«Le projet de la place du Marché ne sera pas dénaturé»

La deuxième phase des travaux a débuté la semaine dernière (sud de la place). Les flâneurs peuvent observer le travail des artisans qui habillent le sol de pierres naturelles provenant d’Obwald.  | N. Desarzens

Vevey
La transformation du cœur de la vieille ville nécessite davantage de moyens que prévu. La Municipalité présentera ce jeudi un crédit supplémentaire de près de 5,3 millions de francs. Les discussions politiques s’annoncent vives.

C’est l’un des plus grands projets publics sur la Riviera vaudoise. Il y a cinq ans, le Conseil communal avait validé un crédit de 13,25 millions de francs pour la réalisation du réaménagement de la place du Marché. Édicté sous l’ancienne législature, il a été imaginé durant plusieurs mandats politiques. Des ajustements ont depuis été nécessaires au projet.

Déposé ce jeudi 7 mai au Conseil communal, un nouveau préavis demandant un crédit complémentaire de près de 5,3 millions résulte de plusieurs ajustements au projet initial. Les nouvelles modifications répondent notamment aux préoccupations des opposants, ainsi qu’aux objectifs du Plan climat et du Plan directeur communal entrés en vigueur fin 2024, sans oublier les demandes émanant de l’État de Vaud.

«En 10 ans, un projet change forcément. Il est extrêmement complexe d’avoir une précision millimétrique sur un chantier d’une telle envergure», estime Antoine Dormond, municipal responsable de l’urbanisme. 

Au-delà de ces changements, les coûts ont aussi pris l’ascenseur avec l’inflation actuelle qui a une lourde conséquence sur le chantier. «C’est un peu une double peine», déplore le municipal chargé des travaux publics Vincent Imhof. 

Renoncer pour économiser

Outre ces charges supplémentaires, des améliorations ont été amenées au réaménagement, comme le renforcement de la partie sud de la place, et l’ajout de ligneux. Les franges est et ouest ont aussi été «profondément revalorisées», apprend-on dans le préavis.

«Les surfaces végétalisées sont doublées, avec 26 arbres supplémentaires, ce qui équivaut à plus de 90 nouvelles plantations aux abords de la place», confirme Antoine Dormond. Dans ces zones, le béton sera par ailleurs remplacé par des pavés.

Pour tenter de contenir l’ensemble de ces coûts supplémentaires, la Municipalité doit en contrepartie renoncer à plusieurs éléments. La plateforme en bois a ainsi été abandonnée (pour une économie de plus de 600’000 francs), tout comme les brumisateurs (près de 90’000 francs) et le fitness urbain (plus de 10’000 francs). Des économies ont aussi été réalisées dans les fosses d’arbres creusées moins profondément (200’000 francs). «Nous allons bien sûr continuer à réfléchir à d’autres pistes d’économies», promet Vincent Imhof.

Parmi les coûts non prévus au départ, il a fallu ajouter des dépenses plus conséquentes à la communication et aux commerçants. Les autorités ont en effet pris en charge les droits de terrasses pendant toute la durée du chantier, afin de les soutenir et de compenser les contraintes liées à l’avancement des travaux.

Malgré cette nouvelle donne, la Municipalité se veut rassurante. Elle affirme que le projet lauréat «d’amour et d’eau fraîche», élaboré par le bureau veveysan Verzone Woods Architectes, ne sera pas dénaturé. «Nous tenons à optimiser le volet financier de ce plan de réaménagement, sans en péjorer la qualité», insiste le syndic Yvan Luccarini. 

Secousses politiques 

Du côté des partis politiques, le sujet divise. Le PLR est très remonté face à ce crédit supplémentaire et questionne également le volet des économies. «Ces coupes auraient-elles été effectuées s’il n’y avait pas eu ces coûts supplémentaires?» Le groupe espère avoir des réponses précises lors de la commission ad hoc, afin de se prononcer sur cette demande de la Municipalité.

Le groupe décroissance alternatives pointe pour sa part du doigt certains recours portés par le PLR, en lien avec la diminution des places de parc. Ceux-ci auraient retardé le projet et soumis à la hausse des matières premières. Et, par ricochet, à l’augmentation des honoraires des mandataires. «En tout état de cause, da. soutiendra cette demande de crédits. Il importe de mener à terme ce projet que tout Vevey attend depuis des années, déclare la co-présidente de groupe Sabrina Berrocal. Abandonner le chantier en cours de route serait irresponsable et très certainement plus coûteux à long terme.»

Le parti socialiste semble plus divisé sur la question, et dit préférer attendre le rapport de commission pour se prononcer.

Le Conseil communal devra voter sur cette demande de crédit supplémentaire dans le courant du mois de juin, et les discussions promettent d’être animées.