
Le «Collège 1984», qui doit être rasé pour laisser place au nouveau complexe, est au cœur du débat. Lors de la mise à l’enquête qui s’est terminée le 16 octobre, le bâtiment projeté a récolté onze oppositions, dont deux collectives. | Y. Genevay – 24heures
Certains météorologues nous prédisent un hiver glacial. À Jongny, cela pourrait être tout le contraire. Les premiers mois de 2026 promettent d’être chauds, politiquement du moins. Et pour cause, deux rendez-vous importants attendent le village de 1’900 habitants. Comme dans le reste du canton, la population se rendra aux urnes à partir du 8 mars pour renouveler ses autorités communales. Mais elle pourrait également dire si elle veut – ou non – d’un nouveau complexe scolaire.
Soumis au Conseil communal le 19 novembre dernier, le crédit de 12,5 millions de francs nécessaire à cette réalisation a été accepté par les élus. Mais le plénum a finalement souhaité que ce soient les citoyens et citoyennes qui puissent avoir le dernier mot sur cette construction. En plus d’accueillir une crèche de 44 places et une UAPE de 120 places, la nouvelle infrastructure doit aussi abriter six salles de classes.
Défendu par la Municipalité, le projet a essuyé les critiques au cours des derniers mois. En cause? Son coût, qui fait craindre des «risques financiers» pour la Commune. Mais aussi la destruction programmée du «Collège 1984». Des habitants ne souhaitent en effet pas voir disparaître l’école actuelle. Les maîtresses avaient aussi exprimé leur attachement à ce bâtiment quadragénaire (voir édition 224, 15.10.25).
«Une décision du village»
Le sort de ce projet est donc à présent entre les mains de la population. «Notre souhait était vraiment de lui offrir cet espace d’expression », se félicite Markus Reinhart, porte-parole d’un comité référendaire qui se tenait prêt à récolter des signatures pour atteindre cet objectif.
Selon lui, cette construction conduirait la Commune dans une «problématique financière très grave» avec, à la clé, une augmentation d’impôts. «Nous voulions que ce soit une décision démocratique du village.» Il relève toutefois que la création d’une nouvelle crèche et d’une UAPE est un réel besoin. «Mais selon nous, cela ne nécessite pas la destruction d’une école qui n’a que 40 ans.»
La goutte de trop
En mars, les urnes chaufferont à Jongny. Et le scrutin sur le site scolaire pourrait déborder sur les élections communales. Très concrètement, une liste concurrente à celle de la Municipalité sortante pourrait être proposée au corps électoral.
«C’est une démarche qui naît d’un mécontentement vis-à-vis de l’Exécutif en place. Le projet du complexe scolaire et la façon dont il a été conduit sont la goutte qui a fait déborder le vase», explique Markus Reinhart, qui se veut le «représentant de cette liste en cours de création». En 2022, le quinquagénaire avait tenté d’accéder à la Municipalité lors d’une élection complémentaire. C’est finalement Caroline Genovese qui l’avait emporté.
«Pour un village sans partis, le début d’année sera politiquement animé», sourit celui qui a par ailleurs fondé la section UDC Ouest-Riviera voilà un an. «Il y aura de l’émotion, mais nous ne souhaitons pas que ça polarise le village. La campagne doit rester cordiale.»
Un «intérêt» salué par la Municipalité
Du côté de l’Exécutif, comment voit-on l’émergence de cette liste concurrente? «De par le système majoritaire appliqué à Jongny, nous fonctionnons traditionnellement avec une liste d’entente, expose la syndique Nicole Pointet. Mais ceci n’empêche nullement la constitution d’autres listes.»
Selon l’édile, qui ne cache pas son souhait de rempiler, «la Municipalité se réjouit de l’intérêt que les candidats potentiels portent aux affaires communales». «De nos jours, ajoute-t-elle, il n’est pas facile de trouver des citoyennes et citoyens motivés à donner de leur temps en faveur de la collectivité.»

Markus Reinhart , habitant de Jongny
