurs de bus. | Archives 24h – Chantal Dervey
Des informations alarmistes en Europe font état de pénurie importante de personnel roulant pour les transports publics. La Société nationale des chemins de fer belges vient de communiquer «qu’en dépit de larges efforts pour recruter dans un marché de l’emploi, il n’y aura pas assez de conducteurs de trains en décembre pour le plan transport envisagé». En France, il manquerait partout du personnel pour conduire bus, trains, cars, tramways. À la SNCF, les départs, pas compensés, se compteraient par centaines, alors que les CFF font également face à la problématique. Qu’en est-il des entreprises de transports publics de nos régions? Éprouvent-ils les mêmes difficultés?
Atteindre les quotas
«Le marché du travail pour le personnel roulant reste tendu. Nous anticipons autant que possible et engageons nos collaborateurs sur la base de nos besoins. Cela nous permet de disposer du quota nécessaire pour produire notre offre de transport», résume Christelle Piguet, responsable communication des Transports Publics du Chablais. La compagnie emploie «un peu plus de 60 conducteurs de trains et entre 120 à 130 chauffeurs de bus en fonction des saisons».
Pour la Compagnie du Chemin de fer Montreux Oberland bernois (MOB), trouver les perles rares est aussi un défi. «Comme d’autres entreprises ferroviaires, nous avons parfois des difficultés à avoir le bon quota de conducteurs de locomotives», relève son secrétaire général, Alain Jeanmonod. Une des raisons invoquées est que «la ligne du MOB traverse trois cantons et demande des compétences linguistiques en français et en allemand». Avec l’autre ligne Montreux Vevey-Riviera (MVR), «les besoins pour produire les offres sont de 80 équivalents pleins temps, et il en manque actuellement trois; les difficultés étant du côté de Zweisimmen.» Le cadre précise que «l’on peut gérer en planifiant provisoirement avec d’autres collaborateurs qui ont des permis, mais cela ne peut être que temporaire».
L’horizon est meilleur pour RegionAlps, qui exploite les trains régionaux entre Saint-Gingolph et Brigue. «Nous ne connaissons pas de pénurie de pilotes de locomotives. Nous en comptons aujourd’hui 65, et une classe est actuellement en cours», informe la société valaisanne.
Miser sur les campagnes de recrutement
Au cœur des VMCV (Vevey-Montreux-Chillon-Villeneuve), «il est arrivé que nous connaissions des périodes de pénurie de conducteurs et conductrices, mais ce n’est actuellement pas le cas», annonce Lauren Perret. La spécialiste communication explique cette période de plein emploi par une campagne de recrutement importante à l’automne dernier. «Aujourd’hui, notre contingent est de 143 personnels roulants pour 142 places. Ce n’est pas un métier facile, notamment compte tenu des horaires et du contact permanent avec la clientèle.» À noter que la société ouvrira une ligne reliant Vevey à Chexbres, dès le 15 décembre.
Du côté du MOB, la stratégie est d’attirer du nouveau personnel via une initiative sur les réseaux sociaux: un film présentant le métier avec des interviews d’employés de Montreux et de Zweisimmen. La compagnie a aussi créé une nouvelle équipe à Château-d’Œx pour soulager Zweisimmen et Montreux. «Cela nous permet aussi de proposer des postes au Pays-d’Enhaut. Des campagnes de recrutement sont en cours depuis des mois, précise Alain Jeanmonod. C’est un grand succès.»
Chez les VMCV, la formation du personnel roulant dure 1 à 1,5 mois pour des personnes possédant déjà le permis D, et 2 mois et demi si la personne engagée doit passer les permis D et trolleybus. «Nous avons des instructeurs en interne pour former nos nouvelles recrues, détaille Lauren Perret. L’enjeu principal est de bien familiariser les nouveaux chauffeurs à l’entier de notre réseau.»
Aux TPC, les formations selon l’engin conduit sont totalement différentes. «Celle pour conduire les trains prend entre 8 et 12 mois. Pour les bus, c’est plus court: quelques jours ou quelques semaines suivant les lignes empruntées», développe Christelle Piguet.
Chez RegionAlps, «le temps de formation est de 9 mois, durant lequel l’aspirant reçoit un défraiement».
Enfin au MOB, le postulant sera formé «durant 4 mois avec un permis de conduire ferroviaire B illimité (par exemple celui des CFF), et 9 mois sans permis ferroviaire ou avec un permis plus bas que B». Alain Jeanmonod détaille encore les coûts d’une telle formation. «Elle comporte le salaire de l’aspirant, la structure de la formation (formateurs, simulateur, encadrement), ainsi que les tests psychotechniques et médicaux. Une formation complète de 9 mois pour un B illimité équivaut à 100’000 francs.»
