Le Musée des Ormonts se rêve en « mini-Ballenberg »

Dès 2027, le chalet La Lavanche pourrait devenir le prochain écrin du Musée des Ormonts rebaptisé Musée Espace Culturel des Ormonts.  
| K. Di Matteo

Vers-l’Église – Le Rosex
Un ambitieux projet de déménagement et de mue complète à l’horizon 2027 est en bonne voie, ainsi qu’un important roulement des effectifs en préparation.

Le Musée des Ormonts, installé depuis 2008 à Vers-l’Église dans un bâtiment historique propriété de la Commune d’Ormont-Dessus, se prépare à entrer dans une nouvelle ère. À l’étroit dans ses locaux actuels peu fonctionnels, l’espace muséal dédié à l’histoire de la vallée pourrait déménager à l’horizon 2027 dans le chalet La Lavanche (situé à la sortie du Rosex en venant d’Aigle, en face du départ de la route des Voëttes). Le Musée des Ormonts deviendrait alors le MECO, pour Musée Espace Culturel des Ormonts.

La réflexion sur un nouveau lieu ne date pas d’hier, mais l’opportunité s’est présentée il y a deux ans, lorsque ce très vieux chalet, propriété des descendants Isabel, une des familles historiques de la vallée, a été mis en vente avec ses terrains attenants. Une aubaine pour la Fondation «VD3209» et l’Association du musée des Ormonts, qui oeuvrent de longue date sur des projets régionaux, à l’instar de leur collaboration passée pour ramener à la vie la scierie des Planches. 

Dans le cas de La Lavanche, la fondation se porterait acquéreur, tandis que l’exploitation du futur musée serait du ressort de l’association, actuellement en proie à de gros soucis d’effectifs (voir encadré). 

Le temps tourne

À lire la bâche placardée sur la façade principale du chalet, la bâtisse en piteux état se cherche officiellement toujours un acquéreur. L’achat n’est en effet pas encore formalisé, mais une promesse de vente est signée avec la fondation et le musée. 

«Nous avons jusqu’à la fin de cette année pour prouver la faisabilité du projet et réunir les quelque 300’000 francs nécessaires pour l’acquérir, ainsi que le vieux four et le grenier présents sur la propriété, explique Philippe Nicollier, président de «VD3209». Cela signifie, selon notre planification, de mettre à l’enquête en juin et d’obtenir le permis de construire l’automne prochain.»

Au prix d’achat, il conviendrait toutefois d’ajouter les coûts de rénovation du bien: un million de francs selon les estimations. «Confirmées par les récents devis qui sont revenus», ajoute Philippe Nicollier. Fondation et association ont bien tenté de faire classer le chalet pour ouvrir la voie de certains financements, mais en vain.

Pour l’heure, le projet est examiné par différents services de l’État. Selon le calendrier idéal, les travaux se feraient courant 2026 pour une inauguration en 2027 «durant les festivités des 750 ans de la Commune d’Ormont-Dessus», espère Philippe Nicollier.

Surfaces doublées

En attendant, il faut faire preuve d’abstraction dans les sombres et délabrées pièces du chalet daté de 1875. Au rez prendraient place un accueil digne de ce nom, avec le vestiaire qui fait défaut dans les locaux de Vers-l’Église, et, pourquoi pas, un magasin de produits du terroir. À l’étage, on visiterait l’exposition permanente qui manque cruellement actuellement, avec une pièce dédiée à Ormont-Dessus, une autre à Ormont-Dessous. 

Sous le toit, un vaste espace pour des expositions temporaires, un bureau plus confortable pour la conservatrice, une salle de projection. Entre les étages, un élévateur pour les personnes à mobilité réduite. En sous-sol enfin, une cave voûtée, idéale pour un carnotzet. «Nous disposerions grosso modo du double de surface pour mieux faire ce que nous faisons déjà et apporter de nombreuses plus-values», se réjouit Philippe Nicollier.

« Un mini-Ballenberg »

Grâce aux extérieurs, ce dernier voit même plus loin. Il résume l’esprit voulu par les initiateurs en une formule: «un mini-Ballenberg», référence au musée des traditions suisses en plein air hébergé par le village de l’Oberland bernois. «Un boulanger serait prêt à remettre en route le vieux four d’époque, un apiculteur disposé à installer un rucher, un éleveur à faire paître ses chèvres. Et pourquoi pas des vaches allaitantes?»

Au niveau des accès, un parking pour les visiteurs et le personnel est prévu dans le talus de l’autre côté de la route. L’arrêt de train «Les Nicolets» de l’Aigle-Sépey-Diablerets est situé à quelque 200 mètres.

La réflexion totale des initiateurs va même jusqu’à envisager d’étendre le périmètre de collaboration à Leysin, commune qui a déjà un musée. «De MECO, le musée pourrait devenir MECOL.» Auquel cas, une salle permanente dédiée à Leysin trouverait également sa place au premier étage du futur musée.

Des départs en série

Pour reprendre l’expression de Philippe Nicollier, le projet de centre culturel MECO a beau être sur les rails, «il a frisé le code». «Six personnes ont annoncé récemment quitter le comité de l’association, dont le président, la caissière, la secrétaire et la conservatrice.» Des désaccords sur le projet? «Davantage une motivation en baisse de la part d’anciens et de la surcharge pour d’autres.» Après cinq ans, Virginie Duquette, conservatrice à 25%, se situe dans la deuxième catégorie. Elle quittera d’ici à l’été «à une date à convenir». «L’actuelle exposition sur les avalanches m’a demandé énormément d’efforts et il faut gentiment envisager la suivante, il fallait donc que je me positionne. D’autre part, le projet de La Lavanche a commencé à se concrétiser, les échéances à se préciser. Cela s’annonce un gros projet.» Son avis sur les raisons de tant de départs? «Le comité est en place depuis un grand nombre d’années et c’est un travail conséquent.» Sa successeure aurait été choisie, mais son nom restera secret jusqu’à la nomination officielle. Le «nouveau» président est pour sa part connu, même s’il a un air de déjà vu: Blaise Chablaix, qui a déjà officié à ce poste plusieurs années jusqu’en 2012. «J’estimais avoir fait mon temps, mais quand j’ai réalisé fin mars que le comité s’étiolait, j’ai décidé de m’engager à nouveau pour ce beau projet de centre culturel.» S’il est d’attaque, il a conscience que regarnir les troupes ne sera pas évident. «Certains ont eu des doutes sur le financement, mais je sens surtout un problème de motivation personnelle de la part de gens qui ont beaucoup donné. Alors oui, il y aura du boulot, des engagements à prendre et des risques. Mais on va trouver! Si Leysin décide de s’engager dans l’aventure, on y trouvera 2-3 personnes pour la représenter.»

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